Église de Saint-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette
(1967-1968)

Arrondissement de La Haute-Saint-Charles
277, rue Racine



Par son architecture moderne, l’église de Saint-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette, inaugurée en 1968,  tranche avec son environnement bâti traditionnel. Il s’agit à vrai dire de la quatrième église de ce secteur historique de Loretteville. Une chapelle a d’abord été aménagée dans le presbytère et bénite le 2 décembre 1795, en même temps que le cimetière. En 1798, on entreprend la construction de la première église, qui sera bénite en 1810. Décorée par François Baillairgé entre 1810 et 1815, puis agrandie par la façade en 1836 selon les plans de Thomas Baillairgé, elle a l’aspect des églises traditionnelles de type rural. Devenue trop petite, elle sera démolie en 1890 pour faire place à un temple plus spacieux, ouvert au culte en 1892. Cette deuxième église, plus monumentale, dont le décor intérieur est achevé en 1903, est ravagée par un incendie le 13 décembre 1908. On procède donc à la construction d’une troisième église, cette fois selon les plans de l’architecte Georges-Émile Tanguay, qui avait travaillé au décor intérieur de l’église précédente. Inauguré en 1911, l’édifice intègre une partie des murs en maçonnerie restés debout. Des photographies anciennes nous dévoilent un intérieur majestueux et richement décoré. Après avoir survécu à des dommages causés par une tempête et la foudre en 1919, l’église est elle aussi la proie des flammes en février 1967. Cette fois-ci, elle est entièrement rasée.
 

L’église actuelle, utilisant un langage franchement contemporain, a été érigée en 1967-1968. René Blanchet avait d’abord été pressenti comme architecte de la reconstruction, comme en témoignent des plans sommaires conservés aux Archives nationales du Québec à Québec. On retiendra finalement un autre architecte, Gilles Côté,à qui l’on doit les églises de Saint-Louis-de-France (Blatter, Caron et Côté, 1960), de Saint-Jérôme-de-L’Auvergne (1966), du Sacré-Cœur-de-Jésus (1967), de Notre-Dame-de-Foy (Royer, Blais et Côté, Chabot, 1978) et de Saint-André de Neufchâtel (1964-1965). Comme quelques-unes des autres réalisations de Gilles Côté, l’église de Saint-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette présente une configuration originale. Un plan centré de forme octogonale crée une vaste nef coiffée d’une toiture pyramidale à 16 versants constituée de dalles de béton plissées à la manière d’un accordéon. Une petite flèche très effilée surmonte le sommet au centre du toit. Chacun des huit pignons formés par la toiture plissée est entièrement vitré, de sorte que l’intérieur de l’église profite d’une grande luminosité. 

La volumétrie ne se résume pas seulement au volume octogonal et à son toit. Sur chacun des huit côtés, un volume rectangulaire d’un seul niveau se projette vers l’extérieur. Ces huit saillies abritent des fonctions différentes. Le volume situé à l’avant, rue Racine, est complètement évidé et son toit, supporté par deux colonnes rondes revêtues de céramiques orange de l’artiste Claude Vermette, abrite l’entrée principale et un narthex vitré. Sur les deux façades latérales, l’une donnant sur le stationnement, l’autre du côté du presbytère, le volume est évidé au centre pour permettre l’aménagement d’entrées latérales. De petits locaux techniques flanquent ces entrées vitrées. Derrière le chœur, le volume en projection contient la sacristie. Quant aux deux volumes intermédiaires situés à l’avant, près de l’entrée principale, ils accueillent des salles polyvalentes et des toilettes ainsi que des confessionnaux s’ouvrant sur la nef. Les deux autres volumes intermédiaires situés près du chœur correspondent aux chapelles. À gauche du chœur, la chapelle des enfants, séparée de la nef par des louvres et une paroi vitrée, a été réaménagée en salle de réunion. La chapelle du Saint-Sacrement, quant à elle, est située à droite du chœur et s’ouvre entièrement sur la nef. Ces huit volumes annexes sont revêtus à l’extérieur de pierre à appareillage irrégulier de couleur beige orangé, comme celui qu’on retrouve à l’église de Saint-Mathieu à Sainte-Foy. Leurs toitures plates sont constituées d’une dalle de béton soutenue par quatre poutres entre lesquelles s’insèrent, dans le haut de murs,  trois fenêtres horizontales. 

À l’intérieur de la nef, la blancheur du plafond, qui prend la forme de la toiture plissée, reflète la lumière dispensée par les grandes verrières. De plus, 16 étroites fenêtres verticales, telles des meurtrières, ont été pratiquées dans les murs près des angles. Aucun luminaire n’est apparent au plafond ; les appareils d’éclairage sont camouflés dans le haut des murs, à la base des verrières. Tous les bancs en bois sont regroupés en huit îlots et orientés vers le chœur qui fait face à l’entrée principale. Le chœur, surélevé de cinq marches, est délimité dans sa partie arrière par un lambris de planches verticales et un mur en plâtre blanc qui supporte une grande croix et deux grands luminaires. Le mobilier liturgique est sobre,tout comme les œuvres artistiques de l’église. On y retrouve notamment une Sainte Famille sculptée en boiset des fonts baptismaux garnis de pièces du céramiste Vermette. Un chemin de croix en métal, plus abstrait que figuratif, orne la nef. Un orgue à tuyaux a été installé près de la chapelle du Saint-Sacrement. Le sous-sol de l’église loge des locaux communautaires. 

À l’extérieur, l’église empiète sur le cimetière, qui constitueun espace paysager exceptionnel. Le clocher de faible hauteur se dresse à quelques mètres de l’église. Il prend la forme d’une main tenant trois cloches. Sur sa base, on peut lire l’inscription suivante :

« La main qui offre et donne ; la main qui reçoit et remercie. »

Le presbytère voisin, fort imposant, date de 1795 mais a été modifié et agrandi à plusieurs reprises. Son aspect actuel est le résultat de travaux effectués selon les plans de Joseph-Ferdinand Peachy en 1872-1873. En face, une partie de l’ancien Institut Saint-Louis vient d’être réaménagée afin d’accueillir la bibliothèque Chrystine-Brouillet. 

L’îlot paroissial borde la rue Racine, un secteur hérité de l’ancien village, et est entouré de grands arbres matures. Il a donc un rôle structurant dans ce tissu urbain traditionnel. Dans ce contexte, l’église de Saint-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette, curiosité d’architecture moderne, possède une valeur patrimoniale significative.



Martin Dubois

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