Église de Saint-Denys-du-Plateau (1964)

Arrondissement de Sainte-Foy–Sillery
1100, route de l’Église



Au début de 1963, l’architecte Jean-Marie Roy, qui vient tout juste de terminer la conception de l’église de Saint-Eugène-de-Vanier, est choisi pour dessiner les plans de la nouvelle église de la paroisse de Saint-Denys-du-Plateau. Peu de temps après le dépôt des plans d’architecture, le choix du terrain de la route de l’Église est remis en question. Finalement, la construction du temple débute dans les premiers mois de 1964 sur l’emplacement prévu initialement, appartenant à l’archevêché, et le lieu de culte est inauguré en octobre de la même année. 

Contrairement à Saint-Eugène, Jean-Marie Roy opte pour un plan au sol plus traditionnel, le plan longitudinal. Il crée cependant un volume tout aussi dynamique qui rappelle l’aspect d’une immense tente gonflée par le vent dont les tendeurs sont profondément ancrés au sol. L’auteur et critique d’art Laurent Lamy décrit ainsi l’église de Saint-Denys-du-Plateau : « Le parallélépipède est la forme géométrique de base de l’architecture contemporaine. L’église permet l’emploi d’autres formes, comme la pyramide utilisée ici dans une de ses variantes. Les deux pyramides triangulaires sont emboîtées et se prolongent l’une dans l’autre à l’horizontale en même temps que deux pans d’une des pyramides (les versants de la toiture) se prolongent aussi, mais à la verticale, pour contenir et porter les cloches et la croix » (Lamy et Hurni, 1983, 36-37). 

La toiture de l’église possède une arête brisée formée par une charpente de bois lamellé-collé de 11 travées dont les poutres de même longueur ont une pente qui varie : les poutres du centre sont plus évasées et celles des extrémités, plus pentues. Il en résulte une forme des plus dynamiques, presque aussi fluide que les toitures en voile de béton de forme paraboloïde hyperbolique. On ressent d’ailleurs bien la courbe du toit à l’intérieur de la nef. Le bardeau d’asphalte d’origine, de couleur claire, accentuait la pureté du volume. Remplacé par un bardeau gris foncé dans les années 1980, le matériau de couverture ne joue malheureusement plus aussi bien ce rôle. 

Sur la façade principale, une marquise en bois lamellé-collé surplombe les portes du vestibule et sert de contrepoids à la tribune d’orgue, à l’intérieur. Au-dessus de la marquise, le grand pan de mur de forme triangulaire, destiné à recevoir une œuvre d’art en mosaïque qui n’a jamais été réalisée, a finalement été revêtu d’aluminium ondulé comme celui de l’arrière, dos au chœur. L’élégant clocher, possédant également une charpente de bois, assure l’élan vertical que commande sa fonction. L’ouverture frontale du clocher devait recevoir trois cloches, mais le projet ne s’est jamais concrétisé. 

Sur les côtés, les extrémités des poutres en bois de teinte rougeâtre sortent à l’extérieur où elles sont solidement ancrées au sol dans des étriers d’acier, rappelant, par leur caractère rationaliste, les arcs-boutants de l’architecture gothique. En raison des intempéries qui ont fait pourrir le bois exposé à l’extérieur, les poutres ont du être consolidées en 2001 par un procédé à l’époxy et recouvertes de tôle profilée brune, ce qui atténue quelque peu l’effet de continuité intérieur/extérieur des poutres au travers de l’enveloppe du bâtiment. 

Le prolongement des poutres centrales forme un plan légèrement évasé au centre, où sont pratiquées des entrées secondaires. Entre les poutres, les murs latéraux sont presque entièrement vitrés, tout comme les portes d’accès. Il existe alors une véritable relation visuelle entre la nef et l’extérieur, entre les fidèles et les passants. Le caractère sacré de l’église, habituellement préservé par la disposition des fenêtres ou par l’utilisation d’écrans (vitraux, verre givré), est donc peu accusé ici. Néanmoins, les 800 fidèles que peut contenir l’église y trouvent une atmosphère propice à la communion grâce aux couleurs chaudes assurées par l’omniprésence du bois et par la lumière naturelle qui est judicieusement contrôlée. À l’origine, le milieu de la voûte à partir du centre jusqu’au chœur était fendu sur une largeur de 60 centimètres ; un puits de lumière de forme semi-cylindrique, fait d’un matériau plastique translucide, permettait ainsi un éclairage zénithal. Pour des raisons d’ordre pratique (étanchéité), cette ouverture a été sacrifiée en 1982. Toutefois, aux deux extrémités de la nef, d’étroites bandes de fenêtres séparant le mur triangulaire du plafond ont été conservées. Ces ouvertures qui créent des effets visuels intéressants contribuent à l’aspect de légèreté de la toiture. 

