Église de Sainte-Maria-Goretti (1965-1966)

Arrondissement de Charlesbourg
7180, boulevard Cloutier



L’église de Sainte-Maria-Goretti de Charlesbourg, érigée en 1965-1966, est l’œuvre des architectes Laroche, Ritchot et Déry qui ont conçu, à la même époque, plusieurs églises du diocèse de Québec. Tout en affichant des liens de parenté très marqués, celles-ci ont chacune un caractère qui leur est propre. Les églises de Sainte-Geneviève (1965-1966) et Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle (1967) à Sainte-Foy ainsi que Saint-François-Xavier (1966-1969) dans le quartier de Duberger présentent des traits communs avec l’église de Sainte-Maria-Goretti. Selon l’historien de l’architecture Claude Bergeron, « elles sont toutes de plan longitudinal et possèdent le même matériau de revêtement : le stuc blanc pour les murs et les bardeaux de cèdre pour la toiture. L’intérieur forme une grande halle de plan rectangulaire qui ne fait pas de distinction entre l’espace de la nef et celui du chœur. […] La forme de ces églises et le choix des matériaux ont vraisemblablement été influencés par l’architecture ancienne du Québec qui servait alors de plus en plus de modèle aux maisons que l’on construisait dans les nouveaux quartiers de banlieue où furent érigées ces églises. Par contre, la façon plutôt fantaisiste de retrousser le toit leur donne une allure quelque peu exotique qui surprend. Quoi qu’il en soit, avec de telles constructions, ces architectes ont contribué largement à accroître le nombre d’églises de plan longitudinal ainsi qu’à doter le diocèse de Québec d’une quantité d’églises blanches en stuc. Ce phénomène allait devenir une des principales caractéristiques des églises du diocèse au cours des années soixante » (Bergeron, 1987, 149-151). 

Il ne faut pas le confondre le travail de Jean Ritchot, de la firme Laroche, Ritchot et Déry, avec les nombreuses églises de l’architecte André Ritchot, de Montréal, qui ressemblent en plusieurs points à ces églises de Québec. En effet, l’église de Saint-Luc de Dollard-des-Ormeaux (1966-1967) et l’église de Saint-André de Cap-aux-Meules (1967), qui présentent aussi des formes de toits fantaisistes percés de verrières triangulaires, sont l’œuvre d’André Ritchot et non de Jean Ritchot, de la firme Laroche, Ritchot et Déry. 

L’église de Sainte-Maria-Goretti se caractérise par son toit imposant aux extrémités retroussées et recouvert de bardeau de cèdre. Au-dessus du chœur, une excroissance sert de socle à une flèche métallique légère qui s’appuie sur trois fines membrures. Sur les côtés, la base du toit est découpée en dents de scie et les murs sont enduits de crépi blanc. Des pilastres, semblables à des contreforts, supportent la base des poutres lamellées de la charpente. En façade, l’entrée aménagée en alcôve est protégée par un toit en appentis au-dessus duquel se déploie une grande verrière qui occupe l’ensemble du pignon. Au chevet du sanctuaire, le mur blanc est ponctué de trois grands étriers destinés à recevoir des cloches qui ne sont jamais venues. 

À droite de l’église est accolé le presbytère dont la forme pittoresque et les balcons évoquent un chalet suisse. Les pentes du toit, percées de grandes lucarnes, s’harmonisent très bien avec celles de l’église. L’ensemble bâti est implanté dans un vaste espace vert voisin d’une école, d’un centre communautaire et de terrains de jeux. Les espaces de stationnement, plutôt discrets, laissent toute la place aux aménagements paysagers où se dressent plusieurs arbres. 

L’intérieur de l’église est chaleureux en raison du choix des matériaux et du traitement, presque théâtral. Contrairement aux autres églises des architectes Laroche, Ritchot et Déry situées à Sainte-Foy, l’église de Sainte-Maria-Goretti est baignée de lumière. La grande verrière, ornée de vitraux de conception moderne aux tons orangé, jaune, bleu et vert, y est pour beaucoup. De plus, le côté droit de la nef est entièrement vitré. Alors que le mur gauche ne contient qu’un bandeau de fenêtres au-dessus d’une paroi de brique, le mur droit est complètement ouvert entre les colonnes. Chaque travée comporte de cinq à sept fenêtres de largeur variable qui occupent toute la hauteur du mur, du plancher jusqu’à la jonction du toit. 

