Église de Saint-Augustin-de-Desmaures
(1809-1816)

Ville de Saint-Augustin-de-Desmaures
325, Route 138



L’église de Saint-Augustin-de-Desmaures est édifiée de 1809 à 1816 sur une terre du deuxième rang, aujourd’hui la route 138. C’est l’époque où l’on délaisse graduellement les bords du fleuve pour occuper les plateaux. Parallèlement au nouveau chemin qui se dessine, le lieu de culte adopte une forme traditionnelle : orienté et de plan en croix latine (jésuite) avec abside en hémicycle et sacristie. Ses mesures sont alors de « cent vingt pieds de long de dedans en dedans, et de quarante huit pieds et demi de largeur aussi de dedans en dedans, le tout mesure Française » (Gobeil-Trudeau, 1981, 123). 

Jean-Baptiste Bédard (1761-1818) a dressé le plan de l’église, comme le mentionne le marché de construction du 4 avril 1809 (reproduit dans Gobeil-Trudeau, 1981,123). À cette date, les maîtres maçons Amable Demerset François Pelletier s’engagent dans ce chantier que l’on prévoit déjà très long : « S’obligent lesdits Sieurs entre-preneurs de commencer ladite Maçonne, au plus tard, levingt de Juillet prochain et de la continuer à travailler à ladite maçonne aussi longtemps que la saison permettra de faire de bons ouvrages. Ensuite les travaux seront remis au premier de juin ensuivant, auquel tous lesdits travaux recommenceront et seront continués jusques au premier d’aoust en suivant, et ainsi commencer et arreter lesdits travaux de maçonnerie, d’année en année, jusques à ce que le tout soit bien et duement parachevé, fait et parfait joints tirés en dehors et Gobetée et enduit en dedans » (Ibid.,123). 

En 1813, on fait aussi appel à Jean-Baptiste Bédard pour les travaux de charpenterie de la toiture, de la voûte et du clocher. Maître charpentier, menuisier, arpenteur de métier et identifié comme « architecte », il possède une solide expérience. Sa pratique reconnue auprès de l’architecte François Baillairgé pourrait avoir été déterminante dans son travail à l’église de Saint-Augustin, dont la façade procède d’un concept original et novateur. L’ensemble de la composition et particulièrement les portails, magnifiquement conservés, déploient une savante ornementation classique parfaitement proportionnée : pilastres aux chapiteaux ioniques, entablement, fronton et fenêtres semi-elliptiques. En vérité, le portail central de Saint-Augustin préfigure celui que François Baillairgé dessinera en 1824 pour l’aile de la procure du Séminaire de Québec. Madeleine Gobeil-Trudeau affirme d’ailleurs, à la suite d’une longue analyse stylistique de Saint-Augustin, que « relier le nom de François Baillairgé à la conception de la façade de l’église de Saint-Augustin n’a rien d’erroné » (Ibid.,75). La source d’inspiration de cette nouvelle architecture est la cathédrale anglicane Holy Trinity de Québec (1800-1804). 

Le lieu de culte est inauguré en 1816 et la fabrique en entreprend aussitôt la décoration intérieure. Les ouvrages s’échelonneront encore sur plusieurs années. Le fin travail de menuiserie et de sculpture est confié, dans un premier temps, le 18 février 1816, à Pierre Séguin, qui s’associe aux ornemanistes Olivier Dugal et Louis-Thomas Berlinguet. Formés à l’atelier de Louis-Amable Quévillon, ils ont une spécialité : les voûtes à caissons. Les maîtres menuisiers, Laurent Cloutier et Joseph Beleau, engagés par Pierre Séguin et ses collaborateurs dès le 24 février 1816, installent la fausse voûte en bois. Le 18 juin suivant, l’ornemaniste Olivier Dugal fait cavalier seul dans l’ornementation complexe de la voûte de l’église de Saint-Augustin : outres les arcs doubleaux de la nef, elle se compose d’une multitudes de compartiments en forme de losanges et d’hexagones ornés de motifs en répétition. Les historiens d’art, depuis Gérard Morisset, attribuent à Olivier Dugal la chaire, le banc d’œuvre, dont le dorsal est encore en place, et les tombeaux des autels, réalisés entre 1816-1817. 

Si, en 1820, Louis-Xavier Leprohon est déjà présent pour la construction de la tribune arrière, avec Joseph Frigon, c’est en 1822 qu’il met la dernière main au décor, avec la réalisation du retable du chœur, pièce maîtresse du décor architectural de Saint-Augustin. Encore une fois, le défi est de taille : Leprohon doit intégrer le retable de l’église de l’Anse-à-Maheu, de Charles Vézina, réalisé entre 1746 à 1749. Pour ce faire, il en modifie et augmente les côtés afin qu’il puisse s’adapter aux volumes en hémicycle du nouveau chœur. Le tout donne une œuvre en mouvement à l’ornementation foisonnante, dans le goût baroque, comme le montrent les photographies anciennes qui rendent bien le décorum du sanctuaire. Nombre d’artistes et d’artisans de renom travailleront à l’achèvement du chœur pour ce qui est du mobilier liturgique et des œuvres d’art. 

Cette église de la première heure, dont le parachèvement s’est poursuivi après 1816, fera l’objet de travaux à partir du milieu du XIXesiècle. Entre 1854 et 1857, une première campagne de travaux, confiés à Régis Audet dit Lapointe, dote le temple d’un nouveau clocher en façade, d’un clocheton surmontant le rond-point et de la sacristie actuelle, plus grande, avec son chemin couvert côté sud. En 1872, l’architecte Joseph-Ferdinand Peachy procède à la construction de tribunes latérales dans les croisillons,travail exécuté par Félix East, un habile menuisier du village. Il s’agit à l’époque d’une solution courante pour offrir plus de places assises. La tribune sud sert principalement au nouvel orgue Mitchell et son imposant buffet. Le chemin de croix peint, de Siméon Alary(1893), date de cette période. 

