Église de Saint-Félix-de-Cap-Rouge (1859)

Arrondissement Laurentien
1460, rue Provancher



Au cœur du village, en contrebas de la rue Provancher, un lot de terre de forme irrégulière cédé par le seigneur Antoine Juchereau Duschesnay et situé à l’embouchure de la rivière du Cap Rouge forme une anse tranquille. L’endroit est on ne peut plus propice à l’installation de l’îlot paroissial, un « petit coin de paradis terrestre », aux dires de Mgr Taschereau (Société historique de Cap-Rouge,1984, 9). 

L’église de Saint-Félix-de-Cap-Rouge, petite, car elle accueille seulement quelque 250 personnes assises, est érigée en 1859, millésime inscrit au-dessus du portail central. Elle est attribuée à l’architecte Joseph-Ferdinand Peachy, comme le confirment l’ouvrage d’A.J.H.Richardson et le mémoire de Denyse Légaré consacré au célèbre architecte de Québec. Joseph-Ferdinand Peachy (1830-1903) est alors au début de sa carrière. De 1853 à 1866, il est stagiaire puis assistant de Charles Baillairgé, architecte renommé de Québec. Entre 1859 et 1861, il travaille, entre autres, à l’église de Notre-Dame-des-Victoires de Québec pour des rénovations extérieures. Ce modèle le guidera dans la première partie de sa carrière, où il réalisera « de petites églises avec des murs gouttereaux bas mais dotées d’un haut et large comble, de manière à limiter les coûts de la maçonnerie tout en conservant à la façade un aspect imposant » (Noppen et Morisset, 1996, 97). Celle de Cap-Rouge appartient à cette série : de petit gabarit, basse, d’influence classique et portant la signature de Peachy : les arcs cintrés à l’italienne. Les similitudes avec l’église de Notre-Dame-de-la-Garde du Cap-Blanc, qu’il érigera en 1877, sont également évidentes. 

Les travaux de construction du lieu de culte de Cap-Rouge débutent au printemps 1859. Déjà, dans les premiers mois de l’hiver 1859, la pierre pour les fondations est extraite et transportée sur le site, de la pruche et de l’épinette rouge sont tirées du domaine du seigneur. En avril, on signe les marchés de construction avec Antoine Pampalon, maître maçon, et Joseph et Paul Breton, maîtres menuisiers, pour la construction d’une église et d’une sacristie en pierre, le tout livré en octobre de la même année. À ce moment, le clocher ne comporte pas de flèche. L’église, érigée en pierre de la région de Cap-Rouge, possède une forme rectangulaire, un chevet plat plus étroit que la nef et terminé par une sacristie de même forme. Le lieu de culte mesure au total 60 pieds (18 mètres) de longueur sur 36 pieds (11 mètres) de largeur. 

Au printemps 1860, Louis Béland s’engage à construire la tribune arrière et ses bancs ainsi qu’à finir la sacristie : plafond et murs au mortier, armoires (marché reproduit dans Société historique de Cap-Rouge, op. cit., 25). C’est en 1864 qu’on procède au parachèvement intérieur de l’église, soit deux ans après l’érection canonique de la paroisse. Le 11 juillet 1864, Joseph-Ferdinand Peachy est mandaté pour dresser les plans du décor intérieur et du clocher, alors que Joseph et Paul Breton, maîtres menuisiers, doivent effectuent ces travaux ; le clocher et les enduits à l’intérieur doivent être terminés pour le 1er novembre 1864 et le reste des ouvrages, dont la fine menuiserie,le 1er juin 1865 (marché reproduit dans Ibid., 28). On construit la fausse voûte en berceau et tout le décor architectural en plâtre : la mouluration des corniches, les arcs doubleaux de la voûte, les pilastres qui encadrent le chœur et l’architecture du retable. Joseph et Paul Breton exécutent également le fin travail de menuiserie comme celui du banc d’œuvre, de la table de communion, des stalles et de la chaire, qui, elle, subsiste toujours. 

