Ancienne synagogue Beth Israël Ohev Sholem (1944) (théâtre Périscope)

2, rue Crémazie Est

Recyclée

Une petite communauté juive s’installe à Québec au lendemain de la Conquête. Ce n’est toutefois qu’en 1831 qu’une loi lui accorde le droit d’exercer son culte et de tenir des registres d’état civil, comme les groupes des autres confessions religieuses. Une première synagogue est ouverte au coin des rues Saint-Jean et Saint-Augustin en 1852. Elle se déplace rue des Jardins en 1857, puis rue Henderson vers 1891. Souvent des cérémonies ont lieu aussi au Tara Hall de la rue Sainte-Anne.


La synagogue de la rue Henderson étant devenue trop petite, la communauté opte pour une spacieuse maison de la rue Grant (Monseigneur-Gauvreau), toujours à Saint-Roch, en 1897. En 1907, elle occupe un édifice de la rue Sainte-Marguerite, qui sert de synagogue et d’école. Ce bâtiment, l’Hebrew Hall, qui se trouvait sous l’emprise actuelle de l’autoroute Dufferin-Montmorency, est rénové en 1927-1928 d’après les plans de l’architecte Émile-Georges Rousseau. Une deuxième synagogue existe simultanément, de 1910 à 1927, rue des Fossés (boulevard Charest). Cette communauté Olev Sholom fusionnera avec celle de Beth Israël en 1927.


En 1932, la communauté juive achète une propriété avenue Learmonth, où elle projette d’ériger une nouvelle synagogue. On en confie les plans à l’architecte Raoul Chênevert, qui conçoit un bâtiment de style Beaux-Arts, monumental à souhait. Mais devant l’opposition des riverains et des autorités municipales, le projet avorte. Au début de 1943, les juifs de Québec acquièrent un terrain à l’angle de la rue Crémazie et de l’avenue De Salaberry. Toutefois, en pleine guerre mondiale, les habitants de Québec se révèlent d’ardents antisémites, comme le signale l’historien Réjean Lemoine. Les paroisses de la haute-ville se constituent en comité de vigilance et font pression sur les autorités pour empêcher la construction de la synagogue. Le Canada tout entier s’émeut de ce comportement de « style nazi ». Décrié par la presse nord-américaine et défait en cour, le maire Lucien Borne doit revenir sur ses positions. Mais le bâtiment mis en chantier est l’objet d’un incendie criminel le 20 mai 1944.


La synagogue qui ouvre ses portes en 1944 n’est en fait que le soubassement du bâtiment dessiné par les architectes Eliasoph et Berkowitz, de Montréal. Complété en 1950-1951 par la construction de la partie haute, cet édifice s’avère l’un des plus intéressants de l’architecture moderne à Québec. Mais il demeure avant tout un symbole permanent de la lutte à l’antisémitisme menée à Québec durant la Seconde Guerre mondiale. Ce malheureux épisode a finalement convaincu une majorité de juifs de Québec de s’établir ailleurs.


La synagogue de la rue Crémazie a été transformée en salle de théâtre en 1984-1985.


Luc Noppen et Lucie Morisset

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