Église de Notre-Dame-de-Recouvrance
(1965-1966)

Arrondissement. des Rivières
260, avenue Bélanger



La première église de la paroisse de Notre-Dame-de-Recouvrance a fait place, en 1948, à un lieu de culte temporaire aménagé dans le soubassement d’une église projetée, une pratique courante au XXe siècle. L’église haute, soit l’église actuelle, ne sera érigée qu’en 1965-1966 selon les plans de l’architecte René Blanchet, alors fort actif dans le domaine de l’architecture religieuse. Il a en effet réalisé depuis le début des années 1930 plusieurs dizaines d’églises paroissiales dans les régions de la Gaspésie, du Bas-Saint-Laurent et de la Chaudière-Appalaches en passant par les villes de Granby,Shawinigan et La Malbaie. Il a même dessiné des églises dans les provinces de l’Alberta et des Territoires du Nord-Ouest. Au fil des ans, il a suivi l’évolution de l’architecture moderne en s’éloignant peu à peu de la tradition pour créer des formes plus originales et mieux adaptées à la nouvelle liturgie. 

Alors qu’à quelques rues de là, Jean-Marie Roy a conçu quelques années auparavant l’église de Saint-Eugène, un temple moderne aux formes audacieuses et à la silhouette sculpturale, l’église de Notre-Dame-de-Recouvrance présente une image relativement conventionnelle qui semble nous ramener plus de 20 ans en arrière. René Blanchet a pourtant créé, au cours desannées 1960, des églises beaucoup plus modernes d’un point de vue plastique. L’aspect de l’église de Notre-Dame-de-Recouvrance s’explique par la présence d’un soubassement construit en 1948 comme lieu de culte temporaire, lequel a dicté la forme et le type de structure du nouveau bâtiment. On avait eu recours au même procédé à l’église de Saint-Rodrigue de Charlesbourg,dont René Blanchet avait dessiné le soubassement en1946 et qui n’avait été achevée qu’en 1962-1963. Dans les deux cas, il en a résulté un édifice d’apparence conventionnelle régi par un plan au sol et une organisation pensés 20 ans plus tôt. 

L’église de Notre-Dame-de-Recouvrance présente un plan traditionnel avec une nef longitudinale dotée d’un transept. Un clocher latéral à base carrée, surmonté d’une flèche habillée de tôle galvanisée et couronnée d’une croix en fer forgé, fait contrepoids au petit volume du baptistère situé du côté opposé. La façade principale, dressée au sommet d’un emmarchement monumental, est percée sur toute sa hauteur d’une grande baie stylisée d’inspiration gothique. Les murs extérieurs de l’église sont revêtus de granit provenant de Rivière-à-Pierre,dans Portneuf. Alors que le soubassement de 1948 est recouvert de pierre calcaire à bossage, les murs élevés plus tard ont reçu un parement de granit scié, sablé et piqué. L’ornementation et toutes les ouvertures de l’église adoptent un certain style gothique moderne.Des contreforts situés sur les côtés servent de butée à lacharpente. Les toitures sont recouvertes de bardeau d’asphalte tandis que la façade arrière, peu visible, est revêtue d’aluminium à clin. 

Le presbytère, érigé au même moment que l’église et rattaché à celle-ci par l’arrière, arbore des formes plus modernes. Ses deux étages coiffés d’un toit plat dégagent des lignes pures où l’horizontalité domine. Le rez-de-chaussée est paré du même granit que l’église tandis qu’à l’étage, un revêtement métallique crée un bandeau ceinturant l’édifice où s’insèrent les fenêtres de type résidentiel. Un faible débord de toiture fait office de couronnement. Des galeries aux toitures en accordéon et aux garde-corps modernistes offrent quant à elles une touche fantaisiste à l’édifice somme toute austère. 

Du parvis recouvert de granit, on pénètre dans le narthex par de grandes portes massives en métal décorées de céramiques fabriquées par la compagnie d’orfèvrerie religieuse Hernandez. La grande verrière est composée de verre givré aux couleurs vives. On accède ensuite à la nef par une autre série de portes vitrées. À gauche, un escalier situé dans le clocher mène à la tribune ; à droite, l’ancien baptistère sert aujourd’hui de salon privé. 

La nef principale peut contenir 936 personnes assises. Son plan longitudinal, avec le chœur comme point focal,est rythmé par les grandes arches en béton qui camouflent une structure d’acier et soutiennent la voûte en plâtre dont la courbure est sectionnée. L’église est bien éclairée naturellement par les fenêtres latérales de forme ogivale munies de verre givré. Une double rangée de luminaires suspendus permetd’ajuster l’intensité lumineuse. Les bras du transept sont eux aussi éclairés par de grandes fenêtres. Un orgue à tuyaux en occupe le bras gauche, tandis que le baptistère prend place dans le bras droit. 

Le chœur, dont la largeur et la hauteur sont réduites par rapport à la nef, est surélevé de quelques marches en terrazzo. L’attention est portée sur le haut retable composé de mosaïques et sur lequel se détache un grand crucifix. Tout comme le bas des murs du chœur, le pourtour du retable est fait de travertin. À droite du chœur, derrière une paroi vitrée, on retrouve une petite chapelle pour les enfants (maternelle) et une sacristie,alors que le côté gauche est réservé à une autre chapelle votive et à une salle pour les enfants de chœur. Au-dessus de ces espaces annexes, des ouvertures en ogive pratiquées dans la partie haute des murs laissent pénétrer la lumière dans le sanctuaire. La table de communion en fer forgé entourant le chœur ainsi que le mobilier liturgique sont d’une grande simplicité, toutcomme le chemin de croix en métal installé de manière discrète dans la nef. 

L’église et le presbytère de Notre-Dame-de-Recouvrance occupent un emplacement de choix. L’îlot compris entre les rues Beaucage, Bélanger, Chabot et l’avenue du Chanoine-Côté est bordé de rangées de grands arbres matures. Ce noyau institutionnel où l’on retrouve aussi une école joue un rôle structurant dans le secteur. Le clocher, vu de loin, fait office de point de repère dans le quartier. L’église est intéressante en elle-même, mais compte tenu de son époque de construction qui a donné lieu à des compositions plus audacieuses et innovatrices, elle se caractérise par une valeur communautaire.



Martin Dubois

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