Le plan longitudinal de la nef dirige vraiment l’attention des fidèles vers le chœur, qui est surélevé de cinq marches. Sur le mur du fond, les bosselures perceptibles dans le crépi blanc laissent croire qu’il s’agit d’un mur de pierre qu’on aurait enduit. C’est là une autre référence à l’architecture traditionnelle québécoise, au même titre que la couverture en bardeau de cèdre et les murs crépis. Une étroite bande de fenêtres de couleur jaune et bleu fait la jonction entre ce mur triangulaire et la toiture, qui est soutenue par une charpente en bois lamellé-collé. Les planches en bois horizontales du plafond, épousant la pente du toit, sont teintes brun foncé. Des luminaires suspendus dispensent la lumière artificielle nécessaire. 

Comme dans plusieurs églises dessinées par ces architectes, le chœur était à l’origine éclairé par un puits de lumière disposé à la base de la flèche. Sujette aux infiltrations d’eau, cette ouverture dans le toit a été condamnée en 1973 au moment où l’on procédait à des réparations à la toiture, à l’imperméabilisation au niveau des noues et au remplacement de la flèche avec une structure renforcée. De l’intérieur, la structure ajourée du plafond au-dessus du chœur témoigne encore de cet élément architectural malheureusement disparu. 

Les fonts baptismaux se trouvaient initialement dans le baptistère situé à droite du chœur, du côté du presbytère. Cet espace, comprenant un mur en céramique de Claude Vermette, ne sert plus à cette fin et sa relation directe avec la nef est maintenant coupée par la présence d’un orgue qui a été acquis il y a une quinzaine d’années d’une communauté religieuse. 

À l’arrière de l’église, de chaque côté du narthex dont les portes entièrement vitrées sont givrées, on retrouve deux pièces : celle de droite loge un vestiaire, celle de gauche, des confessionnaux. Les bancs en chêne de l’église peuvent accueillir près de 700 personnes. L’ensemble du plancher est en terrazzo, y compris dans le chœur, et des portes latérales donnent accès à l’église de chaque côté de la nef. 

Des œuvres d’art ornent l’église de Sainte-Maria-Goretti. Le chemin de croix, composé d’œuvres en céramique, est de l’artiste d’origine catalane Jordi Bonet. L’ameublement de l’église, soit les autels, l’ambon, les confessionnaux et les bancs, a été réalisé par la firme Nilus Leclerc de L’Islet-sur-Mer qui a meublé de nombreuses églises au Québec. L’autel et l’ambon faits de pin, ainsi que les fonts baptismaux, sont rehaussés d’une série de bas-reliefs en cuivre, constituant des formes abstraites très originales. Le Christ ressuscité, en bois sculpté, occupe le grand mur triangulaire blanc derrière le maître-autel. Cette sculpture proviendrait d’Italie. On peut aussi voir dans le portique central une Madone que le curé fondateur de la paroisse, Raymond Dupuis, aurait rapportée d’un voyage en Espagne. Mentionnons que tout le mobilier liturgique du chœur est amovible pour permettre la présentation de concerts ou de spectacles. 

Depuis la fusion de la paroisse, le presbytère est loué à l’organisme communautaire L’Aidant. Le sous-sol contient une grande salle polyvalente mise à la disposition de la communauté et de certains groupes comme le Cercle des Fermières, les Chevaliers de Colomb et le Club de l’Âge d’or. L’église est dans un bon état physique. Les bardeaux de la toiture présentent des signes de vieillissement, mais les membranes d’étanchéité qu’ils recouvrent sont encore performantes. Les sous-faces, protégées des intempéries, ont encore leur revêtement en bois d’origine. Il s’agit de la seule église de Québec, des architectes Laroche, Ritchot, Déry, qui ait conservé sa toiture originelle en bardeau de cèdre. Hormis quelques modifications effectuées peu de temps après sa construction, l’église a subi peu de transformations, d’où un bon état d’authenticité. 

L’église de Sainte-Maria-Goretti, de valeur patrimoniale significative, est une œuvre achevée des architectes Laroche, Ritchot, Déry. La recherche de plasticité à l’extérieur et l’aménagement d’un espace chaleureux à l’intérieur en font une réalisation intéressante des années 1960 à Québec.



Martin Dubois

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