Église de Notre-Dame-des-Laurentides (1992)

Arrondissement de Charlesbourg
1365, avenue Notre-Dame



En 1991, l’église de Notre-Dame-des-Laurentides est détruite par le feu. S’envolent ainsi en fumée le lieu de culte et certains trésors mobiliers de cette petite communauté villageoise nichée au pied des Laurentides. L’ancienne église datait de 1905. Les plans avaient été signés par l’architecte Joseph-Georges Bussières, très actif dans Portneuf. L’église de Notre-Dame-des-Laurentides était d’ailleurs presque identique à celle de Saint-Léonard-de-Portneuf, conçue en 1898 par Bussières, si bien que l’on peut présumer que les mêmes plans ont été utilisés pour les deux temples. Le décor intérieur, réalisé en 1907, était l’œuvre des architectes Talbot et Dionne. Bénite le 8 octobre 1905, l’église avait subi peu de modifications, si l’on omet les quelques travaux effectués en 1949 par Philippe Côté et qui en avaient sensiblement modifié l’intérieur. Le presbytère, épargné par l’incendie dévastateur, a été érigé en 1930 d’après les plans de l’architecte Héliodore Laberge. 

Immédiatement après l’incendie, la paroisse décide de reconstruire l’église qui jouait un rôle structurant dans la communauté mais aussi dans la trame urbaine du secteur. En effet, située à l’intersection des deux principales voies du village, la rue Notre-Dame et la rue de l’Église, le lieu de culte formait avec le presbytère, l’école et le cimetière un noyau institutionnel majeur. De plus, l’emplacement de l’église sur un monticule lui procurait une bonne visibilité, d’autant qu’elle dominait l’autoroute 73. 

On ne tarde donc pas à amorcer les travaux de reconstruction, de sorte que le 8 décembre 1992, un peu plus d’un an après le sinistre, on peut inaugurer la nouvelle église dont le sous-sol loge une grande salle communautaire. 

C’est à l’architecte Jean-G. Grondin qu’on a confié le mandat de reconstruire l’église. L’architecte propose un plan longitudinal avec transept et une forme des plus traditionnelles, d’où l’aspect quelque peu archaïque de l’édifice si l’on considère toutes les possibilités formelles qu’offrait ce type de programme et l’exploration architecturale réalisée dans ce domaine depuis les années 1960. Le peu d’expérience du concepteur en matière d’architecture religieuse ainsi que le budget modeste peuvent en partie expliquer ce choix des plus conservateurs. 

L’extérieur de l’édifice religieux, avec son haut clocher, en rappelle la fonction de façon non équivoque. L’édifice est relié au vieux presbytère de 1930, dont on a refait l’enveloppe afin de l’uniformiser à l’ensemble. L’église est revêtue de brique de béton rose et d’acier émaillé blanc, avec des insertions de granit sous forme de bandeau et d’encadrement d’ouvertures. Sur la façade principale, une grande marquise se prolongeant sur toute la largeur du bâtiment et ornée de frontons protège l’entrée principale et l’entrée du bureau paroissial. Deux grandes verrières occupent une bonne partie du mur-pignon. Elles sont séparées par une paroi aveugle qui reçoit une statue de la Notre-Dame. Le clocher, adoptant la forme d’un campanile vénitien, est rattaché à l’angle de l’édifice. Sur les façades latérales, de grandes baies vitrées couronnées d’un arc en plein cintre sont surmontées de pignons à la base du toit. Les bras du transept, qui abritent des entrées secondaires, possèdent des ouvertures plus importantes. L’ample toit à deux versants est recouvert de bardeau d’asphalte. Les matériaux et les éléments architecturaux qu’on y retrouve ne se démarquent guère de ce qu’on peut observer dans l’architecture résidentielle. 

L’intérieur de l’église, pouvant contenir plus de 400 fidèles, nous semble plus intéressant en raison de l’ambiance chaleureuse créée par la structure et les plafonds en bois et par la lumière qui baigne généreusement la nef. En effet, les grandes verrières de la façade et du transept ainsi que les hautes fenêtres latérales dispensent un maximum de luminosité. 

L’absence de vitraux ou de verre givré produit en outre un effet de transparence tout en permettant un contact direct avec l’extérieur, ce qui n’est guère habituel dans un lieu sacré. La charpente en bois lamellé-collé et les plafonds en planches de bois verticales sont apparents.Le bois de couleur claire qui n’assombrit pas la nef et les lignes pures de la charpente créent une atmosphère enveloppante propice au recueillement. Une tribune arrière rappelle la disposition des églises traditionnelles. 

Il n’y a pas de distinction entre l’espace de la nef et celui du chœur, surélevé de quatre marches. Entièrement dépouillé, le grand mur blanc du chœur qui fait face à l’assemblée n’est ponctué que par une grande croix aux lignes simples. Ce qui surprend dans cette église contemporaine, c’est la présence de mobilier ancien. Les bancs de la nef en bois sculpté et verni ainsi que le mobilier liturgique en bois peint blanc et or (autel, table des saintes espèces, fonts baptismaux, lutrins, lampe du sanctuaire) proviennent d’églises du diocèse qui ont fermé leurs portes et dont le mobilier a été offert à Notre-Dame-des-Laurentides en signe de solidarité. On retrouve aussi dans l’église quelques statues anciennes et un chemin de croix contemporain en bois sculpté. 

En raison de son jeune âge et de ses caractéristiques formelles peu innovatrices, l’église de Notre-Dame-des-Laurentides possède une valeur communautaire. Elle se dresse, cependant, fièrement dans ce magnifique paysage vallonné des Laurentides.



Martin Dubois

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