Église de Saint-Ignace-de-Loyola (1932-1934)

Arrondissementde Beauport
3325, rue Loyola



La souscription organisée pour la construction de l’église va bon train et, selon un quotidien de Québec, « on prévoit que les travaux commenceront au printemps prochain. L’église future se dresserait à cent cinquante pieds de la chapelle actuelle » (L’Action catholique,20 novembre 1929, 12). Cette église attendue de longue date ne sera pourtant mise en chantier qu’en 1932, même si le projet architectural a été élaboré bien avant. Le dessin de présentation signé E. Henri Talbot et conservé aux Archives nationales du Québec date en effet de 1930. De plus, Gérard Morisset, dans sonInventaire des œuvres d’art, laisse la note suivante : « Les clochers ont été élevés d’après un dessin de Gérard Morisset, 1928 », seule référence à ce sujet. 

C’est donc le 15 août 1932 que débutent les travaux de construction de l’église de Saint-Ignace-de-Loyola. La pierre angulaire est bénite le 30 octobre suivant et la bénédiction solennelle du temple a lieu le 6 août 1934. Bien sûr, on ne manque pas de souligner que l’édifice a été érigé sans que la paroisse s’endette outre mesure : « La bise de la détresse financière peut souffler le froid de la crise sur le monde entier et “glacer”le cours des capitaux : cela n’a pas empêché les paroissiens de Giffard de se lancer allègrement dans la construction d’une vaste et belle église […] leur générosité avait su amasser, mettre périodiquement en réserve, à la façon de l’abeille plus encore qu’à celle de la fourmi, la grande partie de la somme avec laquelle ils ont pu édifier leur église, exactement $127,000. Et grâce à la baisse des matériaux, ils ont pu réaliser une très notable économie en bâtissant cette année » (L’Action catholique,6 août 1934, 10). 

Toute de granit, l’église de Saint-Ignace-de-Loyala est monumentale. Elle épouse un plan cruciforme avec des chapelles rayonnantes au transept et se termine par un chevet plat abritant un large déambulatoire sur deux étages. L’église a une longueur intérieure de 215 pieds (65 mètres) ; la largeur de la nef est de 68 pieds (21 mètres) et celle du transept, de 106 pieds (32 mètres). Les deux clochers se dressent à près de 200 pieds (61 mètres) de hauteur. Comme le permet la technologie de l’époque, elle est édifiée rapidement, avec une structure d’acier et de béton, visible sur les photographies montrant les phases du chantier. L’abbé Jean-Thomas Nadeau a d’ailleurs fait une longue description de l’église pendant les travaux. Il vante, entre autres choses, cet intérieur bien de son temps qui respecte l’esprit de l’architecture rationaliste et les commodités du culte : « Plus que l’extérieur, l’intérieur de l’église accuse des tendances modernes bien accentuées, ce qui n’est pas à blâmer loin de là. Avec raison on a voulu que tous et chacun dans l’église voient les autels et la chaire et puissent suivre des yeux le déploiement des cérémonies liturgiques » (L’Action catholique,1932, 6). L’organisation spatiale y est pensée en effet pour que rien ne gêne la vue sur le sanctuaire, grâce notamment à l’emplacement des autels latéraux à angle. 

Les architectes Émile-Georges Rousseau et E. Henri Talbot sont mandatés pour le projet de Giffard, mais, comme l’atteste la riche collection de dessins d’E. Henri Talbot, le travail revient à ce dernier. E. Henri Talbot (1905-1996), diplômé de l’École des beaux-arts de Québec en 1928, est un résident de Giffard. Alors au début de sa carrière, il travaille régulièrement avec l’architecte Émile-Georges Rousseau (1888-1973). Pendant la même période, tous deux œuvrent à l’église de Notre-Dame-du-Chemin à Québec (1929-1931). Comme bien des églises de cette époque, celle de Saint-Ignace-de-Loyola s’inscrit dans cette tendance « médiévalisante ». Avec ses deux tours surmontées de flèches, sa rosace et son déambulatoire, notamment, elle reflète l’heureuse influence de la toute nouvelle basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré. Elle emprunte également à l’église du Saint-Sacrement de Québec l’usage du granit sombre. Par ailleurs,le bandeau situé au-dessus des portails était destiné à recevoir un haut-relief des saints martyrs canadiens, un peu à la manière de la frise historiée de la basilique. Dans le même esprit, un chemin de croix intégré aux murs a été, lui, réalisé mais il a disparu lors de travaux ultérieurs. 

L’église de Saint-Ignace-de-Loyola fait l’objet de quelques travaux en 1948, selon les plans qu’E. Henri Talbot a préparés pour l’aménagement des entrées latérales dans les tours-clochers, modifiant à la même période, selon toute vraisemblance, les entrées près du transept. En 1964, des ouvrages plus importants ont trait au décor intérieur et au mobilier liturgique. En effet, même si l’église est relativement sobre et bien adaptée au culte, elle n’échappe pas au renouveau liturgique décrété par Vatican II. Ces travaux sont aussi confiés à E. Henri Talbot, qui encore une fois exécute avec soin les dessins de tous les éléments. Un article du Soleilrend compte de la nature des changements souhaités : « Nous avons décidé de faire disparaître toutes les décorations baroques, les “bébelles” de notre église paroissiale, pour lui conférer le plus de simplicité, partant le plus de beauté possible […] » (Le Soleil,24 octobre 1964). À cette fin, le décor de la voûte du chœur et les inscriptions disparaissent. Pour l’essentiel, l’intervention concerne la pose de matériaux nobles et le renouvellement du mobilier liturgique. E. Henri Talbot accentueici la référence à l’architecture  byzantine. Du marbre brun revêt désormais le bas des murs de la nef, couvrant en grande partie les croisillons et les murs du chœur. Talbot dessine les tombeaux des autels latéraux en marbre, la table de communion en marbre et en fer forgé, tout comme l’ambon, etc. Le retable épuré est constitué de verre et de marbre blanc. Cela donne le ton à l’intervention artistique et Marcel Gagnon réalise quelque 30 mosaïques : celles des autels latéraux, que l’on dit de Byzance, une série de mosaïques en bandeaux placées sous les arcades du chœur, celles des tympans au revers de la façade et, bien sûr, le chemin de croix. 

Le presbytère de Saint-Ignace-de-Loyola, construit en 1955, a fait l’objet d’un projet ambitieux de Talbot mais en partie érigé. L’église offre une perceptive sur la rue du Sanctuaire et semble s’intégrer dans une planification urbaine avec un ensemble d’édifices institutionnels construits sur la côté, incluant le cimetière et la chapelle des martyres canadiens conçue par Gérard Morisset et intégrée à un parc. L’église de Giffard, robuste et puissante, acquiert une valeur patrimoniale significative principalement en fonction de son architecture extérieure. Elle présente du reste un état physique satisfaisant.



Hélène Bourque

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