Église de Saint-Grégoire-de-Montmorency
(1897-1898)

Arrondissement de Beauport
2, rue de l’Église



Le projet d’une nouvelle église se fait jour dès l’été 1895. À cette date, « des croquis sont demandés à deux architectes et Thomas Raymond est finalement choisi pour préparer les plans de l’église » (Fortin 1989, 63). Pendant l’année 1896, on s’affaire à obtenir les autorisations nécessaires au projet, puis, dès les premiers mois de l’hiver 1897, on transporte la pierre de la carrière de M. Laplante du Haut du Sault (Ibid.,65). Le chantier s’ouvre le 6 mai 1897 avec les travaux d’excavation. L’entrepreneur Joseph Couture, de Lévis, doit ériger l’église et la sacristie. Le 4 juillet 1897 a lieu la bénédiction de la pierre angulaire et, à la fin du mois de décembre, la maçonnerie terminée, la couverture et les fenêtres installées, les travaux sont interrompus jusqu’au printemps. La belle saison venue, on entreprend la construction du clocher et le transfert du mobilier de l’ancien lieu de culte. La nouvelle église de Saint-Grégoire est bénite le 18 juin 1898 par l’évêque Louis-Nazaire Bégin, de passage au Sault. 

Construite en une année, l’église de Saint-Grégoire n’a pas encore de décor intérieur digne de ce nom. Au début de 1899, le curé de la paroisse tient d’ailleurs ces propos : « La nouvelle église, belle au dehors, n’est pas attrayante à l’intérieur car nous y avons mis tout le vieil intérieur de la chapelle : l’autel, la chaire, les bancs, etc. Les murs de l’église sont crépis sur pierre et la voûte ne comprend pas la fausse voûte en planche. L’église n’étant chauffée que par trois poêles, on y gèle en hiver » (Cité dans Ibid.,67). Si, en 1900, on assiste à la bénédiction des trois cloches, le parachèvement intérieur de l’église doit encore attendre. C’est finalement en 1904 que l’architecte Thomas Raymond dessine les plans du décor. M. Rigali est chargé d’exécuter les ouvrages et ornements en plâtre, Eugène Gervais, la dorure, tandis que la charpenterie et la menuiserie sont confiées à Paquet et Godbout de Saint-Hyacinthe, ceux-là même qui réaliseront le décor intérieur de l’église de L’Ancienne-Lorette de 1908 à 1910. Le 11 novembre 1905 a lieu l’inauguration officielle de l’église parachevée. 

Fait intéressant, Thomas Raymond a conçu dans son entièreté l’église de Montmorency. Si on connaît peu de chose de cet architecte, on sait qu’il a conçu le presbytère de l’église de Notre-Dame-de-la-Jacques-Cartier en 1902. Selon David Karel, il se pourrait que ce Thomas Raymond soit sculpteur sur bois de métier. Il figure dans l’annuaire commercial de Montréal de 1880-1881 et travaille à Québec de 1891 à 1913 (Karel, 1992, 679). L’église qu’il dessine pour la paroisse de Saint-Grégoire trahit, quant à son aspect extérieur, l’influence de l’architecte Joseph-Ferdinand Peachy et de l’église de Saint-Sauveur, et, quant à son architecture intérieure, celle de l’église de Saint-Jean-Baptiste. Elle adopte de façon traditionnelle un plan en croix latine avec un chœur en hémicycle et une tour-clocher centrale légèrement en saillie sur la façade. Les quelques pinacles stylisés de la façade expriment un éclectisme architectural qui, à l’intérieur, devient plus débridé et ne trompe pas sur son époque. En effet, la profusion des ornements d’inspiration classique et le plâtre très mouluré, voire sculptural, représentent parfaitement le tournant du XXe siècle. Ce décor très opulent se conjugue cependant à un aménagement traditionnel : une nef flanquée de collatéraux surmontés de tribunes traitées en bel étage. 

L’église conçue par Thomas Raymond fera l’objet d’importants travaux en 1946, en raison d’un manque chronique d’espace. L’architecte Adrien Dufresne, de Beauport, reçoit le mandat de dresser les plans d’un agrandissement qui consiste en l’ajout d’un grand transept où chaque croisillon comptera une tribune supplémentaire. Pour cette adjonction, Dufresne manifeste un souci d’intégration tout en développant un langage formel qui lui est propre. La commande comprend également la réalisation d’un tabernacle de bois, pièce d’ébénisterie de J.-Georges Trudelle, aujourd’hui déposé sur l’autel latéral nord. L’ancien maître-autel de 1905 cède ainsi la place et il est probable que d’autres éléments de mobilier liturgique ancien ont aussi été supprimés au cours de cette période. Aujourd’hui, seul subsiste le bras nord du transept, dessiné par Adrien Dufresne. Vers 1996, le bras sud a été démoli en raison de problème de drainage ; il reposait en effet sur un terrain de remblai gagné sur le fleuve. Les architectes Guy Gagnon et Cyr Letellier ont dressé les plans de ces travaux tout en privilégiant l’élévation d’origine de Thomas Raymond. 

La fin des années 1960 coïncide également avec une période de changement pour le lieu de culte. En 1966, Joseph Vézina réalise le confessionnal placé près de l’entrée. La documentation fait état de la suppression de la table de communion en 1968, à laquelle il faut ajouter la perte, au fil du temps, de la chaire, du mobilier du chœur, d’une partie des stalles, etc. 

Au chapitre des œuvres d’art, on remarque le tableau du maître-autel, La Messe de saint Grégoire, signé F. Rosano Roma. On raconte à son sujet que le curé de la paroisse, en séjour à Rome en 1907, a demandé au peintre Rosano d’exécuter ce tableau, soit une copie d’une toile de Sacchi exposée au Musée du Vatican. Le Christ en croix (1938) constituant le retable est de Médard Bourgault et provient de l’ancienne salle paroissiale. La Vierge, du même artiste, datée de 1948, se trouvait à l’origine dans la grotte, entre le transept nord et le grand escalier extérieur, et a été placée dans le chœur en 1982. Les vitraux de la nef portent l’inscription « B. Leonard, Québec » ; ils ont été installés entre 1910 et 1914. Le chemin de croix peint, non signé, installé en 1915, aurait été réalisé par Calasse et acheté à Paris par la maison Gaston Vermet de Montréal, pour le 25e anniversaire de la paroisse. En 1959, à la demande du curé Albert Roy, l’église a été dotée d’un nouvel orgue de 45 jeux fabriqué par la maison Hill Norman & Beard de Londres. 

Le site religieux de Saint-Grégoire a été maintes fois réaménagé au cours de son histoire. On y retrouve près du transept nord de l’église un presbytère, le second de la paroisse, érigé en 1952-1953 par l’architecte Philippe Côté et vendu il y a une dizaine années. Un monument dédié au Sacré-Cœur y a été élevé en 1915. Sise entre le fleuve et la falaise, l’église appartient indéniablement au quartier ouvrier de Saint-Grégoire et fait partie d’un secteur ancien. Même si elle a subi des modifications, elle compte parmi les exemples les plus achevés de notre inventaire et possède une valeur patrimoniale élevée. L’état physique du lieu de culte est généralement satisfaisant, sauf pour ce qui concerne les ornements de plâtre du plafond, sous la tribune arrière, qui demandent une réfection. Des études seraient souhaitables afin d’envisager une mise en valeur des lieux.



Hélène Bourque

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