Église de Saint-Benoît-Abbé (1966-1967)

Arrondissement de Sainte-Foy–Sillery
3420, rue Rochambeau



En 1965, deux ans après la fondation de la paroisse, le conseil de fabrique confie à l’architecte Louis Carrier la conception de la nouvelle église. Le 17 juin 1966, les plans définitifs sont livrés et les contrats de construction peuvent être octroyés. Le chantier dure plus d’un an et les fidèles de la paroisse de Saint-Benoît-Abbé peuvent célébrer la messe de Noël 1967 dans leur nouveau temple. Le complexe paroissial occupe tout l’îlot délimité par le chemin Sainte-Foy et les rues Rochambeau, De Saurel et de Maur tout près d’une école, d’un parc et d’installations sportives. L’entrée principale de l’église se trouve du côté de la rue Rochambeau, sur le stationnement, alors que le chœur se projette vers le chemin Sainte-Foy où des aménagements paysagers et de la végétation entourent l’église. 

Toute blanche, l’église dévoile sa complexité volumétrique de l’extérieur. La toiture est constituée d’un voile de béton précontraint très mince rigidifié par une série de poutres transversales coulées sur place et qui sont exprimées à l’intérieur. Cette toiture, pratiquement invisible à partir du sol, semble être suspendue aux deux extrémités du plan, tel un hamac. Au centre de l’église, au point le plus bas du toit, des gargouilles évacuent l’eau de chaque côté de la nef. Les murs extérieurs en béton, enduits et peints en blanc, sont percés de fenêtres étroites dont les encadrements sont exprimés en relief. Sur certaines excroissances ainsi que sur le presbytère, des planches de cèdre rouge posées à la verticale servent aussi de revêtement. Une tour sculpturale, seul élément vertical de la composition, est également formée de courbes. Elle est constituée de deux éléments verticaux autonomes en béton blanc, dont l’un est semi-cylindrique, contreventés à leur sommet par quatre pans horizontaux. Cette structure, sorte de campanile stylisé dépourvu de cloches, se termine par une croix en métal. 

De l’extérieur, à partir du stationnement, cinq portes doubles protégées par une grande marquise arrondie permettent d’accéder au narthex vitré en forme de demi-cercle. On pénètre à l’intérieur de la nef par une autre série de trois portes doubles. Les portes en merisier sont ornées de languettes de bois verticales, motif qui est repris sur plusieurs éléments du décor intérieur, dont les confessionnaux à la forme ondulante, la balustrade du chœur et l’ambon. La couleur foncée de ces éléments en merisier contraste avec la couleur pâle du bois des bancs et des autres revêtements du chœur. L’ensemble du plancher de l’église est en terrazzo, y compris dans le chœur où le sol et l’emmarchement tout en courbes sont recouverts de tapis rouge. 

Ce qui est frappant lorsqu’on entre dans la nef, c’est la faible hauteur du plafond, accentuée par la présence de poutres transversales. La courbe du toit, qui commence à une bonne hauteur près de l’entrée principale, descend pour atteindre son niveau le plus bas au centre de la nef et ensuite remonter vers son point le plus haut au-dessus du chœur. À leur entrée, les fidèles ne peuvent apercevoir la partie haute du chœur : ils la découvrent à mesure qu’ils s’approchent du sanctuaire vers lequel ils se sentent attirés. Le chœur de forme arrondie est surélevé de quelques marches et son mur courbé, à l’origine totalement dépouillé, a reçu une fausse cloison décorative très expressive en forme d’accordéon qui a rehaussé les qualités acoustiques de l’enceinte. Une croix massive en bois, éclairée par l’arrière, est située aupoint focal du sanctuaire. L’autel et la table des saintes espèces, qui sont légèrement surélevés sur des podiums aux formes sinueuses, sont constitués de granit noir poli. 

De chaque côté du chœur, une excroissance se projette à l’extérieur du volume principal. Le volume à droite du chœur loge des gradins réservés à la chorale, tandis que son pendant de gauche recevait à l’origine les fonts baptismaux qui étaient séparés du chœur par une grille décorative en acier. Cette dernière a disparu lorsque l’enclos du baptistère a été intégré à l’espace du chœur. Ces deux volumes, baignés de lumière, abritent également des entrées latérales et des cages d’escalier qui conduisent à une salle communautaire aménagée sous le chœur. 

En raison de sa faible hauteur, l’intérieur de la nef est relativement sombre. La lumière qui nous parvient des volumes de chaque côté du chœur (chorale et baptistère) ainsi que de la partie haute au-dessus du narthex compense quelque peu l’étroitesse des fenêtres verticales le long des murs latéraux qui offrent peu de surfaces vitrées. Le puits de lumière en forme de coupole circulaire qui à l’origine éclairait le chœur a été condamné. 

Dès les premières années d’utilisation, deux problèmes reliés à la configuration même de l’église ont été décelés. Tout d’abord, comme dans plusieurs églises construites en béton à cette époque, des infiltrations d’eau ont été signalées au niveau de la toiture. Après une série de travaux de colmatage, le problème a été définitivement réglé par la réfection complète de la couverture avec de nouvelles membranes d’étanchéité et par l’obturation du puits de lumière au-dessus du chœur. Le second problème concernait quant à lui la qualité acoustique de la nef : de la réverbération sonore était provoquée sur les poutres transversales de la nef et sur les murs latéraux, rendant les paroles du célébrant inaudibles. La pose d’un revêtement acoustique sur les murs et sur les poutres de béton ainsi que l’installation d’un nouveau système de son avec haut-parleurs dissimulés entre les poutres du plafond ont considérablement amélioré la situation. 

L’église de Saint-Benoît-Abbé, un lieu de culte relativement modeste, est néanmoins une œuvre singulière de la production architecturale moderne à Québec. Une valeur patrimoniale significative. L’architecte Louis Carrier, qui a aussi conçu les églises de Saint-Yves et de Saint-Mathieu à Sainte-Foy ainsi que celle du Bon-Pasteur à Charlesbourg, a opté ici pour un plan tout à fait original de forme ovale. Presque entièrement faite de courbes, l’église contraste avec le presbytère très orthogonal qui lui est annexé. L’originalité du plan au sol et des volumes contribue à ancrer cette réalisation dans le contexte des années 1960. Louis Carrier a conçu une architecture à la fois riche, sculpturale et raffinée, caractérisée par la fluidité des courbes et la pureté du béton blanc. 



Martin Dubois

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