Le XXe siècle constitue également une période décisive pour l’église de Saint-Augustin. La population ne cessede croître et la fabrique envisage un projet d’agrandissement. En 1911, les architectes Ouellet et Lévesque déposent les plans d’une église nouvelle à partir de transformations radicales à l’église ancienne. La fabrique rejette cette solution mais entreprend une série de travaux. En 1914-1915, selon les plans de Lorenzo Auger, on prolonge la tribune arrière d’une dizaine de pieds afin d’y installer l’orgue, libérant ainsi la tribune latérale sud que celui-ci occupait. La Maison Casavant voit à l’installation de l’instrument dans son nouvel espace. En 1916-1917, les architectes Tanguay et Lebon procèdent à un agrandissement au-dessus du chemin couvert, ce qui permet d’augmenter le nombre de places assises. 

En 1928, comme l’église paraît en mauvais état (murs et couverture), l’architecte J.-Aurèle Bigonesse et l’ingénieur C.-Camille Lessard proposent soit d’en construire une nouvelle, soit de faire les réparations nécessaires. En 1933, la fabrique opte finalement pour la réfection de l’édifice. L’architecte Émile-Georges Rousseau entre alors en scène : c’est à lui que l’église de Saint-Augustin doit sa facture actuelle, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Ces travaux majeurs répondent à deux besoins : corriger la structure et augmenter l’espace intérieur. On abat d’abord les côtés intérieurs du chœur et on prolonge ainsi le transept jusqu’au rond-point du chœur, tout en prolongeant les tribunes latérales. Ces nouveaux espaces, sur deux niveaux, peuvent accueillir environ 140 personnes. On doit cependant sacrifier une partie importante du décor du chœur et du mobilier ancien, jusque-là jalousement conservé. De plus, la Maison Casavant procède à la division de l’orgue en deux buffets. À l’extérieur, les travaux de réfection affectent surtout la façade principale. Afin de renforcer la structure, l’architecte ajoute aux angles de la façade des contreforts stylisés en béton, ce qui en rompt la composition classique. Tous les murs reçoivent aussi un crépi de ciment qui remplace le parement de bois en imitation de pierre de taille de la façade et dissimule le moellon des autres surfaces, que l’on peut voir sur des photographies depuis la fin du XIXesiècle. Plus tard, en 1961-1962, on installera les bancs et confessionnaux actuels avec l’aval de Gérard Morisset. 

Les œuvres d’art de l’église de Saint-Augustin sont nombreuses. Signalons les principaux tableaux du peintre Antoine Plamondon : le saint Augustin du retable principal (1836), deux toiles accrochées aux longs pans, Saint Jérôme(1848) et Saint Michel terrassant Lucifer(1848), et quatre médaillons peints (1836) ornant jadis le chœur : Saint François d’Assise, Saint Bruno, Saint Bonaventure et Saint Dominique. Le tabernacle du maître-autel, de Raphaël Giroux (1858-1860), est entouré de deux anges adorateurs de Louis Jobin (1890). Les médaillons en bas-relief, suspendus à l’entablement du chœur, représentant saint Paul et saint Pierre, sont attribués à Thomas Baillairgé (vers 1841) ; ils surmontaient auparavant les trônes curial et épiscopal. Le chandelier pascal, les autels latéraux et leur série de chandeliers sont de Jean Valin (entre 1733 et 1745) et proviennent de la vieille église de l’Anse-à-Maheu. Le trésor de la fabrique est aussi considérable. Le livre Le Grand Héritage décrit d’ailleurs toutes les pièces d’orfèvrerie. Parmi les œuvres plus récentes figurent les sculptures d’Henri Angers (1903), destinées à l’origine au cimetière : l’Ange à la trompette, ou du Jugement dernier, qui setrouve actuellement dans le chœur, et deux hiboux, dont les répliques en fibre de verre sont placées à l’extérieur. En fait, à l’église de Saint-Augustin, seul le corpus du Christ provenant du calvaire du lac Saint-Augustin a été classé. Cette pièce anonyme, qui pourrait dater de 1747, occupe à présent la tribune d’orgue. 

Le site religieux inclut le presbytère érigé en 1887 selon les plans de David Ouellet, un monument au Sacré-Cœur, refait en 1919, et le vieux cimetière paroissial ceinturant l’église. L’enclos funéraire, outre l’intérêt de ses monuments, est pourvu d’un calvaire à cinq personnages, en fonte, acquis en 1881, probablement de l’Union artistique de Vaucouleurs (France). En 1903, Ouellet et Lévesque ont dessiné l’élégante clôture en fonte sur muret de pierre, complétée par les œuvres d’Henri Angers. Encore aujourd’hui, cette clôture qui se dresse le long de la route ancestrale, fait partie intégrante du site. 

L’église nécessite toutefois des travaux de rafraîchissement extérieur. Mise en chantier en 1809, l’église de Saint-Augustin-de-Desmaures témoigne d’un riche patrimoine, quoiqu’elle ait été remaniée au XXe siècle : « Ces travaux,qui ont passablement altéré l’état original du bâtiment, ont cependant contribué à le sauver de la démolition. On retrouve donc aujourd’hui une église qui témoigne de l’évolution de l’architecture religieuse au Québec » (Noppen, 1977, 202). Occupant le noyau villageois, l’église de Saint-Augustin-de-Desmaures possède une valeur patrimoniale élevée. Elle commande des études appropriées afin d’établir une mise en valeur éclairée du lieu de culte et du site.



Hélène Bourque

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