Église de Saint-Émile (1926-1927)

Arrondissement de La Haute-Saint-Charles
1620, avenue Lapierre



Peu après l’érection canonique de la paroisse de Saint-Émile, l’archevêque de Québec annonçait, en octobre 1925, la construction de la nouvelle église : « nous permettons, par les présentes qu’une église soit construite dans la paroisse de Saint-Émile d’après les plans de M. l’architecte Dussault, la dite église devant avoir 124 pieds de longueur par 50 pieds de largeur et être construite en brique solide, avec parement intérieur en terra-cotta, etc. » (Album-souvenir, 1975, 47). 

À vrai dire, c’est l’architecte Émile-Georges Rousseau qui signe les plans de l’église, en septembre 1925. Elle est ouverte au culte en avril 1927 et bénite le 31 juillet suivant. À cette occasion, on décrit ainsi la nouvelle construction : « M. l’architecte Rousseau, de Québec, fut chargé d’en préparer les plans, et des soumissions furent aussitôt demandées. Le contrat pour la construction de l’église fut accordé à Monsieur Ernest Verret […] Il comprenait une église en brique solide de 111 pieds de long par 54 de large avec fondations de ciment. Finie à l’intérieur en plâtre et en pin de la Colombie, peinturée en blanc. Le clocher a une hauteur de 110 pieds et le perron est en ciment […] Ils [les paroissiens] rivalisèrent de zèle pour la meubler et l’orner. Les statues, les ornements en drap d’or, les lustres, les candélabres, les bouquets, les tapis, le confessionnal, tout fut donné par les paroissiens » (Ibid, 47). Cependant, la façade principale que l’on peut voir actuellement est parée de pierre, un ajout effectué à une date encore inconnue. L’église n’est donc pas toute « en brique solide ». 

L’église de Saint-Émile est un édifice relativement simple, de plan rectangulaire à chevet plat et pourvu d’une tour-clocher centrale très en saillie sur la façade principale. Elle épouse la forme typique de la petite église rurale, mais tire son originalité de la présence de bas-côtés agrémentés de contreforts stylisés et surmontés de fenêtres hautes, qui occupent une section lambrissée de bardeau d’amiante. Cette église d’Émile-Georges Rousseau (1888-1973), alors au début de sa carrière, semble répondre à une commande pour un lieu de culte modeste, dans une paroisse naissante, car à la même période il livre des églises plus achevées : l’église de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs de Portneuf (1927-1929), l’ancienne église de Notre-Dame-du-Chemin de Québec (1929-1931), en collaboration avec l’architecte E. Henri Talbot, et l’église de Saint-Ignace-de-Loyola de Giffard (1932-1934) aussi avec Talbot. Pour la commande de la paroisse de Saint-Émile, Rousseau, au fait de la nouvelle architecture religieuse à Québec, s’inspire de l’église temporaire de Saint-Pascal-Baylon de Limoilou (1924, démolie en 1949) dessinée par Gérard Morisset. Morisset lui-même ne manque de signaler la ressemblance : « C’est le plan, mais un peu agrandi, de la première église de Saint-Pascal-Baylon, à Québec : édifice à trois nefs, avec clair-étage ; clocher sur plan carré à la façade. À l’intérieur, pénétration dans la voûte » (IOA). Certes, on en reconnaît la forme caractéristique avec ses bas-côtés, ses fenêtres hautes et l’usage du bardeau d’amiante. 

L’intérieur de l’église de Saint-Émile et son évolution n’ont guère laissé de traces documentaires. Signalons toutefois que des photographies prises lors de l’inauguration de l’église nous montrent un intérieur sobre et dépouillé, et ce, dans l’esprit même du projet architectural, inspiré d’une église temporaire, et dans la mouvance du discours rationaliste du tandem Gérard Morisset/Jean-Thomas Nadeau. 

À l’origine, les travées de la nef étaient marquées d’arcs surbaissés avec une mouluration d’esprit dorique. Le chœur possédait tout le mobilier habituel (chaire, maître-autel, stalles et table de communion). C’est en 1944 qu’Émile-Georges Rousseau, en association avec Étienne Bégin, travaille au parachèvement intérieur. Ces travaux comprennent la pose de carton-fibre. En 1968, conformément aux recommandations de Vatican II, le décor intérieur de l’église est transformé pour adopter un aspect dépouillé, résolument moderne, selon un concept dont l’auteur nous est encore inconnu. Ainsi, les bancs font place aux bancs actuels, la fine mouluration des piliers de la nef disparaît, le mobilier du chœur adapté à l’ancienne liturgie est retiré, de grands panneaux de lattes de bois reprenant la forme des arcs surbaissés de la nef sont confectionnés en guise de retables et du papier peint aurait été installé à quelques endroits, probablement dans la partie basse des murs et des pilastres. Il semble aussi que le jubé ait été condamné à cette période. 

Les changements apportés à l’église de Saint-Émile ne s’arrêtent pas là. En 1980, l’architecte Paul Béland (1917-1987), qui doit procéder à l’isolation de la voûte, propose un nouveau décor qui donnera au lieu de culte son aspect actuel. La voûte est refaçonnée et revêtue d’aluminium émaillé tout comme les voûtes des bas-côtés ; les arcs de la nef ont un nouveau profil cintré et les anciens pilastres font place à des colonnes recouvertes de céramiques ; le revers de façade est traité de manière à dissimuler le jubé condamné et les confessionnaux tout comme l’entrée sont entourés de boiseries. Paul Béland conçoit aussi la structure ouvragée en bois, réalisée par Alexandre Pageau, exposant en son centre une statue de saint Émile. Des lattes de bois à mi-hauteur et un corpus ornent désormais le sanctuaire. Le Christ en croix a été commandé pour cette rénovation aux ateliers de Médard Bourgault, alors que les deux personnages ont été acquis à une date ultérieure. À l’occasion de ces travaux, on a réinstallé à la demande du curé de l’époque l’ancien chemin de croix peint ; il porte l’inscription « L.M. », qui correspond probablement aux initiales de Luigi Morgari. Enfin, un tableau non signé représentant une Vierge à l’Enfant est visible dans le chœur. 

Le site religieux de la paroisse de Saint-Émile comprend un cimetière et un presbytère de brique érigé en 1927, aussi de l’architecte Émile-Georges Rousseau. C’est un bâtiment typique de l’architecture vernaculaire du début du siècle, mais la balustrade de la galerie et le fenêtrage ont été changés depuis. Le milieu environnant de l’ancien village est plus ou moins structuré et présente peu d’intérêt. De plus, l’église de Saint-Émile n’a pas évolué de façon harmonieuse pendant le XXe siècle, ce qui lui donne avant tout une valeur communautaire.



Hélène Bourque

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