Église de Saint-Charles-Garnier (1945-1947)

Arrondissement de Sainte-Foy–Sillery
1215, avenue du Chanoine-Morel



L’érection canonique de la paroisse, en août 1944, favorise la préparation de plans pour l’église, car les travaux de construction débutent dès après l’achat du terrain, conclu le 2 juin 1945. C’est dire que le projet mûrissait depuis quelque temps déjà. La commande est confiée à l’architecte Charles-A. Jean, résident de l’avenue Holland, secondé par Roland Dupéré, comme le montrent les plans conservés à l’archidiocèse. Le 25 août 1946, on inaugure la crypte de l’église de Saint-Charles-Garnier où se tiendront les offices religieux jusqu’à la Toussaint de 1947, date de l’inauguration de la nouvelle église. Elle sera bénite solennellement le 21 mai 1950, lorsque le décor intérieur sera achevé. 

Charles-A. Jean (1904-1958) est diplômé de l’École des beaux-arts de Québec en 1928, tout comme Roland Dupéré, en 1934. À Québec, Charles-A. Jean collabore, avec René Blanchet, à la conception de l’église de Saint-Joseph (1940-1942), aujourd’hui affectée à un autre usage.On compte également parmi ses réalisations l’église St. Patrick (1957-1958), démolie en 1988, et le Centre hospitalier de l’Université Laval (1953-1954), conçu en collaboration avec les architectes Robert Blatter, Fernand Caron et Roland Dupéré. 

L’église de Saint-Charles-Garnier est un exemple tardif du néogothique anglais. Déjà en 1929-1930, l’architecte Albert LaRue avait érigé l’église de Saint-Dominique, sur la Grande Allée, dans ce style de la première moitié du XXe siècle. Saint-Charles-Garnier, l’une des dernières représentantes de ce courant stylistique, n’en offre pas moins une interprétation convaincante par ses gargouilles dominant les créneaux de la tour-clocher, sa flèche et sa maçonnerie. Le décor intérieur se développe aussi dans l’esprit de cette architecture, comme en témoignent la fausse voûte apparente et le traitement du chœur et des stalles. Plus modernes, les formes des arcs brisés sont bien découpées et les matériaux on ne peut plus actuels : des blocs de ciment, tantôt enduits pour imiter la pierre de taille, tantôt étroits et colorés. L’organisation spatiale met l’accent sur le caractère fonctionnel des lieux : les étroits bas-côtés servent uniquement de passages et le transept est réservé aux autels latéraux, si bien que dans la large nef et la tribune arrière, aucun obstacle ne gêne la visibilité. 

En fait, l’intérêt de l’édifice de Charles-A. Jean tient à sa richesse artistique qui atteste le renouvellement des arts sacrés dans cette période charnière de l’architecture religieuse, avant le modernisme des années 1960. Dans l’esprit rationaliste de l’époque, Charles-A. Jean entreprend, de 1949 à 1953, la réalisation du décor et du mobilier de l’église à laquelle collaborent plusieurs artistes et artisans, suivant la démarche adoptée à la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré et aux églises de Saint-Roch et de Saint-Dominique. Nous savons toutefois peu de chose sur l’élaboration du programme iconographique des œuvres de Saint-Charles-Garnier ; seul un dessin des stalles du chœur, daté de 1949, conservé à l’archidiocèse, montre le détail du projet. 

Tout le travail de fine menuiserie et de sculpture sur bois est confié à Jean-Julien Bourgault (1910-1996) de Saint-Jean-Port-Joli. Il signe le tombeau du maître-autel, placé aujourd’hui au centre du chœur, illustrant la mort de saint Charles Garnier dans une nature québécoise, typique de la production des sculpteurs de Saint-Jean-Port-Joli et des scènes folkloriques qu’ils affectionnent. Médard Bourgault (1897-1967) aurait exécuté le Christ en croix, don d’un paroissien. La plus grande partie des vitraux provient de la maison Rault de Rennes (France), dont on reconnaît les « panneaux en dalles de verre coloré ». Si la plupart des vitraux sont historiés et combinent la technique sur panneaux de verre et la méthode traditionnelle, ceux de la nef sont entièrement réalisés sur panneaux de verre, procurant un heureux effet de modernité par la géométrie et la couleur. D’après des dessins de Jean-Baptiste Soucy, Walter del Mistro a réalisé les mosaïques des retables des autels latéraux et celles de la croisée du transept, consacrées à saint Joseph et à Notre-Dame du Perpétuel-Secours. Représentatifs du renouveau des arts sacrés, les émaux sur cuivre de Jacques Spénard sont de véritables cycles narratifs de la vie de sainte Anne, sur le retable de l’autel latéral gauche, et de celle de sainte Thérèse, sur le retable de l’autel latéral droit. Un chemin de croix en plâtre est signé M. Chantrel. Enfin, l’orgue est livré en 1953, par les soins de la maison Casavant. 

Cette église relativement récente a bien évolué. On note comme seul changement d’importance l’ajout, en 1957, de la chapelle Saint-Alphonse, du côté ouest, conçue par Noël Mainguy. La chapelle s’intègre bien à l’édifice par son style néogothique moderne et sa maçonnerie. L’église de Saint-Charles-Garnier se complète d’un presbytère mitoyen, longeant l’avenue Chanoine-Morel. Terminé en 1950, comme le révèlent les photographies d’époque, il s’harmonise à l’édifice religieux grâce à ses formes architecturales néo-Tudor. Face au boulevard Laurier, une artère très achalandée, l’église bénéficie d’un environnement intéressant, avec dans son voisinage la Villa Bagatelle et le parc du Bois-de-Coulonge. Elle requiert toutefois des travaux quant à sa tour-clocher où l’infiltration d’eau semble problématique. En raison de son riche patrimoine artistique, formé d’œuvres datant d’une époque charnière de l’art religieux au Québec, l’église de Saint-Charles-Garnier possède une valeur patrimoniale élevée. Cette église commande des études plus exhaustives du lieu de culte et de son potentiel artistique.



Hélène Bourque

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