Église unie Chalmers Wesley

Arrondissement de La Cité
78, rue Sainte-Ursule



En 1844, la communauté presbytérienne qui se réunissait à l'église St. John, rue Ferland, se scinde : tandis qu'un groupe demeure affilié à l'Église officielle d'Écosse (Established Church of Scotland), l'autre se joint à la Free Scottish Church. Le 14 avril 1850, après de longues démarches, cette communauté acquiert un terrain rue Sainte-Ursule, propriété de la Succession Matthew Bell. En janvier suivant, James Gibb convient avec Elisha Lane, James Gibb Ross, Angus McDonald et John Ross de faire construire un temple, " a New Free Church for the Presbyterians ", d'après les plans de l'architecte John Wells, de Montréal. Les marchés de construction sont signés peu après, en février 1851. L'architecte Goodlatte Richardson Browne, de Québec, surveille le chantier. L'église, inaugurée le 6 mars 1853, porte le nom de " Chalmers Free Church ", en l'honneur du révérend Thomas Chalmers, pasteur écossais et figure de proue de l'Église libre d'Écosse.

Le nouveau bâtiment, de forme rectangulaire, mesure 25,5 mètres sur 18 et se termine par un chevet à trois pans. Une tour carrée de 6,6 mètres de côté fait une saillie de 2,70 mètres en avant de la façade ; elle est surmontée d'une flèche dont le sommet atteint 49,2 mètres. La composition est rythmée par de puissants contreforts couronnés de pinacles placés aux angles de la nef et de la tour. Au-dessus des murs gouttereaux, percés chacun de quatre grandes baies, se profilent deux cheminées.

Lorsqu'elle apparaît dans le paysage de Québec, l'église Chalmers est inédite à bien des égards. Certes, quelques lieux de culte de la région ont déjà emprunté au style néogothique, comme l'église wesleyenne (1848 ; c'est aujourd'hui l'Institut Canadien) et celle de Beauport (1849), de même que la chapelle des sœurs de la Charité (1850). Mais le bâtiment de John Wells pousse encore plus loin la référence. Avec une tour saillante, des contreforts et une haute flèche agrémentée de pinacles, le néogothique, qui ailleurs n'est qu'ornement, devient ici principe de composition et tend à atteindre le vraisemblable. Wells cherche en effet à exploiter la logique constructive de cette architecture, en suggérant que la nef est voûtée (puisqu'il y a des contreforts et des pinacles), et que la flèche du clocher est sculptée en pierre (puisqu'il y a une tour massive pour la supporter).

En 1903, à l'occasion du 50e anniversaire de l'église, on y entreprend d'importants travaux de réfection, selon les plans des architectes Wood et Hutchison, de Montréal. Les galeries qui jusque-là enveloppaient toute la nef sont coupées vers l'avant, pour mieux dégager les hautes fenêtres. Le plancher de la nef est aussi incliné et les nouveaux bancs sont disposés en hémicycle. En 1910, on remplace l'orgue d'origine, ce qui nécessite la reconstruction du chevet saillant, maintenant de plan rectangulaire.

En 1925, les communautés congrégationaliste, méthodiste (wesleyenne) et presbytérienne se regroupent pour former l'Église unie du Canada. L'église Chalmers, de même que l'église wesleyenne de la rue Saint-Stanislas, relève dorénavant de cette nouvelle organisation. Pendant quelques années, les deux communautés partagent certaines activités, puis elles fusionnent en janvier 1931. L'église Chalmers devient alors la Chalmers Wesley United Church ; depuis 1987, le bâtiment est aussi occupé par l'Église unie Saint-Pierre, qui regroupe des protestants francophones de Québec. À l'intérieur, l'horloge accrochée à la galerie rappelle l'église wesleyenne ; elle a été offerte par l'équipage du navire Gloucester en 1850.

Le presbytère de l'église Chalmers a été érigé en 1898 d'après les plans de l'architecte Harry Staveley, qui le décrit comme étant d'un style " gothique domestique ". Cette demeure, située au no 67 de la rue Sainte-Ursule, est à présent une propriété privée.



Luc Noppen et Lucie Morisset

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