Église de Notre-Dame-de-L’Espérance (1963)

Arrondissement de Beauport
2401, avenue de l'abbé Giguère


L’église de Notre-Dame-de-L’Espérance, édifiée en 1963 dans le secteur de Giffard communément appelé « le Petit Village », occupe encore un milieu villageois avec son noyau institutionnel, malgré l’autoroute Félix-Leclerc apparue plus tard tout près de son emplacement.L’église est située dans un îlot à la configuration irrégulière délimité par le chemin du Petit-Village, l’avenue Gaspard et l’avenue de l’Abbé-Giguère. 

Nous devons les plans de cette église à l’architecte Jacques DeBlois, figure importante de la modernité à Québec. Bien qu’il ait surtout œuvré dans les secteurs commercial et résidentiel, il a conçu quelques édifices à caractère religieux, dont deux résidences au Séminaire intercommunautaire de Saint-Augustin ; celles-ci, destinées respectivement aux Pères maristes et aux Pères missionnaires du Sacré-Cœur, sont dotées de magnifiques chapelles. Pour l’église de Notre-Dame-de-L’Espérance, l’architecte réussit, malgré un budget fort limité, à concevoir un bâtiment bien de son époque. 

L’édifice, érigé initialement pour servir de centre communautaire, devait accueillir un lieu de culte temporaire en attendant la construction de l’église sur un terrain voisin. Cette église n’a jamais été réalisée car la chapelle provisoire, d’une capacité de quelque 700 personnes assises, répondait si bien aux besoins des paroissiens qu’on a décidé de la conserver et d’abandonner un projet de construction plus ambitieux et plus coûteux. En 1969, DeBlois dresse les plans d’un presbytère aux lignes modernes attenant à l’église. Lui non plus ne sera pas construit et les bureaux de la paroisse continueront d’occuper un immeuble résidentiel de l’avenue Saint-Samuel, à quelques rues de là. 

DeBlois a conçu un édifice dont le profil bas épouse la forme d’un trapèze. Le toit, qui possède un seul versant à faible pente, est soutenu par de grandes poutres en acier. La forme trapézoïdale de la charpente a permis d’aménager une mezzanine dans la partie la plus haute de l’édifice. À la volumétrie principale du bâtiment s’ajoutent quelques volumes secondaires qui forment des excroissances au niveau de l’entrée ainsi que sur les façades latérales. 

Les murs extérieurs de l’église sont revêtus de brique et de tôle en acier profilé. L’entrée principale, tournée vers le stationnement, est marquée par quatre arches composées de tubulures en acier. Dès qu’on pénètre à l’intérieur par un petit vestibule, on remarque tout d’abord la configuration asymétrique des lieux. Les poutres en acier apparentes traversent la nef et supportent un plafond de planches en bois. À gauche, dans la partie la plus élevée du bâtiment, une mezzanine surplombe l’assemblée. Le plan conserve tout de même une configuration longitudinale et il n’y a pas de véritable démarcation entre la nef et le chœur, hormis la surélévation de cinq marches. Au fond du chœur et sur ses côtés, des cloisons de bois recourbées et un mur en plâtre dissimulent des passages et des accès aux endroits attenants : la sacristie à droite et la salle des servants de messe à gauche. 

Sous la mezzanine se trouvent des locaux de plus petites dimensions dont le prolongement au-delà du plan crée un volume en saillie à l’extérieur. En plus de la cage de l’escalier qui mène à la mezzanine et à la petite salle communautaire logée au sous-sol, il y a un local de rangement, des toilettes ainsi qu’une petite chapelle réservée aux enfants. Une paroi vitrée dotée de louvres permet aux usagers de cette chapelle d’avoir une vue sur le chœur sans que leur présence perturbe l’assistance.Des confessionnaux sont aménagés dans des alcôves sous la mezzanine. L’un d’entre eux a récemment fait place à une niche dédiée à Marguerite d’Youville, la fondatrice des Sœurs de la Charité, qui ont leur maison généralice dans le secteur et qui se sont montrées très généreuses envers la paroisse. 

Les murs intérieurs de l’église consistent en des blocs de béton peints. Les murs du chœur sont quant à eux décorés de planches de bois posées à la verticale. Des bandes de fenêtres courent dans le haut des murs latéraux, entre les poutres d’acier. On y retrouve du verre coloré bleu,rouge et jaune. Des luminaires suspendus au plafond compensent la faible intensité de l’éclairage naturel qu’offre ce fenêtrage restreint. 

Pour ce qui est du mobilier,  il est sobre, à l’image de l’architecture de l’église. Des bancs fixes en bois regroupés en trois îlots occupent tout le plancher de la nef. Le mobilier liturgique du chœur, en bois et en métal, est d’une grande simplicité. On remarque quelques statues ainsi qu’un chemin de croix en bois et en plâtre. 

L’église a connu peu de modifications depuis sa construction. On présume que le revêtement extérieur en acier profilé a été posé ultérieurement sur le revêtement en béton d’origine. La couverture a été refaite et isolée il y a une dizaine d’années. En 1979-1980, on a installé un nouveau clocher hors œuvre qui soutient une grande croix, trois cloches et une statue de Notre-Dame, patronne de la paroisse. Les cloches de 1913 provenant de l’hôpital Robert-Giffard ont été données à la paroisse. Elles ont été retournées à leur lieu d’origine en Savoie, en France, pour être refondues avant de venir prendre place dans le nouveau clocher constitué de quatre hauts piliers en acier contreventés par quatre grands disques circulaires qui soutiennent les cloches. Ce clocher donne un élan vertical à l’église qui, en dépit de son profil bas, peut dorénavant être repérée de plus loin. 

L’église de Notre-Dame-de-L’Espérance est d’une grande sobriété. D’abord destiné à devenir un centre communautaire, il apparaît normal que l’extérieur de l’édifice ne reflète pas clairement sa fonction cultuelle. Si ce n’était du clocher ajouté au début des années 1980, une personne non avertie ne pourrait soupçonner l’existence d’un lieu de culte à cet endroit. Et malgré la configuration villageoise de ce secteur de Beauport, l’église de Notre-Dame-de-L’Espérance ne joue pas un rôle structurant dans la trame urbaine. Implantée dos au chemin principal et bordée d’une mer d’asphalte, elle se situe dans un environnement pauvre au point de vue de l’aménagement urbain et paysager. Une valeur communautaire la désigne. 



Martin Dubois

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