Église de Sainte-Gertrude (1971)

Arrondissement de Beauport
775, avenue de l’Éducation



L’église de Sainte-Gertrude a été construite en 1971 selon les plans de l’architecte Maurice Bouchard (1909-1982). Celui-ci a œuvré dans les années 1940 et 1950 au sein de la firme Amyot, Bouchard et Rinfret, spécialisée dans la conception d’immeubles commerciaux. 

À ses débuts, la paroisse de Sainte-Gertrude ne dispose que de moyens financiers fort limités. On entreprend très tôt des démarches afin de se doter d’un lieu de culte au prix le plus bas possible. Un projet visant à acquérir puis à déplacer d’anciennes installations préfabriquées de Manic 5 d’Hydro-Québec pour y aménager une église a failli se concrétiser. La paroisse opte cependant au dernier moment pour un bâtiment neuf d’une grande sobriété afin d’accueillir les fidèles en nombre croissant. Construite entre avril et novembre 1971, l’église a nécessité le travail de paroissiens bénévoles, notamment pour la finition intérieure, ce qui a permis d’économiser d’importantes sommes d’argent. Très dépouillée au départ, l’église sera pourvue de vitraux et de cloches dans les années suivantes, au gré des sommes disponibles dans les coffres de la fabrique. 

L’église est un bâtiment des plus simples semblable à un vaste hangar typique du domaine commercial ou industriel, d’où son faible coût de construction. De grands cadres rigides en acier constituent la structure de l’édifice au toit à deux versants, alors que l’enveloppe est faite de blocs de ciment et de tôle profilée. Seule la façade principale est un peu plus soignée. On y observe des pilastres en brique qui rythment les murs revêtus de ciment blanc. Au-dessus du portique d’entrée, qui se projette vers l’extérieur, une grande verrière investit la partie centrale du pignon ; une ouverture identique se retrouve sur la façade arrière. Sur les murs latéraux, deux étroites fenêtres verticales occupaient originellement chacune des six travées du bâtiment. 

À l’intérieur, malgré le plan longitudinal du bâtiment qui aurait dû, logiquement, commander une configuration traditionnelle, le chœur arrondi se situe sur l’un des côtés, créant ainsi un plan centré où 650 chaises regroupées en six îlots sont disposées de façon rayonnante. Bien que cette configuration soit davantage conforme au renouveau liturgique apparu dans les années 1960 et favorise un contact plus rapproché entre le célébrant et l’assistance, elle est assez mal adaptée à la forme du bâtiment, qui semble trop étroit pour recevoir ce type d’aménagement. 

Une entrée latérale est située face au chœur. Au fond de l’église, dans la partie opposée à l’entrée principale, une mezzanine a été aménagée au-dessus de plus petits locaux ; on y retrouve, entre autres, la sacristie et un petit oratoire. La mezzanine ne fait pas vraiment office de tribune mais sert de rangement et d’espace polyvalent pour des groupes communautaires. Il faut dire que, outre les cérémonies religieuses, l’église s’est toujours prêtée à la tenue de différentes manifestations, spectacles, concerts et activités organisés par les groupes communautaires de la paroisse. 

L’édifice a subi d’importantes modifications en 1980. Plus à l’aise financièrement, la paroisse a enfin pu parachever son église. Sous la responsabilité des architectes Laroche et Déry, qui ont conçu plusieurs églises de la région dans les années 1960, le chœur surélevé de trois marches a été entièrement refait. Le mur derrière l’autel a été lambrissé de planches de cèdre dont les différentes orientations forment un motif. On y a installé un Christ en croix en bois de tilleul sculpté par un artiste italien. Le plafond, isolé de nouveau, a reçu des tuiles acoustiques et de nouveaux luminaires. Le haut des murs a aussi été lambrissé de planches en bois verticales. On a de plus modifié l’enveloppe extérieure avec une meilleure isolation. Les anciennes fenêtres étroites ont fait place à des ouvertures en bandeau horizontal tandis que les murs extérieurs ont été recouverts de panneaux de béton dans leur partie basse et d’un nouveau revêtement d’acier dans leur partie haute. En 1982, on a doté la grande verrière surmontant l’entrée de vitraux contemporains représentant saint Joseph et sainte Gertrude réalisés par l’artiste verrier Jacques Déry. Le même artiste exécutera en 1989-1990 les vitraux du chemin de croix dans les fenêtres latérales et le magnifique vitrail de l’oratoire. Le nouveau clocher, détaché de l’édifice, sera quant à lui érigé en 1992 selon les plans de l’architecte Suzanne Bergeron. Soutenue par une grande croix et trois piliers, la structure squelettique du clocher supporte quatre cloches. 

Le presbytère, bâti en 1975, est situé à quelques dizaines de mètres de l’église. Un technicien en architecture, Félix B. Rouleau, en a dressé les plans. Se confondant avec les constructions résidentielles du quartier, il a tout de même un lien de parenté avec l’église, comme le dénotent les revêtements de brique et de crépi blanc qui lui donnent un aspect moderniste. Les aménagements paysagers entourant l’église sont relativement pauvres ; celle-ci se retrouve au centre d’une mer d’asphalte. Bien que sa façade soit directement placée dans la perspective de la rue Doyon, l’église ne joue pas un rôle très structurant dans le tissu urbain. Elle fait néanmoins partie d’un ensemble institutionnel regroupant une école et des terrains de jeux. L’église de Sainte-Gertrude possède donc une valeur patrimoniale communautaire.



Martin Dubois

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