Église de Saint-Jérôme (1959-1960)

Arrondissement de Charlesbourg
6350, 3eAvenue Est



L’église de Saint-Jérôme est issue de deux campagnes de travaux réalisées à moins de sept années d’intervalle. La première est effectuée sous la supervision de l’architecte Philippe Côté en 1959-1960. L’édifice religieux, aux lignes sobres et dépouillées, est inauguré en 1960 pour la messe de Noël. Puis en 1967, on procède à la construction du presbytère attenant et au parachèvement de l’église selon les plans de l’architecte Gilles Côté. Cette deuxième campagne transformera de façon notable l’aspect du temple dessiné par Philippe Côté quelques années auparavant. Le langage architectural utilisé est en effet tout à fait différent, ce qui montre à quel point l’architecture moderne évolue rapidement durant les années 1960. 

L’église et son presbytère occupent tout l’îlot délimité par la 63e Rue, la 3e Avenue, la 65e Rue et la 4e Avenue. La façade principale de l’église est située dans la perspective de la 64eRue. Le plan longitudinal traditionnel doté d’un transept a été ici utilisé. L’église peut recevoir 1000 personnes assises.



La première église 

En 1959, l’architecte Philippe Côté, qui a une grande expérience dans le domaine de l’architecture religieuse, est choisi par le conseil de fabrique pour la construction de l’église de Saint-Jérôme. Côté a livré en 1955 l’église de Saint-Thomas-d’Aquin à Sainte-Foy, son œuvre la plus achevée. Il a aussi dessiné plusieurs chapelles dans des ensembles conventuels, dont la chapelle Mgr Lemaydes Sœurs du Bon-Pasteur et la chapelle des Sœurs de Sainte-Jeanne-d’Arc de Sillery. Même s’il puise à l’occasion dans le langage de l’architecture moderne, Philippe Côté demeure profondément fidèle à la tradition. 

L’église qu’il conçoit dans ce nouveau quartier résidentiel de Charlesbourg possède des lignes épurées. À l’extérieur, l’architecte a donné à l’édifice au parement de pierre un véritable élan vertical, accentué par une grande ouverture en façade qui s’élève en s’effilant vers le haut. Les supports en aluminium du clocher de 50 pieds (15 m) de hauteur, appuyés sur le toit, suivent la forme de la verrière. 

La structure du bâtiment est composée de cadres rigides en acier dont les fermes apparentes sont ajourées et forment des motifs décoratifs. Grâce à ce type de structure, qui ne commande pas de colonnes intermédiaires, la nef et le chœur peuvent s’élever sans entrave sous une voûte inondée de lumière. Dans la nef et dans le chœur, les murs latéraux sont inclinés vers l’intérieur. Cette inclinaison crée une dynamique intéressante en accentuant davantage l’élan vertical. Les grandes fenêtres latérales au verre givré ont leur partie centrale colorée en bleu et jaune. Le baptistère était situé originellement à gauche de l’entrée principale, où l’on trouve trois portes doubles surmontées d’une imposte en forme de pignon. Les bancs en chêne de la nef sont groupés en quatre îlots. De petites chapelles ont été aménagées de façon temporaire dans les bras du transept. Le chœur, surélevé de six marches, est plus étroit que la nef. De chaque côté, on retrouve des cages d’escalier en terrazzo donnant accès aux entrées secondaires ainsi qu’à la grande salle polyvalente logée au sous-sol. Une autre chapelle, une sacristie et une salle réservée aux enfants de chœur entourent également le sanctuaire. Des fenêtres hautes, situées au-dessus de ces espaces connexes, baignent le chœur de lumière naturelle. 

Le budget modeste alloué à la construction initiale de l’église a reporté à plus tard certains travaux de finition et l’achat d’œuvres d’art. Il en a résulté une église fort dépouillée mais dont les espaces sont riches en raison de la lumière et des lignes pures de la structure et de son enveloppe. À cet égard, l’église répondait aux principes rationalistes et modernes en vigueur à l’époque, même si elle semblait inachevée aux yeux de plusieurs.



Les travaux de 1966 : plus qu’un parachèvement 

Les coffres de la fabrique s’étant renfloués très rapidement avec l’accroissement fulgurant du nombre de paroissiens, on entame les travaux pour édifier le presbytère et parachever l’église dès 1966. On confie cette tâche à l’architecte Gilles Côté dont nous ignorons s’il existe un lien de parenté avec Philippe Côté, son prédécesseur. Les modifications apportées à l’église sont cependant assez radicales : bien que la volumétrie ait été conservée, l’aspect extérieur de l’église a complètement changé. 

