Église de Saint-Gérard-Majella (1908-1909)

Arrondissement Laurentien
1025, avenue de l’Église Sud



Pendant la construction de la chapelle temporaire, les résidents du rang de « La Montagne » font le projet d’élever une véritable église et procèdent du même souffle au défrichement d’un terrain, don d’Antoine Boivin. En octobre 1906, Mgr Nazaire Bégin souhaite « qu’il soit construit, sur ce terrain, une chapelle ou église en bois lambrisée en briques sur des dimensions de l’église Notre-Dame des Laurentides » (Album souvenir,1981, 12). Cette dernière vient tout juste d’être érigée, en 1905, selon les plans de Joseph-Georges Bussières, et est presque identique à l’église de Saint-Léonard-de-Port-Maurice, dans Portneuf, construite en 1898 par le même architecte. MgrBégin fixe en quelque sorte par ces modèles le programme d’une église relativement simple et fort commode, en brique, bien adaptée à la communauté naissante. 

En fait, c’est l’architecte Joseph-Pierre Ouellet qui dresse les plans de l’église de Saint-Gérard-Majella en 1907. Joseph-Pierre Ouellet (1871-1959) est actif pendant toute la première moitié du XXe siècle, particulièrement en architecture religieuse. Il œuvre beaucoup en milieu rural et compte dans sa production l’église de Baie-Saint-Paul(1907), celle de Saint-Félicien (1913-1914) au Lac-Saint-Jean et celle de Saint-Charles-de-Limoilou, pour laquelle il a réalisé le décor intérieur (1908) et la reconstruction (1917), en collaboration avec Pierre Lévesque. Ces réalisations sont représentatives de sa production majeure : des églises monumentales flanquées de hautes tours-clochers. À Saint-Gérard-Majella, toutefois, Joseph-Pierre Ouellet doit répondre à une commande plus modeste et exploite l’image de la petite église rurale, comme il le fait pour d’autres édifices religieux livrés à la même période, dont l’église de Saint-Paul-de-la-Croix au Témiscouata (1906) ou celle du Sacré-Cœur au Saguenay (1908). On y reconnaît le plan rectangulaire avec tour-clocher centrale, en saillie sur la façade principale pour accentuer l’élan vertical, et les ouvertures cintrées dans l’esprit du néoclassicisme.

Fidèle à son modèle de petites églises traditionnelles, Joseph-Pierre Ouellet dépose donc les plans et devis de Saint-Gérard-Majella et, au printemps 1907, « on demanda des soumissions d’après le plan de 100’ x 50’ de nef et de 46’ de chœur » (Ibid.,13). Les soumissions étant trop élevées, on retarde le projet de quelques mois. En octobre, Joseph Gosselin signe un marché de construction pour un édifice encore à définir : « une église en pierre avec sacristie temporaire en-dessous du chœur et/ou une nef d’église en brique ». On prend le parti d’épargner sur les coûts en reportant la construction du clocher et du chœur, sans renoncer à la pierre comme matériau de construction de l’église car on utilisera un granit local : « les murs de l’église au lieu d’être en briques seront fait en cailloux de l’endroit, fendus par rang de douze pouces […] la construction du clocher est, par les présentes, différée à une date ultérieure [mais on] construira un beffroi avec couverture pour loger les cloches » (Ibid.,14). 

Cette église de granit à bossages porte la date de 1908, inscrite au-dessus du portail central. L’église est ouverte au culte le 27 juin 1909 et la bénédiction solennelle a lieu le 25 juillet 1909. L’iconographie ancienne montre bien cette église de plan rectangulaire, à chevet plat, pourvue d’une tour-clocher surmontée d’une structure temporaire en guise de clocher. Les statues de saint Joseph et de la Vierge, placées aux angles de la façade tels des pinacles, sont déjà présentes. En 1914, le clocher et sa flèche sont érigés par Joseph Gosselin. Puis en mai 1928, selon des plans exécutés par Joseph-Pierre Ouellet, on amorce la construction d’une sacristie de 28 pieds sur 40 (Ibid., 17). Il s’agit de l’abside actuelle en pierre, à pans coupés,plus étroite que la nef, incluant le chœur et la sacristie. 