L’intérieur de l’église est simple et dépouillé. Le chœur, aménagé sur un gradin de trois marches, est délimité par un mur bas en demi-cercle constitué de cloisons amovibles. Les espaces résiduels de forme irrégulière sont occupés par la sacristie et une chapelle dédiée aux mères et aux enfants. Le mur courbé, façonné de montants de bois dans lesquels s’insèrent de la brique, du verre ou des rideaux de cuir, peut s’ouvrir afin de permettre à la salle communautaire reliant l’église au presbytère d’augmenter sensiblement la capacité du lieu de culte lors de grands rassemblements. Le mur nu au fond du chœur, revêtu de crépi blanc lisse et ponctué de deux montants de bois verticaux, n’est dominé que par le Christ glorieux placé au-dessus de l’autel, œuvre du sculpteur Jacques Bourgault de Saint-Jean-Port-Joli. 

Le mobilier liturgique est d’une grande simplicité, tout comme les bancs de la nef en chêne aux lignes épurées et les confessionnaux qui séparent la nef du narthex. Le plancher est entièrement recouvert de terrazzo, y compris celui du chœur, et les plafonds sont revêtus de petites tuiles acoustiques carrées. Des photos anciennes nous montrent que le plafond était originellement composé de grands panneaux rectangulaires placés en quinconce. 

Le presbytère contigu à l’arrière de l’église est un volume simple de deux étages, revêtu de crépi blanc et de planches de cèdre rouge posées à la verticale. Il est coiffé d’un toit en appentis à faible pente. Entre le presbytère et l’église, la salle communautaire pouvant servir de chapelle présente un volume bas au toit plat dont les poutres lamellées se prolongent à l’extérieur. 

Par l’aspect général des volumes, la charpente en bois lamellé-collé et la présence de contreforts qui ancrent le bâtiment au sol, on peut déceler quelques ressemblances avec d’autres églises conçues par Jean-Marie Roy à la même époque, dont celle de Notre-Dame-de-la-Visitation de Havre-Aubert aux Îles-de-la-Madeleine(1963) ou celle de Notre-Dame-de-Fatima à Longueuil(1963-1964). Mais il existe aussi des similitudes avec l’église de Saint-Marcel de Chibougamau (1952-1964) ainsi qu’avec l’église de Saint-Raphaël de Jonquière (1959-1960), toutes deux dessinées par les architectes Evans Saint-Gelais et Fernand Tremblay, en raison notamment des parois qui empruntent la forme d’une tente et des puits de lumière aux arêtes de la voûte. 

L’église de Saint-Denys-du-Plateau est un édifice qui allie sobriété, pureté et harmonie. On doit son allure élégante et élancée à l’architecte Jean-Marie Roy qui a joui d’une grande liberté dans la conception de ce lieu de culte : liberté dans le choix des matériaux et, surtout, liberté formelle qui a créé une silhouette tout à fait reconnaissable dans le paysage de Sainte-Foy. L’église demeure une réalisation importante dans l’œuvre de Jean-Marie Roy mais aussi dans l’architecture religieuse de la ville de Québec. La seule autre église que l’architecte a conçue à Québec, celle de Saint-Eugène, est aujourd’hui désaffectée. Malgré quelques altérations concernant les matériaux extérieurs (couverture et contreforts) et le puits de lumière obstrué, l’église de Saint-Denys-du-Plateau a conservé ses principales qualités architecturales, en particulier son volume inusité qui en fait un monument incontournable de la modernité à Québec. Une valeur patrimoniale élevée la désigne.



Martin Dubois

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