Église de Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle
(1967)

Arrondissement de Sainte-Foy–Sillery
2550, rue Biencourt



Après avoir conçu coup sur coup les églises de Sainte-Maria-Goretti à Charlesbourg, Sainte-Geneviève à Sainte-Foy et Saint-François-Xavier à Duberger, les architectes Laroche, Ritchot et Déry préparent les plans de l’église de Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle à la fin de l’année 1966. Pour cette église, qui ouvre ses portes en 1967, « les matériaux sont les mêmes que ceux des églises précédentes et, comme dans celles-ci, la charpente est en bois lamellé. Par contre, cette église est une des premières à marquer un retour au plan centré plus compact. Elle est de plan carré, les fidèles entourant l’autel de trois côtés. Avec son toit de forme pyramidale et sa grande lucarne triangulaire tournée vers le sud, elle ressemble beaucoup à l’église Saint-Jean-Baptiste-Marie-Vianney (Roger D’Astous) qui venait d’être construite à Montréal. Les murs bas, les matériaux légers et le clocher réduit à sa plus simple expression indiquent que la monumentalité caractéristique des années quarante et cinquante est maintenant complètement disparue. Comme partout ailleurs, les églises les plus récentes du diocèse de Québec ont une allure domestique » (Bergeron, 1987, 151). 

D’allure assez modeste, en raison notamment du budget disponible lors de la construction, l’église de Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle s’intègre bien à son environnement constitué essentiellement de maisons de banlieue de type bungalow. Judicieusement implantée au fond de la perspective de la rue Chèvremont qui descend en pente douce vers le nord depuis le chemin Sainte-Foy, elle fait partie d’un îlot institutionnel comprenant un parc, une école et des terrains de jeux. Comme ses contemporaines, l’église est attenante au presbytère situé à l’arrière. Ce dernier se rattache davantage à l’architecture résidentielle du secteur, avec son volume rectangulaire de deux étages enveloppé de béton blanc. 

L’église, qui offre un plan presque carré s’évasant versle chœur, est surmontée d’une toiture pyramidale qu’on a modifiée de façon à faire correspondre son sommet avec la position de l’autel et à concentrer sur celui-ci une lumière venue du ciel. En effet, un des plans affaissés de la pyramide dégage une grande verrière triangulaire qui diffuse des rayons colorés par le vitrail à la largeur du chœur. La toiture qui, selon les plans d’origine, devait être revêtue de bardeau d’asphalte au lieu du bardeau de cèdre habituellement employé par cette agence d’architectes, a finalement été recouverte de cuivre sur baguettes, matériau qui demandait moins d’entretien. Tous les murs extérieurs sont en béton peint en blanc sans aucun artifice. 

Pouvant accueillir de 600 à 700 personnes assises, l’intérieur de l’église est très chaleureux en raison de l’omniprésence du bois. Les poutres de bois lamellé-collé ainsi que les planches de cèdre horizontales teintes brun foncé formant le plafond y créent une ambiance enveloppante. Dans ce lieu de culte faiblement éclairé, les pentes sombres du toit encadrent le champ de vision des fidèles et leur regard ne peut qu’être attiré par la lumière du chœur dont la source demeure cachée. L’intérieur s’avère un lieu reposant et rassurant. 

Les bandeaux de fenêtres continus sur trois côtés de l’église, qui semblent faire flotter la toiture, ne suffisent pas à rendre la nef lumineuse, d’où la nécessité d’utiliser des luminaires suspendus comme éclairage d’appoint. En tirant profit de la dénivellation naturelle du terrain, on a pu construire directement sur le sol la dalle de béton constituant le parquet de l’église et lui donner une légère pente, de manière à obtenir tous les avantages d’un auditorium. 

Le chœur, dont l’espace se fond dans celui de la nef, est surélevé de deux marches. De part et d’autre du sanctuaire, derrière des murs-écrans, on retrouve le baptistère et une chapelle votive, tous deux récemment enrichis des grands vitraux de l’ancienne église de Saint-Joseph, dans le quartier de Saint-Sauveur. Ces vitraux, dont l’un représente justement saint Jean-Baptiste de La Salle, proviennent des ateliers Rault de Rennes, en France, et avaient été installés en 1949 à l’église de Saint-Joseph (Noppen et Morisset, 1996, 109). 

Les autels et les fonts baptismaux sont ornés de céramiques vernissées rouges de l’artiste Claude Vermette. On remarque également dans l’église quelques sculptures contemporaines (Christ en croix et statues du chœur) ainsi qu’un chemin de croix en métal. Des confessionnaux de conception moderne, faits du même bois que les bancs de la nef, sont situés à l’arrière près du narthex entièrement vitré. 

L’église de Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle, comme les autres églises des architectes Laroche, Ritchot et Déry, est intéressante pour ses caractéristiques formelles et la chaleur de son décor intérieur. De valeur patrimoniale communautaire, elle est représentative des églises de la fin des années 1960 qui, par leurs formes plus modestes, s’apparentent à l’architecture domestique.



Martin Dubois

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