Église de Sainte-Françoise-Cabrini (1947)

Arrondissement de La Haute-Saint-Charles
1418, 1ère Avenue



Dès la fondation de la nouvelle paroisse de Lac-Saint-Charles, la communauté veut se doter d’une véritable église, quitte à reconstruire plus tard, un phénomène typique du XXe siècle. Ainsi, l’église érigée en 1947 doit être temporaire car on nourrit le projet d’en construire une plus vaste, à droite du presbytère. C’est d’ailleurs dans cette intention qu’on a acquis des terrains : un pour l’édifice temporaire, un lot adjacent pour le presbytère et la future église, puis un autre, plus à l’écart, pour le cimetière (Noël, 1996, 37). 

Comme la première église s’avère satisfaisante pour la communauté, elle subsistera malgré son caractère « temporaire ». Il ne faut donc pas se surprendre si l’architecture de Sainte-Françoise-Cabrini est modeste, à l’image de certaines églises de colonisation. L’Inventaire des biens culturels indique comme architecte un dénommé Tremblay, information que nous ne pouvons confirmer ni infirmer. Lors de notre visite des lieux, on nous a mentionné le nom d’un entrepreneur, Wilfrid Légaré, aidé d’une main-d’œuvre locale, souvent bénévole, dont Léopold E. Beaulieu, menuisier, qui a participé activement aux travaux. Les paroissiens bénévoles sont très actifs et vendent des « blocs de ciment » pour ramasser des fonds nécessaires à la construction, si bien que, « petit à petit, […] l’église prend forme : ses fondations se campent, sa structure s’élève et son clocher se dessine petit à petit au-dessus de l’horizon » (Ibid.,38). 

Érigée sur de hautes fondations de béton, afin de permettre un bon éclairage du sous-sol, l’église possède effectivement des murs de blocs de ciment recouverts de stuc et de bardeau d’amiante, visible sur les pignons. L’édifice religieux, de plan rectangulaire à chevet plat et d’environ 40 pieds (12 mètres) sur 110 (33 mètres), est couronné d’un clocher dominant la façade. L’avant-toit qui protège l’entrée, avec les deux saillies donnant accès au vaste sous-sol, destiné aux activités de la commu-nauté, accusent le caractère fonctionnel de l’édifice. La petite entrée, aménagée sur le mur latéral droit, daterait de la fin des années 1980. 

L’espace intérieur de Sainte-Françoise-Cabrini se développe en un seul vaisseau surmonté d’une voûte tronquée, de même forme que les baies. De larges montants de bois, placés entre chaque travée, rythment à la fois la voûte et les murs. Ils servent de décor et créent l’effet d’une architecture structurale, propre au mouvement rationaliste de l’époque, tout en rendant l’intérieur plus chaleureux. Au fil du temps, on y a effectué des travaux, dont le réaménagement du chœur et la finition des revêtements des murs (gypse, à l’origine avec stuc) et de la voûte (contreplaqué, à l’origine du carton-fibre). On a également ajouté un bandeau de bois à la jonction de la voûte et des murs, aidant à dissimuler un éclairage d’appoint. La tribune arrière, jadis réservée à l’orgue, est fermée par des panneaux de verre pour faciliter la présence des jeunes familles aux célébrations. Quelques éléments mobiliers comme le confessionnal, le chemin de croix et les bancs de la nef ont été acquis respectivement en 1956, 1958 et 1962. Le motif cruciforme à l’intérieur des fenêtres remonte à la même période. 

Le site de l’église de Lac-Saint-Charles se complète de l’ancien presbytère de brique érigé en 1947-1948 et conçu cette fois comme une construction permanente ; il a été vendu en 2002 à la suite de la fusion avec la nouvelle paroisse de Sainte-Marie-des-Lacs. Cette église temporaire, témoin de la première heure, possède une valeur communautaire.



Hélène Bourque

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