Église de Sainte-Ursule (1963-1964)

Arrondissement de Sainte-Foy–Sillery
3290, rue Armand-Hamelin



Dès la fondation de la paroisse de Sainte-Ursule, l’archevêché réserve un terrain dans le parc Neilson, où se trouvent une école et des terrains de jeux. En 1963, l’architecte Pierre Rinfret se voit confier la conception des plans de la nouvelle église. Les travaux vont bon train, si bien que la première messe y est célébrée à Noël 1964. Pour l’église de Sainte-Ursule, Pierre Rinfret a opté pour le plan traditionnel longitudinal à transept, dont le presbytère est le prolongement. Une salle communautaire est logée au sous-sol du bâtiment et des entrées latérales sont ménagées près des transepts. De bonne hauteur, l’église est coiffée d’une toiture à versants à pente moyenne revêtue de bardeau d’asphalte. Il en résulte un volume imposant quoique sans grande originalité. 

Les murs extérieurs, parés de granit à appareillage irrégulier, sont sectionnés par d’étroites bandes verticales recouvertes de planches de cèdre rouge où sont regroupées les ouvertures. Les formes les plus singulières se retrouvent sur la façade principale, donnant sur le boulevard Neilson. Une haute flèche, fine et élancée, imprime un véritable élan vertical à la composition. Ce clocher, dont le plan carré est posé à 45 degrés par rapport au plan de l’église, prend appui au sol et se projette vers le ciel en s’effilant. À moitié exposé à l’extérieur, cet élément vertical en béton blanc semble fendre le centre de la toiture, qui à cet endroit déborde amplement la façade. Le toit de la flèche et les lames formant les abat-sons, dont la disposition à angle accentue l’effet de verticalité, sont en cuivre, tout comme la petite flèche surmontant la croisée du transept. De chaque côté du clocher, des murs-rideaux en bois et en verre couvrent toute la hauteur de la façade, du sol jusqu’à la toiture. Sertis dans une ossature en cèdre rouge, les verres de différentes dimensions composent un damier de couleurs des plus intéressants. 

Le narthex franchi, on est impressionné par la luminosité qui règne dans la nef aux dimensions généreuses. Celle-ci est enveloppée d’une large voûte en plâtre au profil évasé et suspendue aux fermes d’acier du bâtiment. L’immense verrière de la façade principale ainsi que les fenêtres latérales formées de verre givré jaune, rose et bleu assurent un grand apport de lumière naturelle. Dès l’entrée, le regard du fidèle est attiré vers le chœur en hémicycle dominé par une grande murale de mosaïque aux tons dégradés de bleu, laquelle fait office de retable. La forme du chœur est délimitée par une paroi ajourée qui est composée, dans sa partie supérieure, de louvres ondulés en bois et, au niveau du sol, d’une grille en fer forgé placée devant une paroi vitrée ou d’autres louvres mobiles. À droite du chœur, jouxtant l’accès au presbytère, on trouve une chapelle de 30 places. À gauche, le baptistère et une autre chapelle de 44 places occupent le bras du transept. La sacristie est quant à elle située derrière le chœur, tout comme les tuyaux d’orgue qui accaparent la partie supérieure. Le plancher du chœur est revêtu de terrazzo et l’autel est surélevé sur un podium en bois de trois marches. Le sol du baptistère ainsi que les fonts baptismaux sont recouverts de la même mosaïque que la murale du chœur. 

La nef et la tribune arrière comptent plus de 900 places assises. Le mobilier du lieu de culte est en bois et le décor intérieur, des plus dépouillés. Le Christ en croix sculpté en bois, situé dans le chœur, est l’une des seules œuvres artistiques présentes dans l’église, en plus du chemin de croix composé de tableaux peints. 

L’église est très bien conservée et n’a pas subi de modifications majeures depuis sa construction. Elle s’insère bien dans son environnement urbain, surtout constitué d’immeubles à vocation commerciale, publique et communautaire. Sa flèche très élancée, visible à bonne distance, est un point de repère dans le quartier. On observe également quelques aménagements paysagers et des arbres matures à proximité du bâtiment. Quoique très vastes, les espaces de stationnement sont relégués à l’arrière et du côté ouest de l’église, ce qui en amoindrit l’impact visuel. 

L’architecte Pierre Rinfret a conçu peu d’édifices religieux dans sa carrière. Il a cependant acquis une solide réputation dans le domaine de l’architecture commerciale et scolaire au cours des années 1940 et 1950, période où il travaillait avec ses associés Maurice-René Bouchard et Gaston Amyot. L’église de Sainte-Ursule, de valeur communautaire, est une œuvre honnête de Rinfret et représentative de la modernité sans toutefois innover en architecture religieuse.



Martin Dubois

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