Église Saint-Sacrement

Arrondissement de La Cité
1330, chemin Sainte-Foy



C’est en 1915 que les pères du Très-Saint-Sacrement s’installent sur le coteau Sainte-Geneviève, près de la côte Bell (aujourd’hui côte Saint-Sacrement). La congrégation, fondée en 1856 par le père Pierre-Julien Eymard, se consacre à la glorification de l’Eucharistie par l’exposition et l’adoration du saint Sacrement. La congrégation est abolie en France en 1903 et ses religieux se dispersent à travers le monde. Au Canada, ils s’établissent à Montréal, à Terrebonne et à Québec.

Les pères érigent une petite église en bois et, en souvenir de la basilique Notre-Dame de Fourvière, élevée sur la colline de Lyon, ils construisent aussi un petit oratoire. Ce deuxième bâtiment, surmonté d’un imposant clocher et d’une statue de la Vierge, a disparu en 1941 lors de l’élargissement de la côte Saint-Sacrement.

Au printemps 1920, lorsque s’ouvre le chantier du nouveau lieu de culte, Le Soleil signale que “ les plans de cette église, d’abord élaborés par M. Serracino ont été complétés par M. Charles Bernier, en collaboration avec les abbés Alphonse Têtu et Jean-Thomas Nadeau ”. Comme l’église est construite en dehors du cadre paroissial (la paroisse ne sera érigée qu’en mars 1921), les religieux et les autorités diocésaines qui parrainent le projet bénéficient d’une certaine latitude. L’église est donc conçue comme un prototype, un modèle de bonne architecture. Dès lors, elle fait l’objet d’une promotion exceptionnelle dans L’Action catholique et l’Almanach de l’Action sociale catholique, deux organes de presse des tenants du mouvement de l’Action sociale catholique qui cherchent, entre autres choses, à affirmer la présence de l’Église dans le paysage au moyen d’une architecture “ distinctive ” et “ moderne ”.

Même si les concepteurs du bâtiment citent comme source les grandes cathédrales des XIIe et XIIIe siècles, l’architecte s’est plutôt inspiré de l’église Notre-Dame-de-la-Croix, érigée à Paris de 1863 à 1880 sur les plans de l’architecte Louis-Jean-Antoine Héret. Celui-ci avait proposé, dans un esprit très typique du XIXe siècle, une interprétation globalisante de ce glorieux passé, aussi chrétien que français.

L’église Saint-Sacrement se révèle d’abord un édifice moderne, en termes de construction. Dotée d’une ossature métallique, enveloppée de brique et de plâtre, ses murs de granit ne sont que des parois. Un treillis métallique enduit de ciment donne forme aux voûtes et des solives d’acier supportent les planchers en hourdis de tuiles creuses. Les escaliers en fer ont des marches d’ardoise, tandis que les portes et les cadres des ouvertures sont revêtus de cuivre. Jamais sur le territoire de la ville de Québec on n’avait porté un tel soin à mettre une église à l’épreuve du feu. De façon générale, on a tiré profit ici du chantier de Saint-Roch, en poussant le souci d’incombustibilité un peu plus loin.

En plan, l’édifice reprend la figure de la croix latine, dans la tradition des églises et cathédrales du XIIe siècle : nef avec bas-côtés, travées et voûtes barlongues, chapelles en échelon de part et d’autre du chœur et déambulatoire utilisé comme sacristie. En élévation, on retrouve les trois étages typiques de l’âge gothique : grandes arcades, triforium et fenêtres hautes. Au chapitre de l’ornementation, la façade présente plusieurs similitudes avec la cathédrale de Laon (France) - grande arcade, tours carrées - mais son portail, comme en général le profil des voussoirs et nervures, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’église, appartient à l’esthétique romane. À l’instar de l’architecte Héret à Paris, les concepteurs de l’église Saint-Sacrement ont voulu établir une synthèse entre le Moyen Âge roman et le gothique, pour consacrer la période de transition de l’un à l’autre comme instant de référence privilégié.

L’église Saint-Sacrement mesure 69,6 mètres de longueur sur 24 mètres de largeur dans la nef et 35,4 de largeur au transept. Les tours s’élèvent à 43,2 mètres de hauteur. Elle comprend en sous-sol une crypte, aussi spacieuse que la nef, où peuvent se rassembler 1 400 fidèles. L’église a été bénite le 16 septembre 1924.

En 1916, l’architecte Charles Bernier a livré les plans du monastère des pères du Très-Saint-Sacrement, érigé à l’arrière de l’église. 



Luc Noppen et Lucie Morisset

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