St. Michael’s Church (1854)

Arrondissement de Sainte-Foy–Sillery
1800, chemin Saint-Louis



De façon intéressante, on peut établir un lien entre St. Michael’s Church et le premier évêque anglican nommé à la tête du diocèse de Québec : le révérend Jacob Mountain (1749-1825). La charge pastorale de la communauté de Sillery revient en effet à son petit-fils, le révérend Armine Wale Mountain, fils de George Jehosaphat Mountain (1789-1863), qui sera le troisième évêque anglican. Par ailleurs, à l’époque où Sillery était un lieu de villégiature, Jacob Mountain y avait une villa (Woodfield), tout comme George Jehosaphat Mountain (Bardfield) (Noppen et Morisset, 1996, 172). Le Quebec Diocesan Gazette, lors du 100e anniversaire de St. Michael, souligne aussi cette filiation entre la famille Mountain et l’histoire du lieu de culte : « Bishop Mountain [George Jehosaphat] conducted that first service. He and his family had themselves financed the building of the Chapel’s chancel as a memorial to his son, Lieut. St. George Mountain, who died at Gibraltar on 17th June, 1850, while serving with the 26th Cameronians. The new Chapel and congregation was under the charge of another son, the Revd. Armine Wale Mountain, who for the first few years of the Chapel’s existence served it as a curate of the Cathedral » (QDG, 1954, 34). En 1860, le révérend Armine Wale Mountain fera ériger sur le chemin Saint-Louis, plus à l’ouest, le premier presbytère et, quelques années plus tard, la Bishop Mountain School. Le révérend Mountain dirigera la paroisse de St. Michael jusqu’en 1870, année où il se retire en Angleterre. Il y demeurera jusqu’à sa mort, en 1885 (Ibid., 35). 

Le choix d’un architecte pour le lieu de culte anglican de Sillery se fera avec le souci de s’inscrire dans les grands mouvements architecturaux de l’heure, un peu comme ce fut le cas pour la cathédrale Holy Trinity. À l’époque, le courant néogothique domine en Angleterre et le célèbre architecte Augustus Welby Pugin marque l’architecture religieuse par une nouvelle interprétation du style gothique. L’Église d’Angleterre développe par ailleurs, avec la Cambridge Camden Society (connue plus tard sous le nom d’Ecclesiological Society), un style néogothique dit « archéologique », en étroite relation avec le renouveau liturgique qu’elle a amorcé. Le mouvement ecclésiologiste émet ainsi des préceptes de construction. C’est dans ce contexte que l’architecte de St. Michael’s Church, Frank Wills (1822-1857), est appelé à travailler en Amérique du Nord britannique et aux États-Unis, où il devient une référence. À la demande de l’évêque John Mendley, il se rend au Canada pour la construction de la cathédrale anglicane de Fredericton (1846-1853). Mathilde Brosseau y fait allusion dans son ouvrage Le style néo-gothique dans l’architecture au Canada: « Le lien entre l’architecture religieuse du Québec et celles des provinces atlantiques s’effectue par le biais de la carrière de l’architecte Frank Wills. En 1848, lorsque les fonds employés à la construction de la cathédrale de Fredericton vinrent à manquer, Wills s’éclipsa à New York où il devint bientôt l’architecte officiel de la première filiale américaine de la Cambridge Camden Society. Son action s’exerça là-bas tant au niveau de la pratique, par l’entremise de ses nombreuses commissions, que de la théorie, par la publication de son ouvrage intitulé Ancient English Ecclesiastical Architecture(1850). Il entretint cependant toujours des contacts avec le milieu religieux canadien puisqu’on lui confia en 1854 et 1856 deux importantes commissions, cette fois au Québec : l’église du cimetière Mount Hermon, chemin Saint-Louis, et la cathédrale de Christ Church à Montréal. L’une et l’autre introduisirent avec éclat les principes de la Cambridge Camden Society dans les grands centres urbains duQuébec » (Brosseau, 1980, 16). Frank Wills établit sa firme à New York avec Henry Dudley de 1851 à 1853 (Richardson, 1985, 1049). Soulignons en outre qu’il est décédé à Montréal pendant la construction de la cathédrale anglicane Christ Church (1857-1859), œuvre posthume. 

