Église Notre-Dame-de-la-Garde

Arrondissement de La Cité
761, rue Champlain



En 1839, les catholiques francophones du secteur Près-de-Ville (Cap-Blanc) adressent à leur évêque une requête afin d'obtenir un lieu de culte. Il leur répond que " les moyens ne sont pas suffisants pour bâtir et entretenir une chapelle dans chaque quartier de la ville " et qu'ils ne sont pas trop éloignés de l'église paroissiale ni de la desserte de la basse-ville (Notre-Dame-des-Victoires). En janvier 1852, l'archevêque cède finalement aux pressions et fait aménager dans l'école Mgr-Signay une desserte de la paroisse Notre-Dame, sous le nom de " Saint-Laurent-du-Havre ".

Les habitants réitèrent leur demande en 1875, cette fois auprès de Mgr Elzéar-Alexandre Taschereau, nouvel archevêque de Québec. Leur démarche s'avère plus fructueuse puisque le diocèse acquiert un terrain de Jacques-Étienne Blais afin d'y bâtir une église ; il s'agit en fait d'un quai connu sous le nom de " J. Blais Booms ". Aussitôt l'architecte Joseph-Ferdinand Peachy est invité à préparer les plans de l'église qui, par mesure d'économie, sera construite en bois. Mais comme les autorités municipales s'opposent à ce type de construction, Peachy soumet en février 1876 un devis pour un édifice en maçonnerie mesurant 30 mètres sur 13,5. Les travaux débutent tôt au printemps 1877. À certains endroits, les fondations doivent être posées sur le roc, à une profondeur de 4,8 mètres. Au cours de l'été suivant, la paroisse de Québec décide d'adjoindre au bâtiment une sacristie qui doit aussi servir d'école. On en confie la réalisation à l'architecte Louis Amiot, qui d'ailleurs a surveillé la construction de l'église. La bénédiction de cette succursale de Notre-Dame de Québec a lieu le 15 novembre 1877. Elle est placée sous la protection de Notre-Dame-de-la-Garde, patronne des marins, en l'honneur de laquelle un pèlerinage a été institué à Marseille.

L'église du " Cap-Blanc " appartient à la première partie de la carrière de Joseph-Ferdinand Peachy. Cet architecte construit de petites églises avec des murs gouttereaux bas mais dotées d'un haut et large comble, de manière à limiter les coûts de la maçonnerie tout en conservant à la façade un aspect imposant. La façade de Notre-Dame-de-la-Garde présente trois larges portes et trois fenêtres ornées de fortes moulures et de remplages, un trait que Peachy a emprunté à l'Américain Samuel Sloan. À l'intérieur, l'église est divisée en trois nefs par une série de colonnes qui supportent des fermes de grande portée.

En février 1891, les architectes Tanguay et Vallée soumettent les plans du décor intérieur de l'église. Mais alors que les travaux sont en cours, un incendie rase la moitié de la paroisse, causant des dommages considérables à l'église et détruisant la sacristie où loge l'école. L'architecte Tanguay dresse les plans de reconstruction de la sacristie et surveille la réfection de l'église, travaux qui se terminent en 1892. La sacristie accueille à nouveau l'école et le couvent des sœurs de la Charité, jusqu'au départ de celles-ci en 1958. Réaménagée en 1960, elle tient lieu de salle communautaire et est réservée aux activités de la paroisse.

L'architecture intérieure de l'église Notre-Dame-de-la-Garde est assez sobre. Couverte d'une voûte cintrée, la nef est bordée de bas-côtés aux plafonds à caissons, une disposition caractéristique de l'art de Tanguay à cette époque et qu'on retrouvera quelques années plus tard à l'église Saint-Malo (1900). Le maître-autel est offert par la paroisse Saint-Romuald, tandis que les deux autels latéraux sont l'œuvre de Louis Boivin, menuisier de Québec.

L'église a très tôt révélé de sérieux défauts de construction. Le curé s'en plaint dès 1878 et différentes campagnes de réfection ne changent rien à la situation. Lorsque l'édifice est déclaré dangereux par les inspecteurs du gouvernement et les assureurs, en 1938, on songe sérieusement à reconstruire ailleurs. Mais une résistance s'organise dans la paroisse et, en 1948, un comité paroissial suggère de conserver " ce monument religieux digne de mention, d'un intérêt capital pour la Ville de Québec et qui pourrait faire partie d'un plan d'embellissement de cette partie de Québec, qui est la porte d'entrée de la Ville pour les passagers venus d'Europe ".

Des travaux d'importance sont entrepris en 1953 sous la direction de l'architecte Charles Dumais. Il s'agit d'abord de consolider la structure en redressant les supports et les colonnes de la nef, puis de remplacer la structure du plancher. Le clocher qui penchait dangereusement est redressé. À cette occasion aussi, on remplace les bancs et on supprime les galeries latérales, d'où l'impression de grand dépouillement qui marque l'intérieur de l'église. Le presbytère, érigé en 1954, a été conçu par l'architecte Louis Carrier.



Luc Noppen et Lucie Morisset

texte pour impression