Gilles Côté a participé à la construction de plusieurs autres églises du diocèse de Québec, dont celles de Saint-Louis-de-France (Blatter, Caron et Côté, 1960), Saint-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette (1967), Sacré-Cœur-de-Jésus (1967), Notre-Dame-de-Foy (Royer, Blais et Côté, Chabot, 1978) et Saint-André de Neufchâtel (1964-1965). Cette dernière est celle qui ressemble le plus à l’église de Saint-Jérôme, notamment par sa volumétrie générale et son revêtement extérieur en crépi blanc. 

Le clocher de 1960 a été supprimé et un nouveau, hors œuvre, a été élevé à gauche de l’église. Il se compose de deux plans verticaux en béton ornés d’une croix qui s’élancent vers le haut et qui sont contreventés par quelques éléments horizontaux. Au sommet, trois cloches sont enchâssées dans une cage ajourée formée d’abat-sons en métal. La base du clocher soutient une extrémité de la marquise de la façade principale constituée d’une grande poutre en T en béton. De part et d’autre de l’entrée principale, deux cadres supportent l’autre extrémité de cette poutre. 

Toutes les faces de l’édifice ont été enduites de crépi blanc. Seul un bandeau de pierre en saillie est encore apparent à la jonction du sous-sol et du rez-de-chaussée. Devant la grande verrière et les deux fenêtres de la façade, on a érigé une paroi de type claustra faite de blocs de ciment évidés posés en alternance à la verticale et à l’horizontale. Les fenêtres des autres façades ne semblent pas avoir été modifiées. 

On a construit le nouveau presbytère à droite de l’église, annexé à sa partie arrière. Il s’agit d’un volume de deux étages à toit plat revêtu de brique brune et de crépi blanc, et correspondant tout à fait à l’architecture moderne en vigueur à cette époque : fenêtres étroites disposées selon une grille orthogonale, horizontalité accentuée par les marquises, des bandeaux et un toit-terrasse. 

À l’intérieur, la structure métallique n’est plus apparente en raison du nouveau plafond de tuiles acoustiques qui la recouvre. Les fenêtres, qui se prolongent vers le haut au-delà du plafond actuel, témoignent de la hauteur initiale de la voûte. Sur les côtés, le long des murs, on sent encore la présence des grands cadres structuraux, tels des contreforts. La structure a par contre été complètement enveloppée de caissons, cachant ainsi les motifs de la charpente ajourée. De nouveaux luminaires suspendus regroupés en trois rangées ont été également installés. 

La tribune où trône l’imposant orgue à tuyaux a été remaniée : le devant du garde-corps est dorénavant orné de panneaux de chêne préfinis. Dans le transept, la chapelle de droite a aussi été réaménagée : le crucifix qui se trouvait initialement dans le chœur y a été installé sur un mur-écran revêtu de céramiques de l’artiste Claude Vermette. Le bas des murs de cette chapelle a reçu un parement de brique d’argile rouge. Quant à la chapelle de gauche, elle a fait place à un baptistère. Les fonts baptismaux, de forme ronde, sont situés au centre d’une cavité circulaire ; le tout est décoré de mosaïques. Le grillage métallique qui séparait initialement le baptistère de la nef a disparu. 

Plusieurs modifications ont aussi affecté le chœur. Un mur-écran courbe et convexe en brique rouge a été installé au fond du sanctuaire. De chaque côté, les parois vitrées enchâssées entre des montants en chêne sont ornées de feuilles métalliques perforées. Ces parois ajourées séparent l’espace du chœur de la chapelle et de la sacristie attenantes. On a aussi agrémenté l’église de quelques œuvres d’art simples et dépouillées, dont un chemin de croix en bois sculpté. 

Bien qu’on en ait conservé la volumétrie intérieure et extérieure, l’église a été habillée et décorée sur toutes ses faces. Ce nouveau décor, malgré sa sobriété, lui donne un aspect moins rationaliste que lorsqu’elle était dénudée, ce qui constitue un paradoxe dans l’évolution de la modernité. Au lieu de se dépouiller de plus en plus, l’église a été recouverte de nouvelles peaux qui cachent sa structure et son revêtement d’origine. Elle conserve néanmoins des espaces intérieurs inondés de lumière qui sont propices au recueillement. 

Si l’église de Saint-Jérôme possède de belles qualités spatiales et architecturales résultant de la conception des architectes Philippe Côté et Gilles Côté, elle ne constitue pas un œuvre marquante de leurs pratiques respectives. Une valeur communautaire désigne le lieu de culte.



Martin Dubois

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