Église de Saint-Thomas-de-Villeneuve (1950)

Arrondissement de Beauport
1133, avenue Royale 



Érigée en 1950, l’église de Saint-Thomas-de-Villeneuve a une allure bien modeste comparativement à d’autres églises de Beauport. En fait, il s’agit d’un bâtiment temporaire destiné à faire place à une église plus vaste qui, finalement, ne verra jamais vu le jour. Vu les coûts élevés qu’exige la construction d’une église, le conseil de fabrique de cette nouvelle paroisse de Beauport décide d’élever un lieu de culte provisoire en attendant d’avoir les moyens d’ériger un temple à caractère permanent. En 1949, on achète donc au gouvernement fédéral, pour 650 $, deux huttes militaires se trouvant à Valcartier dans l’intention de construire l’édifice religieux sur pilotis. Les huttes sont transportées telles quelles à Villeneuve en février 1950 et démantelées pour qu’on puisse en utiliser le bois. « Cette hutte est en forme de H. Les deux parties extérieures mesuraient 120 pieds par 24 pieds. Le centre mesurait 24 pieds par 50 pieds. Cela va nous faire une belle quantité de bois pour notre chapelle » (Notes historiques, 2003,74). En mars de la même année, l’idée de bâtir sur pilotis est rejetée et les paroissiens décident de donner un véritable soubassement à l’église. En avril 1950, les marguilliers approuvent le projet et empruntent les sommes nécessaires. On construit alors ce soubassement avec charnier et voûte et on ajoute par la même occasion une sacristie de 18 pieds (5,5 m) sur 30 pieds (9 m) derrière le chœur. 

Le bâtiment qui en résulte comporte un toit à deux versants et deux tours-clochers coiffées de petits toits pyramidaux. Bien dégagée du sol afin que les espaces du sous-sol soient adéquatement éclairés, l’église présente en façade une avancée qui contient le vestibule d’entrée, accessible par trois portes, et la tribune arrière éclairée par deux ouvertures. Les fenêtres à battants en bois à six grands carreaux sont de petites dimensions et sont surmontées d’impostes en hémicycle. Les fenêtres intérieures sont munies de verre givré et coloré. Les portes et les fenêtres encadrées de chambranles en bois sont peintes en blanc, ce qui crée un fort contraste avec la couleur sombre des murs. Les photographies anciennes ne nous permettent pas d’affirmer si le bâtiment était originellement revêtu de brique ou d’un matériau d’imitation. Le sous-sol de l’église, occupé aujourd’hui par une grande salle communautaire, a aussi logé une caisse populaire de 1954 à 1962. 

L’imposant presbytère de la paroisse, voisin de l’église, date de 1955. Dans les années 1960, l’idée de construire une nouvelle église est abandonnée et l’on décide plutôt de transformer l’église temporaire en église permanente en effectuant certaines modifications. En 1969, l’architecte Gilles Côté, qui a conçu de nombreuses églises dans la région tout au long des années 1960, est invité à proposer des modifications intérieures. Les travaux touchent surtout le chœur. On y ajoute notamment un mur-écran en cèdre teinté derrière l’autel, ce qui camoufle les accès à la sacristie. Conformément aux changements liturgiques en vigueur depuis le concile Vatican II, les grandes arches qui séparaient le chœur de la nef sont supprimées afin d’établir un meilleur lien entre les deux espaces ; le mobilier liturgique aurait aussi été remplacé à cette occasion. Les murs latéraux de la nef sont revêtus de panneaux préfinis imitant le bois, et la voûte constituée de cinq pans coupés est revêtue de tuiles acoustiques. La tribune arrière, autrefois ouverte sur la nef, a été fermée par une paroi vitrée et le petit orgue qui s’y trouvait a été placé près du chœur. Étant donné la rareté des photos anciennes montrant le décor intérieur, il est difficile de distinguer toutes les modifications apportées en 1969. Les bancs de la nef et les confessionnaux seraient d’origine. Le chemin de croix en bois sculpté semble quant à lui plus contemporain. La statue du saint patron de la paroisse proviendrait d’Espagne et aurait été installée en 1957, selon une plaque apposée dans l’église. 

En 1974, c’est au tour de l’extérieur de l’église d’être remis au goût du jour. La couverture en bardeau d’asphalte est refaite et les murs latéraux reçoivent un nouveau parement de brique, interrompu de façon régulière, au niveau des ouvertures, par un lambris de planches de bois verticales sur toute la hauteur de la façade. Les fenêtres font place à un modèle similaire avec imposte. Sur la façade principale, un avant-toit aux dimensions imposantes est ajouté au-dessus de l’entrée, occultant ainsi les fenêtres de l’étage de la tribune. L’un des deux clochers disparaît presque sous cet avant-toit et on ne voit plus que son sommet dépasser de la toiture. Quant à l’autre tour, on l’a mise en évidence : son volume est agrandi vers l’avant et décoré d’une grande verrière dont le motif principal forme une grande croix. Ces clochers sont revêtus de tôle profilée blanche et la façade principale est ornée de tuiles de céramique. Toutes ces modifications extérieures ont dénaturé la composition d’origine de l’église qui a perdu ses proportions harmonieuses. Plus récemment, le grand emmarchement en béton qui se déployait sur toute la largeur de la façade a été coupé de moitié pour faire place à une imposante rampe d’accès. 

L’église est située dans un milieu bien structuré à l’intérieur du noyau institutionnel formé également du presbytère et de plusieurs édifices scolaires. Ce noyau ressemble quelque peu à celui de Saint-Louis-de-Courville, situé plus à l’est et qui entretient le même type de relation avec l’avenue Royale. 

L’église de Saint-Thomas-de-Villeneuve est caractéristique des temples temporaires. Les rénovations des années 1970 ont malheureusement modifié de façon substantielle les attributs architecturaux du lieu de culte d’origine qui, malgré sa simplicité, était harmonieux et beaucoup plus attrayant. Principalement pour cette raison, l’église possède une valeur communautaire.



Martin Dubois

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