Le décor intérieur de Saint-Gérard-Majella sera réalisé quelque 40 ans plus tard. Ce n’est qu’en 1947, en effet, que la décision de parachever l’intérieur du lieu de culte est prise. D’où la dichotomie ou l’étrangeté de cette église : elle présente une architecture extérieure traditionnelle de pierre et un décor intérieur en carton-fibre, inspiré des réalisations de Dom Bellot. Ces travaux s’échelonneront jusqu’en 1948 sous la direction de la firme Rousseau et Bégin et de l’entrepreneur Lionel Bélanger de Beauport. Étienne Bégin (1910-2002) et Émile-Georges Rousseau (1888-1973), très actifs dans la région de Québec, érigent à la même période l’église et le presbytère de Notre-Dame-de-Pitié à Québec (1945-1947). Dans la mouvance de Dom Bellot et des réalisations d’Adrien Dufresne à Québec, ils dotent l’église d’une architecture intérieure structurée par l’arc polygonal dont la fausse voûte aurait été baissée d’environ 10 pieds. L’intérieur offre une nef flanquée de deux collatéraux surmontés de tribunes latérales et d’une tribune arrière. Exception faite de la partie inférieure des murs et des piliers de la nef recouverts de contreplaqué, murs et plafonds sont revêtus de carton-fibre et le plancher est en terrazzo. Un intérieur modeste mais tout de même chaleureux, resté inchangé depuis. 

Ces travaux coïncident avec l’acquisition de mobilier, dont le chemin de croix en plâtre polychrome, les bancs, les trois tombeaux d’autels et des statues (Ibid., 18). En 1989, l’église de Saint-Gérard-Majella reçoit la chaire actuelle, don de la paroisse de St. Patrick, fort probablement à l’issue de la démolition de l’église de St. Patrick sur la Grande Allée. Par la même occasion, le calvaire constituant le retable, un don de 1914, est placé dans une alcôve et de petites croix sont disposées tout autour et sur le devant des tribunes (voir notes historiques dans l’église). 

Au chapitre des œuvres d’art, Saint-Gérard-Majella n’est pas en reste. En 1909, la grande église de Notre-Dame-de-L’Annonciation, à L’Ancienne-Lorette, est en chantier et la paroisse-mère cède des biens mobiliers de ses églises précédentes. Plusieurs pièces de mobilier ont ainsi été offertes, comme le note Gérard Morisset en 1939 : « autels, chaire, banc d’œuvre, etc., sont aujourd’hui dans l’église de Saint-Gérard » (IOA). Aujourd’hui y subsistent les tabernacles du maître-autel et des autels latéraux. La pièce maîtresse de ce patrimoine artistique est le tabernacle du maître-autel. Invariablement, il fait partie des études recensées sur les tabernacles anciens de la Nouvelle-France. Sur le plan stylistique, on le compare avantageusement au tabernacle du maître-autel de la chapelle des Ursulines de Québec, daté du premier quart du XVIIIesiècle et dont on ignore l’auteur (Porter, 1999, 282). Celui de Saint-Gérard-Majella est attribué à Noël Levasseur et daté de 1720 (Labiau, 1990, 46). Mais le mystère persiste, car, à notre connaissance, cette pièce n’a pas encore fait l’objet d’une recherche historique et stylistique complète. Quant aux tabernacles des autels latéraux, l’attribution et la datation restent à établir également, quoique le XIXe siècle fasse l’unanimité. Les notes historiques affichées dans l’église font mention de Leprohon, vers 1865. Enfin, les statues de saint Joseph et de la Vierge placées aux angles de la façade, à l’origine en bois, sont des copies en fibre de verre exécutées par René Chamberland et installées en 1996 (Le Soleil, 8 avril 1995, A-8). 

L’église de Val-Bélair affiche un bon état physique, exception faite du parvis qui requiert des travaux. L’architecte Louis Hurtubise a déposé à cet effet, en mai 2003, un document de travail pour ces travaux. Le site religieux de Saint-Gérard-Majella comprend un cimetière et un presbytère, situés à l’arrière du lieu de culte. La maison curiale, conçue par l’architecte Jean Déry, a été construite en 1964 avec le même granit que l’église mais selon un appareil différent ; le premier presbytère, édifié en 1910, a été incendié en 1964 (Val-Bélair,1974, 29). Église modeste mais bien située, sur une élévation, elle domine le paysage et peut être vue de loin. Ce rapport étroit au paysage des alentours lui procure une valeur patrimoniale significative. De plus, son image de petite église rurale traditionnelle, soulignée par l’emploi du granit local, reste attachante.



Hélène Bourque

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