Église de Sainte-Marie-Médiatrice (1950-1951)

Arrondissement de La Haute-Saint-Charles
357, boulevard Valcartier



L’église de Sainte-Marie-Médiatrice, érigée dans le secteur de Château-d’Eau à Loretteville, date de 1950-1951. C’est à l’architecte Joseph Marchand, dont la résidence estivale avoisine le terrain de la fabrique, que l’on confie le mandat de concevoir le nouveau lieu de culte. Associé de la firme Amyot, Marchand et Légaré, spécialisée en architecture commerciale, l’architecte Marchand en est à ses premières armes en matière d’architecture religieuse. Une dizaine d’années plus tard, il supervisera les travaux de rénovation à l’église de Saint-Albert-le-Grand à Québec. 

L’église de Sainte-Marie-Médiatrice, lieu de culte modeste, peut accueillir un peu plus de 300 personnes assises. Son volume bas fait en sorte qu’elle se confond avec les habitations du secteur. Seuls le clocher latéral et le décor de la façade marquent de façon non équivoque la fonction religieuse du lieu. L’église de plan longitudinal possède un petit transept où l’on retrouve des entrées secondaires menant à la sacristie. L’agencement des revêtements extérieurs, composés de plaques d’amiante-ciment rectangulaires de couleur rose et d’un parement de masonite blanc, crée des motifs au niveau des différents pignons formés par la toiture. En façade, les deux portes d’entrée « sont surmontées de cinq fleurs de lys, fantaisie de l’architecte, sans doute suscitée par l’adoption d’un nouveau drapeau québécois par le régime Duplessis plus tôt l’année précédente » (Roy,2000, 97). Bien de son époque, l’église de Sainte-Marie-Médiatrice s’inscrit dans la mouvance du nationalisme et du rationalisme en architecture religieuse. 

Le pignon au-dessus de l’entrée prend la forme d’un grand fronton où l’on retrouve une ouverture triangulaire décorée de verre givré bleu, jaune et rouge et ornée d’un grand Christ en croix en métal. Le clocher muni d’abat-sons ne possède pas de cloches, mais des haut-parleurs diffusent un enregistrement qui en rappelle le tintement. Sur les murs latéraux, des contreforts révèlent la trame structurale du bâtiment ; ils ont malheureusement été recouverts de tôle ondulée. Dans chaque travée, une ouverture carrée comprenant deux fenêtres à guillotine jumelées est encadrée par des chambranles réduits à leur plus simple expression. La toiture est revêtue de bardeau d’asphalte tandis que la flèche du clocher et le clocheton, situé un peu à l’avant du transept, sont recouverts de tôle en plaques. 

À l’intérieur, la nef simple et intime est divisée en huit travées par des arches polygonales qui ne nécessitent aucune colonne. Les deux îlots de bancs en bois fixes sont séparés par une allée centrale qui conduit au chœur. À l’origine, celui-ci était plus étroit que la nef et se prolongeait jusqu’au mur arrière du bâtiment où une ouverture triangulaire, similaire à celle de la façade, éclairait tout le sanctuaire. Cet espace a bien changé. Le chœur a d’abord subi des modifications lors des travaux de rénovation de 1967 dirigés par l’architecte Gilles Côté. À cette époque, on avait posé un nouveau lambris de cèdre rouge dans le fond du chœur et remplacé le mobilier liturgique. Le grand crucifix ainsi que les fonts baptismaux, œuvres en bois sculpté de l’artiste local Bruno Verret, ont été installés en 1979. L’espace du chœur a cependant été altéré de façon plus importante en 1989 alors qu’on l’a avancé dans la nef afin d’aménager une salle communautaire à l’arrière. Depuis lors, les deux autels latéraux se trouvent dans le sanctuaire. Derrière le chœur, une cloison amovible (porte accordéon) cache des portes vitrées coulissantes qui s’ouvrent sur la salle communautaire. En ouvrant cet espace, on peut augmenter la capacité d’accueil du lieu de culte lors de célébrations spéciales. Ces interventions ont malheureusement altéré de façon notable l’organisation spatiale de l’église et réduit l’importance du chœur. 

La nef a aussi connu sa part de modifications. Lors des travaux de 1967, les murs ont été lambrissés de planches de pin verticales et le plafond, où la structure du toit était apparente, a été recouvert de tuiles acoustiques. Les arches ont quant à elle été revêtues de crépi. Par la même occasion, les luminaires suspendus ont été remplacés. Parmi les œuvres artistiques présentes dans l’église, on remarque quelques tableaux anciens, une statue en plâtre de la patronne de la paroisse et un chemin de croix en plâtre. Ce dernier, qui faisait partie du décor originel de l’église mais qui avait été remplacé par un plus moderne, a été réinstallé au-dessus des fenêtres. Des confessionnaux sont situés de part et d’autre du vestibule d’entrée, sous la tribune où prend place un orgue à tuyaux acquis en 1978. 

Sans toutefois jouer un rôle structurant dans le tissu urbain de ce quartier paisible et boisé, l’église s’intègre bien dans son environnement à l’angle du boulevard Valcartier et de la rue du Golf. Le presbytère qui l’avoisine, érigé en 1949 selon les plans de l’architecte Charles Dumais, a aussi subi quelques modifications. Bien qu’il ait conservé sa volumétrie d’origine, il a été complètement revêtu d’aluminium en 1977. Les nombreuses modifications apportées à l’intérieur de l’église de Sainte-Marie-Médiatrice font en sorte qu’elle possède aujourd’hui une valeur communautaire.



Martin Dubois

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