En 1884, le maître-autel et les autels latéraux sont commandés à David Ouellet. Il s’agit de parfaire l’ornementation du temple qui est ou sera doté de son décor peint illustrant la vie du Christ, couvrant le chœur et la section des autels latéraux, comme le montre une photographie de Livernois prise vers 1880 et reproduite dans l’Inventaire des œuvres d’art. Étonnamment, l’auteur de ce travail reste encore anonyme. Soulignons que Le Christ ressuscité ornant le retable représente, au premier plan, la vallée du Saint-Laurent et, dans le coin droit, la petite église de Cap-Rouge y est bien reconnaissable. 

L’église de Cap-Rouge, comme bien des églises, n’échappe pas à la campagne de rénovation des années 1970 qui souvent s’est traduite par le dépouillement du décor intérieur : « l’humble église de Cap-Rouge a cependant besoin d’une bonne toilette à l’intérieur : peinture, dorure, aménagement du chœur par la suppression des balustrades et la pose d’un grand tapis de couleur […] De même, on veut soulager la sacristie de son baptistère et du confessionnal pour la transformer en salles de rencontres fraternelles » (Gingras et Gelly, 1979, 202-203). Les travaux s’effectuent vraisemblablement sous la surveillance de l’architecte Jean Déry, de Cap-Rouge, vers 1978-1979. Il faut ajouter que des sections complètes du décor peint ont disparu au cours de cette période, comme le révèle la comparaison avec les photographies anciennes. 

Quelques plaques commémoratives ornent l’église, dont une en marbre à la mémoire de l’abbé Léon Provancher (1820-1892), naturaliste reconnu, inhumé en l’église de Cap-Rouge. À l’extérieur, un monument de la Commission des monuments et sites historiques du Canada honore aussi la mémoire de l’homme de sciences. Enfin, l’orgue acquis en 2001 a été fabriqué spécialement pour l’église Saint-Félix par les facteurs d’orgues Guilbault et Thérien. Il s’agit d’un orgue classique français à traction mécanique typique du XVIIIe siècle. L’instrument est utilisé régulièrement pour des concerts. 

Le vaste site paroissial comprend un presbytère d’architecture québécoise construit en 1860-1861 par Joseph Hamel, maître menuisier et charpentier. Légèrement agrandi dans les années 1970, l’édifice a été, par la même occasion, recouvert d’aluminium, et les fenêtres ont été changées. Ces travaux sont cependant réversibles et la vieille maison curiale conserve sa volumétrie d’origine et sa belle galerie orientée au sud. Un cimetière s’y trouve également, pourvu d’un Christ en croix réalisé par Lauréat Vallière en 1942. L’édicule date de 1970. Le garage construit en 1955 par l’architecte Pierre Rinfret remplace une grange. Ce bâtiment de bois à couvre-joints est du même matériau que la petite entrée à pans coupés de la sacristie, donnant sur le stationnement, qui pourrait dater de cette période. Mentionnons qu’un couvent dessiné par David Ouellet a été érigé en 1889 sur ce vaste espace de stationnement, puis démoli à une date inconnue. Non dépourvu d’intérêt, le monument du Sacré-Cœur, situé près du portail central, porte l’inscription « Don de René P. Le May, architecte, 1914 ». Enfin, on ne peut oublier le « tracel » qui surplombe l’endroit, construit entre 1906 et 1913, à la même époque que le pont de Québec, et qui devait faciliter le transport des matériaux nécessaire à sa construction. 

L’église de Saint-Félix-de-Cap-Rouge et son site possèdent de grandes ressources patrimoniales. Le lieu de culte présente un excellent état physique et quoiqu’il ait perdu une part d’authenticité dans les années 1970, sa valeur patrimoniale reste élevée : la petite église de Peachy, bien proportionnée et adaptée au site, est remarquable. Il faut arpenter les lieux depuis la promenade qui longe la rivière du Cap Rouge pour en apprécier tout le charme. Cette église commande des études plus approfondies afin de développer une mise en valeur adéquate du lieu de culte et de son site.



Hélène Bourque

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