Église de Saint-Louis-de-Courville (1917-1919)

Arrondissement de Beauport
2315, avenue Royale



Le site de Saint-Louis-de-Courville témoigne encore des débuts de la paroisse, avec le presbytère construit en brique d’Écosse par Joseph Saint-Hilaire en 1911-1912, puis agrandi en 1947, et le monument du Sacré-Cœur, bénit en même temps que la pierre angulaire de l’église précédente, en août 1912. Terminé en 1913, ce lieu de culte est décrit ainsi : « La nouvelle église paroissiale est de style roman et elle est la reproduction quant aux grandes lignes de la cathédrale [La Major] de Marseille. Les plans ont été faits et les travaux exécutés par M. Jos. St-Hilaire, de St-Romuald » (Le Soleil,30 août 1913, 18). Joseph Saint-Hilaire (1858-1943) est le digne successeur de l’école de sculpture de Saint-Romuald, à la suite de son père, Louis, et de Fernand Villeneuve. Il est un entrepreneur et bâtisseur d’églises réputé (Désy, 1983, 27-30). Parachevée en 1915-1916 quant au décor intérieur, l’église est la proie des flammes le 26 janvier 1917. Le curé Alfred Boulet écrira, à la suite du tragique événement : « ce soir, il ne reste plus du temple magnifique dont nous étions si fiers qu’un monceau de ruines embrasées entre quatre murs lamentables » (Cité dans Album-souvenir, 1985, 18). 

L’église actuelle de Saint-Louis-de-Courville est donc une reconstruction, menée de septembre 1917 à décembre 1919, à l’intérieur des murs de brique de l’église incendiée. Pierre Lévesque en est l’architecte et les travaux sont exécutés sous la surveillance d’Héliodore Laberge, alors ingénieur à la maison Gosselin limitée, laquelle agit comme entrepreneur (L’Action catholique, 30 août 1920, 1). Il faut dire que les travaux d’ingénierie constituent une part importante du chantier car la nouvelle église est construite à l’épreuve du feu, en béton armé : « Les murs extérieurs sont en brique d’Écosse et n’ont subi que des réparations, mais l’intérieur a été entièrement remodelé. Tous les travaux intérieurs de l’église comprenant les planchers, la voûte, les jubés, les escaliers, la chambre des fournaises, etc. sont en béton armé et les longs pans sont en Terra-Cotta “Citadel”, il n’y a pas un seul pouce de bois à l’intérieur de l’église à part l’ameublement. C’est un édifice à l’épreuve du feu et le seul du genre dans tout le diocèse de Québec et probablement dans toute la province » (Ibid.). Quoi qu’en dise cet article, l’église n’est pas le premier édifice à l’épreuve du feu, mais elle compte certainement parmi les premiers lieux de culte ignifuges à Québec, après celui de Saint-Roch (1915-1917). 

Pierre Lévesque (1880-1955), fils adoptif et associé de l’architecte David Ouellet, œuvre de 1903 à 1915 au sein de agence Ouellet et Lévesque, à qui l’on doit l’église de Notre-Dame-de-L’Annonciation à L’Ancienne-Lorette (1907-1910). Si, en 1917, il travaille seul à Courville, on sait qu’à la même période il collabore avec Joseph-Pierre Ouellet pour la reconstruction de l’église de Saint-Charles-de-Limoilou (1918-1920). Pierre Lévesque confère un profil nouveau à l’église de Saint-Louis-de-Courville, tout aussi monumentale que celle de L’Ancienne-Lorette, par exemple. Tout en conservant les anciens murs extérieurs – sauf ceux du transept et du chœur, démolis et remontés –, il refaçonne la façade. Il donne un effet de verticalité à la composition en changeant le profil des clochers et des flèches, auparavant trapus, et en exhaussant le toit, ce qui permet d’ajouter un pignon en façade, entre les clochers. À cet endroit, une petite rosace prend place et une série d’arcades lombardes sert d’amortissement aux hauts murs de brique. La composition de Lévesque donne de l’ampleur et du volume au nouveau temple, s’intégrant parfaitement aux lignes de l’église précédente. Comme le dénotent les plans conservés aux Archives nationales du Québec, Lévesque prévoyait élever le clocher à la croisée du transept, une disposition qu’on retrouvait dans l’autre église, mais le projet n’a pas été réalisé, probablement afin de simplifier les travaux de structure. En ce qui concerne l’intérieur, l’architecte conçoit un décor sobre, dans l’esprit rationaliste. La large nef recouverte de carreaux de ciment trahit une structure allégée et une certaine modernité qui crée un décalage stylistique avec l’extérieur, très ouvragé et haut en couleur. Inaugurée le jour de Noël de 1919 et bénite le 29 août 1920, la nouvelle église est ornée d’un chemin de croix peint et de quatre tableaux d’Antoine Masselotte, sans compter les autels sculptés par Henri Angers. L’orgue, toujours présent, provient de la maison Casavant ; l’instrument, dont le soufflet d’antan a fait place à un mécanisme électrique, comprend 25 jeux. 

Même si des travaux – dont nous savons peu de chose – y ont été effectués en 1945, c’est dans les années 1970 que l’église a subi le plus de modifications. On a changé la brique du bras droit du transept et les ornements de pierre, dans la partie haute, n’ont pas été replacés. Mais c’est surtout le mobilier liturgique qui a changé, conformément aux préceptes émis par Vatican II : sous la supervision de l’architecte Charles Michaud, on a retiré l’ancien maître-autel, les stalles du chœur, la chaire, les autels latéraux, les tableaux, etc. Toujours selon la nouvelle liturgie, plusieurs pièces modernes, dessinées par Michaud, ont été commandées au sculpteur Alphonse Paré. Outre l’autel et l’ambon, on compte un bas-relief de la Vierge de l’Assomption et cinq autres bas-reliefs en lien avec le baptême du Christ ornant l’espace réservé aux fonts baptismaux, près du croisillon droit. Dans les années 1980, on a installé un chemin de croix, œuvre de Chantal Desgagnés. Il faut tout de même mentionner que les bancs anciens de l’église ont été préservés. De plus, les vitraux du chœur, dont un triptyque provenant de la maison Hobbs, et la statue de saint Louis qui domine le chœur remonteraient vraisemblablement à l’époque de la reconstruction. 

L’église de Saint-Louis-de-Courville demeure généralement en bon état, mais la maçonnerie de brique serait à vérifier et l’intérieur gagnerait à être rafraîchi. En fait, cette église n’a cessé d’évoluer et son plus grand intérêt réside, sans aucun doute, dans son architecture extérieure. Juchée sur les hauteurs de la côte Beaupré, elle domine le paysage et on peut même apercevoir sa silhouette depuis l’île d’Orléans. Elle marque et colore les environs par sa monumentalité et par sa chaude brique d’Écosse. Intégrée à l’arrondissement historique de Beauport, à la limite est du secteur protégé, l’église de Saint-Louis-de-Courville possède une valeur patrimoniale significative.



Hélène Bourque

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