32, rue Charlevoix
La chapelle publique que possède l’Hôtel-Dieu de Québec depuis 1659 est détruite dans l’incendie qui dévaste le monastère et l’hôpital en 1755. Il faut attendre 1799 pour que s’amorce la construction d’une nouvelle église, à la suite d’une campagne de souscription organisée par les religieuses. Une grande partie des matériaux qu’on utilise pour ce chantier proviennent d’autres édifices, notamment des pierres récupérées parmi les ruines du palais de l’intendant. Des hommes de métiers offrent aussi leur temps et des matériaux : en 1802, Pierre Émond donne le grand oculus de la façade. Lors de la démolition de l’église des jésuites, les religieuses de l’Hôtel-Dieu recueillent des ornements et du mobilier, dont le retable utilisé jusqu’en 1829 puis envoyé dans la Beauce, ainsi qu’une balustrade en fer forgé qui orne toujours le tambour ajouré du clocher. D’ailleurs, la restauration de 1983 a mis au jour plusieurs panneaux des lambris d’appui provenant d’autres bâtiments.
La construction de l’église fait partie d’un projet plus
vaste qui prévoit la restitution du chœur des religieuses et de
l’aile de l’hôpital, détruits en 1755. Trois personnalités
jouent un rôle important dans la mise en œuvre du projet : sœur
Saint-Martin, née Marie-Angélique Viger, originaire de Montréal
et architecte de la communauté au début du XIXe siècle
; l’abbé Philippe Desjardins, prêtre chassé de France
par la Révolution et nommé architecte du projet par Mgr Pierre
Denault, évêque de Québec ; enfin Pierre Émond,
menuisier et entrepreneur chargé de dessiner le plan au sol définitif
des bâtiments.
Le projet accepté par les religieuses et l’évêque
comprend une église de quelque 10 mètres sur 26 dont le chevet
sectionne un corps de bâtiment en deux ailes perpendiculaires. Du côté
ouest, on prévoit une salle des malades (hommes), et, du côté
est, le chœur des religieuses, disposition qui reproduit celle de l’Hôtel-Dieu
de Montréal (1695). À Québec, la nef de l’église
est cependant flanquée de deux structures de plan polygonal. En raison
de contraintes financières, le projet entrepris en 1800 est finalement
amputé de l’aile destinée à l’hôpital.
Ouverte au culte en 1803, l’église est parachevée en 1809
par l’ajout d’un clocher au-dessus de la sacristie.
L’intervention de Thomas Baillairgé en 1829 aura comme résultat
de modifier substantiellement l’intérieur de l’église.
L’abbé Jérôme Demers, vicaire général
du diocèse, a recommandé en effet de détruire la voûte
et les ouvrages déjà réalisés par Pierre Émond
quelques décennies auparavant, jugeant l’ensemble vieillot. Baillairgé
prépare donc les plans de la fausse-voûte en bois et des retables.
En qualité de maître sculpteur et d’entrepreneur, il voit
personnellement à la réalisation des ouvrages.
En 1839, Baillairgé produit un dessin pour le nouveau portail de la
façade de l’église, plus conforme à l’esthétique
néoclassique. Enfin, en 1845-1846, Raphaël Giroux, un de ses élèves,
termine le décor intérieur par la mise en place des deux autels
latéraux. L’œuvre de Baillairgé a survécu
aux incendies comme aux reconstructions. D’ailleurs, parmi les intérieurs
d’églises que cet architecte a réalisés à
Québec, celui de l’Hôtel-Dieu est le seul qui subsiste.
La présence de tableaux dans l’église nous rappelle son
utilisation comme salle d’exposition et de vente, en 1817 et en 1821,
par l’abbé Louis-Joseph Desjardins, aumonier des augustines.
Cette collection a été acquise par son frère Philippe,
grand-vicaire de Paris, à la suite de la faillite d’un banquier
français. Elle regroupe des œuvres confisquées dans les
églises parisiennes lors de la Révolution. Le tableau d’un
autel latéral, la Vision de sainte Thérèse d’Avila,
œuvre de François-Guillaume Ménageot, provient du Carmel
de Saint-Denis, près de Paris.
Antoine Plamondon a peint en 1840, d’après le tableau célèbre
de Pierre-Paul Rubens qui orne la cathédrale d’Anvers, la Descente
de croix surplombant le maître-autel. Vraisemblablement offert par le
Séminaire de Québec, un autre tableau représente saint
Antoine de Padoue. Enfin, la série des douze apôtres et des deux
évangélistes, peinte en 1805 par Louis Dulongpré et retouchée
par Louis-Hubert Triaud en 1830-1831, est un don du docteur Jacques Dénéchaud,
médecin à l’Hôtel-Dieu.
La statuette de Notre-Dame-de-Toutes-Grâces qui surmonte l’autel
latéral gauche a été envoyée de France en 1738,
en guise d’ex-voto. Remarquable aussi est la chaire de Thomas Baillairgé,
à laquelle le prédicateur accède par une échelle
amovible.
Le chœur des religieuses a été reconstruit en 1930 sur
les plans de l’architecte Pierre Lévesque. L’année
suivante, l’architecte Lorenzo Auger a surveillé le déplacement
du clocher, désormais installé en façade.
L’église de l’Hôtel-Dieu a été classée
monument historique en 1961.
Luc Noppen et Lucie Morisset
