Église de Saint-Eugène (recyclée)
(1962-1963)

Arrondissementdes Rivières
222-224, avenue Ducharme



L’église de Saint-Eugène, située dans un secteur résidentiel de Vanier, a été érigée en 1962-1963 selon les plans de l’architecte Jean-Marie Roy, en collaboration avec Gilles Guité. Les deux architectes s’associeront quelques années plus tard pour former la très prolifique agence Gauthier Guité Roy. Jean-Marie Roy a livré les plans de nombreuses églises aux formes novatrices dont celle de Saint-Denys-du-Plateau à Sainte-Foy, conçue immédiatement après Saint-Eugène. Aujourd’hui fermée au culte et réaménagée pour accueillir le centre communautaire Fernand-Dufour, l’église de Saint-Eugène était l’une de ses plus belles réussites architecturales. 

L’historien d’art Claude Bergeron constate que l’église de Saint-Eugène est l’une des plus flamboyantes du diocèse de Québec. Il la décrit comme suit : « Par ses lignes gracieuses et élancées de même que par son revêtement extérieur de stuc blanc, l’église Saint-Eugène à Vanier s’apparente aux églises du diocèse de Chicoutimi. Dans cette construction de 1962-1963, l’architecte a reproduit, sur une plus grande échelle et dans une version améliorée, la forme d’une église qu’il avait conçue un an auparavant pour le petit village forestier de Saint-Louis-de-Gonzague, près de la frontière du Maine. Aux angles du plan en losange, les vestibules forment de longs appendices qui précisent la ressemblance avec le poisson, symbole du Christ. Du même coup, ces fortes projections accentuent les entrées pour rendre l’église plus accueillante, procurent un meilleur ancrage aux fils en tension de la parabole hyperbolique du toit en bétonet enfin, contribuent à étaler davantage la masse de l’église sur le sol. En fait, l’église Saint-Eugène apparaît comme l’un des exemples les plus expressifs d’une tendance que l’on remarque dans beaucoup d’églises modernes du Québec et qui consiste à lier étroitement l’édifice au sol en même temps qu’à lui imprimer un puissant élan vers le ciel. C’est à la fois par les formes, par la symbolique et par une allusion à un récit des saintes Écritures que l’église cherche à traduire ce caractère bivalent. Sa silhouette à la fois étalée et élancée suggère une personne agenouillée qui porte haut une croix qu’elle tient entre ses mains. Dans la nef, le fidèle est invité à suivre de l’œil la courbe de la voûte qui s’élève rapidement au-dessus de l’autel, attiré surtout par l’étroite colonne de lumière au fond du chœur qui évoque le passage biblique où Jacob vit en rêve une échelle reliant la terre au ciel » (Bergeron, 1987, 148-149). 

L’église de 800 places n’est éclairée que par les verrières de l’entrée principale et des deux entrées latérales. Auparavant, les bancs en chêne blanc, en acier et en béton étaient regroupés en six îlots placés en éventail face au chœur. Situé sous le clocher, celui-ci était surélevé de quelques marches en terrazzo.À l’arrière du chœur, derrière des louvres en verre et en bois, on retrouvait la sacristie. Le baptistère était quant à lui à gauche du chœur tandis qu’une salle pour les servants de messe en occupait la droite. Des fenêtres latérales éclairaient ces espaces qui faisaient saillie à l’extérieur du plan de l’église. Comme l’architecture, le mobilier liturgique était d’une grande simplicité. L’autel en granit noir reposait sur des pieds cylindriques ornés de céramiques de Claude Vermette. Les fonts baptismaux étaient quant à eux parés de mosaïques. La tribune de l’orgue disposée au-dessus de l’entrée principale se poursuivait le long des murs latéraux, au-dessus des confessionnaux. Dans le narthex vitré, un escalier hélicoïdal en terrazzo inscrit dans un cylindre permettait d’accéder à cette tribune inondée de lumière par la verrière principale. 

À l’extérieur, les murs en béton blanc suivaient les lignes dynamiques de la toiture. De chaque côté de l’église, de grandes gargouilles permettaient d’évacuer l’eau du toit recouvert de bardeau d’asphalte. Le presbytère rattaché à l’église était pour sa part tout aussi moderne avec ses toits plats et son parement de pierre et de béton peint. 

L’église a été fortement altérée par des réfections réalisées en 1978-1979 sous la supervision de l’architecte Paul Béland. Afin de remédier une fois pour toutes aux infiltrations d’eau dans la mince dalle de béton du toit, problème récurrent dans ce type de construction, on a construit une charpente en bois par-dessus la dalle. Cette charpente atteint à certains endroits jusqu’à trois mètres d’épaisseur, ce qui change de façon substantielle la silhouette de l’édifice. La pose d’une membrane de bitume élastomère, de trappes de ventilation et de nouvelles gouttières a complété ce chantier. À partir de ce moment, la volumétrie n’a plus jamais été la même. La jonction entre le toit et les murs a été modifiée et les belles gargouilles, supprimées. De plus, c’est probablement à cette occasion qu’on a revêtu les murs de tôle ondulée grise et condamné une partie du vitrage de la verrière principale au profit d’une tôle brune sans qualité esthétique. 

En 1984, on a procédé à d’autres travaux de rénovation, affectant cette fois-ci l’aménagement du chœur et le presbytère. Puis à la fin des années 1990, l’église a été définitivement fermée au culte. La nouvelle vocation de l’édifice, qui abrite la salle communautaire Fernand-Dufour, a permis de l’adapter sans trop de modifications. Des locaux techniques et des toilettes ont été aménagés sous la tribune. Tout le mobilier liturgique a disparu maison a conservé les vitraux de la fenêtre verticale qui ornait le fond du chœur. 

L’église de Saint-Eugène était à l’époque de sa construction l’une des œuvres architecturales modernes les plus audacieuses de Québec. Malheureusement, les altérations subies à la fin des années 1970 ainsi que sa désaffection et sa réutilisation comme centre communautaire lui ont fait perdre beaucoup de sa valeur architecturale. Néanmoins, son élégant volume se dresse encore dans un îlot institutionnel de l’ancienne ville de Vanier, qui fait aujourd’hui partie de l’arrondissement des Rivières de la ville de Québec.



Martin Dubois

texte pour impression