Église de Saint-Yves 1962-1963)

Arrondissement de Sainte-Foy–Sillery
2470, rue Triquet



Située à proximité du boulevard Laurier, l’église de Saint-Yves est implantée sur un terrain plat, spacieux et bien dégagé de la rue Triquet. La première église en bois, construite en 1953 rue Triquet, à l’angle de la rue Alexander, était de dimensions restreintes et, avec l’augmentation rapide de la population de la paroisse, on songe vite à construire une église permanente plus vaste. Dès 1956, le projet d’une nouvelle église est publié dans la revue Architecture Bâtiment Construction (janvier 1956, 21-23). Ce projet de l’architecte Marcel Cyr, conseillé par son père S.-A. Cyr, lui aussi architecte, est plutôt novateur pour l’époque. Le volume de l’église épouse la forme d’un œuf. La coque de béton qui forme la toiture est divisée en bandes étroites entre lesquelles une grande quantité de lumière pénètre dans la nef. Une haute flèche, détachée de l’église, s’élance vers le ciel. L’article décrivant ce projet s’attarde davantage à l’aspect poétique et symbolique des formes organiques et de la lumière dans l’architecture religieuse, ce qui nous laisse croire que le projet n’a guère passé l’étape de l’intention. Néanmoins, on retrouve dans le projet de l’architecte Louis Carrier conçu cinq ans plus tard, quelques éléments qui étaient présents dans celui de Marcel Cyr. Le plan triangulaire de la flèche en béton ainsi que la structure en bois destinée à accueillir les cloches ont une parenté évidente. 

En 1961, l’architecte Louis Carrier reçoit de façon officielle la commande de dessiner la nouvelle église de Saint-Yves. Le programme impose une nef pouvant accueillir environ 1 200 fidèles assis, de sorte qu’ils soient le plus possible rapprochés de l’autel et du célébrant, conformément aux prescriptions du renouveau liturgique. En mai 1962, le contrat de construction est signé et la bénédiction du chantier et de la pierre angulaire a lieu en septembre de la même année. L’église, constituée d’une charpente d’acier et de dalles de béton armé, est terminée juste à temps pour célébrer la première messe à l’occasion de la fête de Pâques 1963. 

L’extérieur de l’église est épuré. La faible hauteur du bâtiment, jouxté de son presbytère, est contrebalancée par l’élan vertical du campanile attaché à un angle. En 1967, trois cloches ont été installées dans cette flèche en béton blanc. Les abat-sons sont formés de lames inclinées en bois qui s’accrochent aux trois côtés incurvés du campanile. La composition architecturale de l’ensemble de l’église est animée par de larges pans vitrés. Les murs extérieurs sont revêtus de pierre de granit à appareillage irrégulier et de planches verticales de cèdre rouge de Californie. La toiture à faible pente laisse apparaître de larges débords légèrement incurvés. Le presbytère, relié à l’église par un volume bas orné d’une cloison en béton blanc ajourée, possède aussi des façades de pierre et de cèdre, mais son volume et ses ouvertures l’associent davantage à la typologie résidentielle qui caractérise le quartier. 

L’architecte Louis Carrier, qui concevra quelques années plus tard les églises de Saint-Benoît-Abbé et de Saint-Mathieu à Sainte-Foy ainsi que l’église du Bon-Pasteur à Charlesbourg, a alors opté pour un plan compact de forme presque carrée, dans lequel les rangées de bancs sont disposées en un rectangle large et peu profond. On retrouve également cette disposition dans les trois tribunes (une tribune arrière et une de chaque côté de la nef) où les bancs sont en gradins. L’architecte Carrier a conçu des espaces de circulation intérieure particulièrement généreux, comme en témoignent les larges allées aménagées entre les rangées de bancs, les grands escaliers en terrazzo qui mènent aux tribunes à chacun des quatre coins du plan ainsi que le narthex vitré qui s’étend sur presque toute la largeur de la façade. 

L’abondance de la lumière est une autre caractéristique de cette église puisque l’élévation principale et les élévations latérales sont constituées, dans leur partie haute, de murs-rideaux en bois et en verre givré. Afin que les tribunes latérales ne nuisent pas à l’entrée de la lumière, elles ont été détachées du mur, de sorte que les bas-côtés profitent d’un éclairage naturel. Quant au chœur, il est amplement éclairé par deux rangées de puits de lumière carrés. 

La cloison délimitant le fond du chœur est faite de blocs de ciment coloré en vert posés à la verticale, tandis que partout ailleurs dans l’église, les blocs de ciment des murs de la nef sont posés à l’horizontale. La sacristie se trouve derrière cette cloison percée en son centre d’une porte qui, à l’origine, était visible de tous. Un portique formé de cloisons de bois posées en chicane est venu camoufler cette ouverture bien après la constructioninitiale. On a alors installé au-dessus de ce portique un socle pour accueillir les saintes espèces. 

À l’église de Saint-Yves, les fidèles doivent passer une série de colonnes rondes en béton recouvertes de plaques de céramique et traverser une série de cinq portes doubles en bois ajourées avant de pénétrer dans le narthex entièrement vitré. Ils peuvent ensuite se diriger vers les escaliers latéraux pour atteindre les tribunes ou passer une autre série de portes pour atteindre la nef principale. Le plafond de la nef, où tous les luminaires sont encastrés, est enduit de laine d’amiante soufflée qui lui assure de bonnes qualités acoustiques. Ce matériau s’est toutefois sali avec le temps, comme dans les églises de Saint-Louis-de-France et de Saint-Mathieu qui possèdent le même type de plafond. La surface blanche d’origine est noircie, ce qui assombrit considérablement la nef, et elle ne peut se nettoyer aisément sans s’effriter. Les colonnes intérieures rondes en béton sont recouvertes de mosaïques et tous les éléments de mobilier sont en chêne, y compris les bancs, les confessionnaux et la balustrade du chœur. L’autel est quant à lui composé de granit noir poli. Le décor dépouillé de l’église de Saint-Yves ne comprend que quelques statues. Dans son ensemble, l’église ne semble pas avoir subi de modifications majeures. Seuls l’ajout d’un portique et d’un tapis dans le chœur et la disparition des parties ouvrantes de la table de communion ont modifié l’aspect d’origine. 

De valeur patrimoniale significative, l’église de Saint-Yves est l’une des réalisations les plus originales de l’architecte Louis Carrier. La qualité des espaces intérieurs, le choix judicieux des matériaux, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur, ainsi que la sobriété de la composition font de cette église un bel exemple d’architecture moderne qui s’intègre bien à la fois au noyau institutionnel dans lequel elle se trouve (école, presbytère) et dans son quartier composé essentiellement de maisons individuelles.



Martin Dubois

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