Église de Saint-Louis-de-France (1960-1961)

Arrondissement de Sainte-Foy–Sillery
1576, route de l’Église



La construction de l’église de Saint-Louis-de-France (dénommée « Saint-Louis-des-Français » par Gérard Morisset) débute à l’automne 1960. L’inauguration du temple a lieu le 23 juillet 1961. Nous en devons les plans, dressés entre 1958 et 1960, aux architectes Robert Blatter et G.-Fernand Caron, associés de l’agence Blatter et Caron de Québec. L’architecte Gilles Côté s’adjoint à ces derniers durant la construction de l’église. 

Le programme prévoyait une église de 1 200 places, un presbytère et des salles d’œuvres. Les architectes ont opté pour un édifice qui réunirait toutes ses fonctions, bien représentatif de l’époque. La pièce maîtresse du projet demeure l’église de plan centré à 16 côtés égaux formant un polygone. Le choix de cette forme a tout d’abord été conditionné par la configuration particulière du terrain, plus carré que rectangulaire. Un article de la revue Architecture Bâtiment Construction mentionnait également à propos du plan qu’« une considération d’architecture paysagiste venait encore appuyer ce choix ; il permettait, en effet, de conserver beaucoup plus d’arbres autour de l’église » (ABC,1962,  26-30). 

Selon l’historien d’architecture Claude Bergeron, « le plan centré fit son apparition relativement tôt dans le diocèse de Québec » (Bergeron, 1987, 148-149). Le premier plan centré est celui de l’église de Saint-Louis-de-France. Ce plan polygonal sera ensuite utilisé en 1963 par Sylvio Brassard pour l’église de Sainte-Odile et en 1967 par Gilles Côté pour l’église de Saint-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette. Bergeron ajoute que l’église de Saint-Louis-de-France « jouit d’une certaine publicité à cause de l’originalité de son plan. Cette nouveauté était toutefois bien locale, puisque les régions de Montréal, de Sherbrooke et de Hull avaient déjà adopté le plan centré depuis quelque temps. Quant au Saguenay–Lac-Saint-Jean, il allait en même temps que Québec s’engager dans cette voie, mais d’une manière beaucoup plus spectaculaire et résolue qui fut davantage remarquée » (Bergeron, 1987, 148-149). 

On ne pourrait passer sous silence que, en architecture religieuse, le plan centré et son aménagement intérieur en amphithéâtre correspondent à un type fort ancien, adopté dans les premiers temples protestants et pour les mêmes raisons qui motivent la mouvance de Vatican II : le principal avantage que procure ce plan est la proximité des fidèles qui peuvent se placer en éventail autour du chœur. À l’excellente visibilité ainsi obtenue s’ajoute l’affirmation du principe de l’assemblée orientée vers le principal point d’intérêt : le sanctuaire. Certains lieux de culte utilisent depuis longtemps des plans semblables, notamment en Nouvelle-Angleterre. L’exemple de la Meeting House de Richmond au Vermont, érigée en 1813, est éloquent. D’inspiration palladienne, cette église rurale possède 16 côtés et les tribunes du second niveau en forme d’amphithéâtre permettent un contact rapproché entre l’assistance et le célébrant. Si rien n’indique que les architectes de Saint-Louis-de-France ont pu s’inspirer de pareilles formes, les similitudes avec ce type d’église sont frappantes. 

L’église de Saint-Louis-de-France, érigée sur des fondations de béton armé descendant jusqu’au roc solide, est constituée d’une structure d’acier. Seize colonnes enrobées de ciment supportent la toiture circulaire percée au centre d’un grand puits de lumière. Du milieu du toit s’élance une flèche ajourée de 100 pieds (30 m), formée de trois membrures en acier contreventées par des éléments horizontaux environ à tous les 15 pieds (4,5 m). Ainsi, de l’extérieur, l’église présente une série de 16 pans coupés percés sur toute leur hauteur d’une fenêtre dont les montants d’aluminium contiennent des parois de plastique translucide blanc avec des insertions de panneaux bleus et jaunes. Marquant l’entrée principale, un écran carré de 30 pieds (9 m) de côté arbore trois hautes croix en aluminium sur un fond de céramique bleue parsemé de fleurs de lis en aluminium doré, emblème de la royauté française et de saint Louis. Les quatre portes d’entrée, enchâssées dans un mur de granit poli noir et surmontées d’une marquise horizontale, sont faites de métal ajouré aux motifs géométriques de couleur bronze. Un petit vestibule conduit au foyer de l’église où on a disposé de part et d’autre des bénitiers en marbre. 

De chaque côté de l’église, une entrée latérale accueille les fidèles. En forme d’entonnoir, la partie extérieure de ces entrées est ceinturée par des claustras de céramique bleue et les portes métalliques ajourées sont du même modèle que celles de l’entrée frontale. Une rampe permettant l’accès universel avait été prévue dès l’édification de l’église. Derrière chacune des entrées latérales, un volume saillant en forme de U et surmonté d’un toit conique contient un oratoire du côté sud de l’église, et son pendant, le baptistère, est aménagé au nord. Ces volumes ont été percés de petites ouvertures sans cadre qui nous font percevoir toute l’épaisseur des murs. Des blocs de verre de couleurs jaune, bleue, rouge et verte placés dans ces ouvertures donnaient une atmosphère toute spéciale à ces espaces réduits. Dans certains projets à caractère religieux comme la chapelle de Ronchampou le couvent de Notre-Dame-de-la-Tourette, l’architecte français Le Corbusier utilisait ce type de percées dans des parois de béton qu’il ornait de verre coloré pour créer des effets et des jeux de lumière fort réussis. Malheureusement, l’oratoire au sud de l’église a été fermé. Les portes qui y donnaient accès ont été enlevées et l’espace sert de rangement. Au nord, le baptistère est encore en fonction, mais les blocs de verre ont été remplacés par des vitraux contemporains qui donnent le même type d’effets visuels. 

