Église St. Patrick

9, rue McMahon

recyclée


Avant la construction de l’église St. Patrick, dont il ne reste aujourd’hui que des murs en ruines, la communauté irlandaise avait déjà effectué des démarches en vue d’obtenir un temple pour les catholiques anglophones de la paroisse de Québec. Depuis 1819, ils se réunissaient dans la chapelle de la congrégation de la haute-ville (chapelle des jésuites), rue D’Auteuil. De 1822 à 1828, les offices étaient célébrés à la cathédrale de Québec, puis, entre 1829 et 1831, les Irlandais ont fréquenté Notre-Dame-des-Victoires, sur la place Royale.


Le chantier de l’église St. Patrick débute en 1831 rue McMahon (alors Sainte-Hélène), mais il faut l’interrompre dès l’année suivante en raison de l’épidémie de choléra qui ravage la ville. Malgré tout, l’église sera livrée au culte en 1833. Les travaux de parachèvement intérieur se poursuivront jusqu’en 1836. Conçu par Thomas Baillairgé, l’édifice est digne de mention : l’architecte innove, annonçant par cette construction la voie qu’il va suivre pendant près de vingt ans.


Le plan originel — une nef flanquée de bas-côtés sous une charpente supportée par des colonnes intérieures — rappelle celui de la cathédrale anglicane de Québec, tout comme la superposition des fenêtres sur les murs longitudinaux. Mais pour bien marquer l’appartenance du bâtiment à la tradition catholique, Baillairgé innove de maintes façons. D’abord, il ajoute au plan rectangulaire une abside extérieure afin de former un véritable « chevet ». Il crée aussi une façade originale pour cette église qui n’est vraiment visible que de ce côté. Comme à la Trinity Chapel, bâtiment voisin dû à George Blaiklock et dont les lignes de la façade se lisent comme une coupe de l’intérieur, des bandeaux et des chaînes de pierre de taille expriment les dispositions intérieures de l’église. Enfin, le clocher, que les marguilliers de la paroisse Notre-Dame ne veulent pas voir s’élever trop haut, repose sur une tour qui semble glissée dans la paroi de la façade, de sorte qu’elle ne domine pas les environs.


En ce qui concerne l’espace intérieur, Thomas Baillairgé a préféré prendre modèle sur la chapelle du château de Versailles plutôt que sur la nef de la cathédrale anglicane. L’architecte établit donc un rez-de-chaussée qui se lit comme un soubassement et conçoit des galeries évoquant le bel étage, avec leurs grandes colonnes ioniques. Pour supporter la fausse-voûte en anse de panier, il préfère cependant le modèle anglican, avec ses grands arcs, à l’entablement rectiligne de Versailles. La fausse-voûte est formée de grandes plages lisses rythmées par de puissants doubleaux, ouvrage d’architecture bien plus que de sculpture. Cette fausse-voûte, comme l’ensemble du décor, est d’ailleurs moulée en plâtre, ce qui garantit sa parfaite exécution, en termes d’architecture.


L’église de 1831-1833 est agrandie en 1845 lorsque l’architecte Frederick Hacker démolit le chevet et allonge le bâtiment. Ces travaux, de même que la construction en 1853 du St. Patrick Literary Institute, requièrent l’achat et la démolition du Royal Circus, l’une des premières salles de théâtre de Québec. En 1876, Joseph-Ferdinand Peachy allonge encore l’église, vers le sud, ce qui nécessite cette fois le démantèlement de l’Institut. À l’intérieur, la nouvelle section reprend les caractéristiques architecturales d’origine en conservant le même style.


Peu à peu désertée par la communauté anglophone catholique, qui se dote d’un nouveau lieu de culte sur la Grande Allée en 1914, l’église de la rue McMahon a fait l’objet d’une proposition de classement en 1968. Mais les propriétaires s’y sont opposés, préférant la céder à un promoteur privé. Abandonnée, elle a été endommagée par le feu en 1970, puis détruite par un incendie criminel l’année suivante. Le ministère des Affaires culturelles a autorisé par la suite la démolition des parties du bâtiment qui empêchaient un promoteur d’y aménager une aire de stationnement.
Le site occupé par les vestiges de l’église se révèle par ailleurs d’un grand intérêt archéologique puisque l’enceinte de la fortification de 1693 le traverse. L’Hôtel-Dieu a réutilisé la façade de l’ancienne église St. Patrick dans une construction nouvelle destinée à loger son laboratoire de recherches (Simard, Amyot, architectes, 1996).


Enfin, au no 7 de la rue Saint-Stanislas, l’ancien presbytère St. Patrick est un édifice néoclassique de grande qualité, érigé en 1854 d’après les plans de l’architecte Goodlatte Richardson Browne. Rénové en 1983, il abrite à présent des logements en copropriété.

Luc Noppen et Lucie Morisset

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