Frank Wills, ce représentant de l’architecture néogothique telle que codifiée par le mouvement ecclésiologiste, intervient à Sillery dans des circonstances qui restent encore à préciser. Hélène Bergevin, qui a effectué l’étude architecturale de l’édifice, n’a pu déterminer comment l’architecte a obtenu la commande ni établir la genèse des plans qu’il a réalisés, lesquels d’ailleurs n’ont pas été retrouvés dans les archives paroissiales ; l’architecte aurait-il réutilisé des plans conçus pour une autre église ou des plans déjà publiés ? Hélène Bergevin mentionne cependant la présence de l’évêque John Medley, personnage emblématique du mouvement ecclésiologiste, lors de la consécration de St. Michael’s Church le 16 septembre 1856 (Bergevin, 1988, 51) et soulève ainsi l’hypothèse de l’intercession de l’évêque auprès de Frank Wills pour le projet de Sillery. 

La construction de l’église fait l’objet d’un marché passé le 14 janvier 1854 entre Louis Amiot, maître menuisier agissant à titre d’entrepreneur, et le comité de construction. À son tour, le 21 janvier 1854, Louis Amiot engage les maîtres maçons Joseph Larose et Louis Larose. Les travaux débutent en mars 1854, la pose de la pierre angulaire a lieu le 5 mai suivant et le premier service religieux est célébré le 24 décembre 1854. Mesurant 32 pieds (9,8 mètres) sur 88 pieds (27 mètres), St. Michel’s Church est érigée parallèlement au chemin et prend modèle sur les petites églises gothiques de l’Angleterre rurale. On en reconnaît le plan barlong, avec le porche aménagé sur le long pan et le chœur plus étroit que la nef, toujours orienté.Elle arbore toutefois une caractéristique régionale : la maçonnerie en grès de Sillery, prisé sous le Régime britannique et de même type que celle des fortifications de Québec. Selon Hélène Bergevin, le choix d’un matériau local pourrait être attribuable à l’architecte Jonathan Munn, qui a agi comme surveillant de chantier pour le projet (Ibid.). À l’intérieur de l’église, la charpente apparente en bois sombre témoigne de cette architecture revisitée par le mouvement ecclésiologiste. 

Parmi les travaux effectués au fil du temps à St. Michael, mentionnons la construction, en 1928, d’une nouvelle sacristie adossée au mur nord-ouest, d’après les plans de Staveley et Staveley de Québec (Ibid., 35). En 1946, on perce une porte dans le mur nord de la sacristie d’origine, située près du chœur, pour offrir un accès à la nouvelle salle communautaire construite cette année-là. Cette adjonction, dont l’architecte nous est inconnu, est de style Tudor et semble s’inscrire dans la continuité du presbytère actuel érigé en 1939. L’année du centenaire de la paroisse, en 1954, les travaux concernent principalement la relocalisation de l’orgue Casavant, installé en 1910, et de sa console, afin d’offrir plus d’espace intérieur. L’architecte Edward B. Staveley intègre alors la chambre d’orgue à la sacristie nord-ouest (Ibid., 42). Enfin, le décor intérieur et le mobilier de St. Michael sont d’intérêt. Nombre de vitraux ornent le temple et un tableau, non signé, un médaillon, nous semble ancien. 

St. Michael’s Church, qu’on dirait surgie de la verte Angleterre médiévale, est de plus associée au cimetière-jardin protestant Mount Hermon, avec lequel elle forme un ensemble sacré du plus grand intérêt. Dans un état physique satisfaisant, le lieu de culte a une valeur patrimoniale élevée car il constitue l’une des deux seules réalisations de Frank Wills au Québec et la seule à Québec.La communauté, à l’occasion de son 150e anniversaire, en 2004, est à préparer une étude sur l’histoire de St. Michael.



Hélène Bourque

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