La partie arrière de l’édifice, le presbytère, se compose de trois volumes rectangulaires, disloqués les uns par rapport aux autres et distincts suivant leurs fonctions : une résidence pour le curé, une résidence pour les religieuses et les bureaux administratifs de la paroisse. Une salle communautaire, la salle Georges-Bergeron, occupe le sous-sol du presbytère. L’architecture très sobre, voire cubique,de cette partie du bâtiment contraste avec les formes plusfluides de l’église. L’élégante marquise du presbytère rappelle la légèreté de la flèche et de sa structure. 

À l’intérieur, la forme circulaire de la nef et la convergence des nervures du plafond vers le puits de lumière central donnent naissance à une harmonie de courbes dont l’effet principal est de concentrer l’attention sur l’autel. Le revêtement des murs, à l’intérieur comme à l’extérieur, est en brique émaillée ; celle de l’extérieur est blanche, tandis qu’à l’intérieur la couleur chamois rend l’atmosphère plus chaleureuse. Le revêtement de plafond a été réalisé par projection de laine d’amiante. Bien que ce matériau offre de bonnes qualités acoustiques, il se salit avec le temps et ne peut se nettoyer. Comme aux églises de Saint-Yves et de Saint-Mathieu qui possèdent également ce type de plafond, la surface blanche d’origine est noircie, ce qui assombrit considérablement la nef. 

La tribune de 540 places aménagées en gradins court le long de 9 des 16 pans coupés de l’église et forme une couronne à l’extérieur des colonnes, laissant le centre de la nef complètement dégagé sur toute sa hauteur. À chaque extrémité de la tribune, d’élégants escaliers tournants en terrazzo et leur mains courantes métalliques créent des jeux de courbes très harmonieux. 

Le chœur, aménagé dans un espace en forme d’arc de cercle, est surélevé d’environ 3 pieds (1 mètre). Le solet l’emmarchement en terrazzo ont été recouverts demoquette. Une balustrade en acier ornée de motifs ceinture le sanctuaire. Derrière le chœur, on retrouve la sacristie ainsi que deux chapelles originellement destinées aux personnes âgées et aux mères. Ces espaces sont partiellement dissimulées par une série de louvres verticales en noyer disposées à 45 degrés. Des salles de conférence occupent l’étage au-dessus de la sacristie et des deux chapelles. 

Le mobilier liturgique est sobre et moderne. L’autel est orné de marbre noir poli et de motifs dorés. Au-dessus de l’autel, un Christ en croix de deux mètres est signé Médard Bourgault. De chaque côté, des œuvres contemporaines de l’artiste Agnès Riverin ont été installées en 2002. Il s’agit d’une huile sur toile de forme ronde et d’une sculpture représentant le squelette d’une barque. Dans la nef, les bancs en bois sont regroupés en huit îlots qui s’adaptent au plan circulaire de la nef. Quatre confessionnaux sont disposés de chaque côté de la nef, près des entrées latérales. 

L’église de Saint-Louis-de-France nous est parvenue dans un assez bon état. On remarque quelques briques éclatées et quelques claustras cassés à l’extérieur, mais rien de plus sérieux. La toiture d’asphalte et de gravier a été refaite en deux phases en 1989 et en 1990 selon les plans des architectes Côté, Chabot, Morel. Le revêtement de plafond de la nef est à revoir en raison des saletés incrustées qui assombrissent l’espace. 

Robert Blatter est l’un des initiateurs de l’architecture moderne au Québec. À Québec, il a été parmi les premiers architectes à créer des maisons de style international dans les années 1930 (maisons Bélanger, Bourdon et Kerhulu). On lui doit aussi l’édifice de la Solidarité, le Colisée de Québec et le Centre hospitalier de l’Université Laval qui, à chacun à sa façon, faisaient preuve d’innovation. Les architectes Blatter et Caron ont cependant peu touché à l’architecture religieuse dans leur carrière, si ce n’est pour l’église de Beaupré en 1956 et pour les projets de la maison-mère des Sœurs de la Charité à Beauport (1953-1956, avec Jean-Berchmans Gagnon) et du monastère des Sœurs de l’Hôtel-Dieu de Gaspé. Ils ont cependant à leur actif plusieurs hôpitaux et sanatoriums. En 1964, à l’ancien édifice du Collège St. Lawrence (945, rue Wolfe à Sainte-Foy), les mêmes architectes reprendront le plan circulaire pour la chapelle de l’institution. L’architecte Gilles Côté, qui débute à l’époque, aura quant à lui une carrière prolifique en architecture religieuse. Plusieurs constructions et modifications d’églises de Québec portent sa signature. 

Ce lieu de culte est bien sûr le cœur de l’îlot paroissial qui comprend une école primaire, un parc et des espaces de stationnement. De valeur patrimoniale élevée, l’église de Saint-Louis-de-France est l’une des premières églises franchement modernes de la région de Québec.



Martin Dubois

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