Église de Saint-Rodrigue (1962-1963)

Arrondissement de Charlesbourg
4760, 1ere Avenue



L’occupation de l’église de Saint-Rodrigue se fait en deux étapes. La paroisse procède d’abord à la construction du soubassement, la crypte, en 1946-1947, une pratique courante au XXe siècle. Des projets et soumissions sont demandés pour ces travaux. Les Archives de l’Université Laval conservent d’ailleurs des plans de l’agence Rousseau et Bégin de Québec, en date du 31 janvier 1946, pour « la chapelle de Saint-Rodrigue ». Le 10 février suivant, les marguilliers retiennent plutôt les services de l’architecte René Blanchet (Paiement, 1995, 147). En octobre de la même année, les travaux de construction débutent, pour se terminer le 5 avril 1947, juste à temps pour la fête de Pâques. Le curé décrit l’édifice en ces termes : « Au grand contentement de tous les paroissiens, nous entrions chez nous dans ce qui nous est apparu comme un immense vaisseau, tout neuf et tout blanc, où le service et les cérémonies du culte devaient se prolonger au cours des seize années qui ont suivi » (Ibid.,70). En effet, ce n’est qu’en 1959 qu’un comité s’occupera de recueillir des fonds pour la construction d’une véritable église. Les choses vont tellement bien « qu’on pourra donc enclencher l’opération construction de l’église, préparation des plans et devis, attribution des contrats… » (Ibid.,149). Les travaux d’achèvement du temple sont à nouveau confiés à René Blanchet et l’église haute, telle qu’on la connaît de nos jours, est érigée en 1962-1963. La première messe y est célébrée à Noël 1963. 

René Blanchet (1905-1991), diplômé de l’École des beaux-arts de Québec en 1931, fut très actif dans le domaine de l’architecture religieuse. Il a en effet réalisé, à partir du début des années 1930, quelques dizaines d’églises paroissiales dans plusieurs régions du Québec et ailleurs au Canada. À Québec même, on lui connaît l’ancienne église de Saint-Joseph, dans Saint-Sauveur, conçue en 1940-1941 en collaboration avec Charles-A. Jean, et l’église de Notre-Dame-de-Recouvrance, édifiée à Vanier en 1965-1966. Ces deux églises ont aussi été construites en deux étapes, la crypte ayant précédé l’église haute. 

La nouvelle église de Saint-Rodrigue, toute de granit, dans un appareil moderne, est couverte d’un toit de cuivre à baguettes et présente un plan cruciforme à chevet plat, avec un clocheton dressé à la croisée. À ce plan au sol traditionnel se greffe une architecture gothique moderne mais tout de même tardive en ces années 1960. On reconnaît également des influences Art déco dans le traitement géométrique des portes en aluminium anodisé, fabriquées par Hernendez, et le tympan du portail central sculpté dans le granit rose, illustrant une colombe dans une gloire entourée d’un rinceau. Soulignons que la tour-clocher de Saint-Rodrigue reprend quelques éléments d’une maquette exécutée par le curé fondateur de la paroisse, dont les niches disposées aux angles de la tour et destinées à recevoir des statues, lesquelles cependant n’y seront jamais placées (Album-souvenir, 1971, 8). L’église de Saint-Rodrigue offre, en fait, une image relativement conventionnelle qui semble nous ramener plus de deux décennies en arrière. À bien des égards, son architecture intérieure s’apparente à celle de l’ancienne église de Saint-Joseph, achevée en 1942, quoique ici les formes soient plus géométriques et que les murs aient été revêtus de travertin. Cet aspect particulier tient en grande partie au fait que le soubassement a été conçu en 1946, comme lieu de culte temporaire, dictant ainsi la forme et le type de structure qu’allait prendre le bâtiment érigé ultérieurement. Comme à Notre-Dame-de-Recouvrance de Vanier, il en résulte un édifice religieux d’apparence traditionnelle régi par un plan au sol et une organisation pensés 20 ans auparavant, loin de l’architecture moderne des années 1960. L’église n’a guère changé depuis lors et, à notre connaissance, les seuls travaux qu’on y ait accomplis, vers 1990, concernent l’acoustique intérieure, ce qui n’a pas trop déparé l’ensemble. 

Au chapitre des œuvres d’art, l’église de Saint-Rodrigue est agrémentée de verrières dans le transept et au revers de la façade. Illustrant les mystères de Marie, de Joseph et de saint Rodrigue, elles sont signées Antolin Hernendez, de l’entreprise Barsetti & Frère ltée. Cette maison a fourni également le chemin de croix en marbre sculpté surfond de mosaïques, en 1963, et les statues de saint Rodrigue et de saint Antoine placées dans les niches près des entrées principales. L’orgue, dont le fabricant nous est inconnu, occupe le croisillon droit. 

Le presbytère, érigé en même temps que le lieu de culte et avec les mêmes matériaux, est mitoyen, son caractère fonctionnel nettement accusé. En façade, il occupe un volume imposant qui alourdit quelque peu la composition de l’ensemble architectural. S’élevant sur deux étages, il est coiffé d’un toit à quatre versants et son plan en L permet l’aménagement d’une véranda sur le retour. L’ensemble religieux, qui présente un état physique satisfaisant, s’élève le long de la 1re Avenue dans un secteur très commercial de Charlesbourg. Son dégagement par rapport à la rue constitue certes un avantage pour le lieu de culte. À l’échelle du quartier, son clocher agit comme un véritable point de repère. L’intérêt patrimonial de l’église de Saint-Rodrigue, construction honnête de l’architecte René Blanchet, mais guère innovatrice pour l’époque, réside essentiellement dans sa valeur communautaire.



Hélène Bourque

texte pour impression