Ancienne Chapelle des Franciscaines

Arrondissement de La Cité
388, Grande Allée Est

Fermée au culte (reconvertie)



Les sœurs franciscaines missionnaires de Marie arrivent à Québec en mai 1892. Elles ouvrent une maison rue Richelieu, puis élisent domicile rue Scott, pour enfin choisir une vaste propriété délimitée par la Grande Allée, la rue de Claire-Fontaine et la rue Turnbull. Elles s'y font construire une résidence, qui est agrandie à partir de 1896 selon un plan d'ensemble établi par Eugène-Étienne Taché. La direction des travaux est confiée aux architectes Berlinguet et LeMay.

Le projet est simple : il faut allonger le couvent pour dresser une large façade sur la Grande Allée, y créer un porche s'ouvrant sur une chapelle bâtie à l'arrière et entourer la chapelle d'ailes érigées en échelon. Du coup, la chapelle est inscrite dans un ensemble conventuel dont elle est séparée par deux cours intérieures ; l'une d'elles est réservée au cimetière des religieuses.

Les travaux de construction débutent par la chapelle, en 1896. L'année suivante on élève l'aile de façade, que les journaux décrivent comme
étant " de style byzantin, couronnée d'un élégant clocher ". En 1899, les religieuses font entreprendre l'aménagement intérieur de leur chapelle. Les architectes Berlinguet et LeMay soumettent un projet ambitieux, inspiré par l'architecture baroque romaine. Comme à l'époque le terme " baroque " n'est pas employé de façon courante, c'est plutôt à une œuvre de la Renaissance qu'on associe la chapelle. Ainsi, lorsqu'il la présente au public, le chroniqueur A. B. Routhier signale que si l'architecture gothique a beaucoup d'élévation et de grandeur, elle est néanmoins triste et sombre parce qu'elle évoque les profondeurs et le mystère. Par contre, le style Renaissance produit le Beau par des procédés différents : il ne cherche pas tant à étonner qu'à plaire. L'église gothique est la maison du Dieu terrible, alors que l'église Renaissance est la maison du Dieu de charité. Après cette introduction, Routhier enchaîne avec une description détaillée des qualités du monument : "Vous ne serez ni étonné, ni stupéfait, mais charmé, ravi. Aucun effort d'élancement, excepté peut-être dans la coupole. Mais comme toute cette décoration s'arrondit et s'épanouit avec grâce ! Comme tout se courbe avec harmonie ! C'est mouvementé tout de même, mais sans violence, avec mesure, avec des transitions bien ménagées. À certains endroits, on s'inquiète pour l'artiste, et l'on se demande comment il va sortir d'embarras, tant il semble engagé dans un plan téméraire, mais on a bientôt fait de saisir le développement de ses idées ; et l'on se plaît à voir comment tout s'enchaîne et s'harmonise. De tous côtés, dans toutes directions, se dressent des colonnes de dimensions et de couleurs différentes, tantôt alignées, tantôt groupées, ici formant un triangle, là-bas un demi-cercle, ailleurs un octogone, et se prêtant mutuellement appui pour supporter les balcons, les voûtes et la coupole. Les grandes colonnes, en marbre marezzo vert tendre égyptien, font saillie. Elles s'avancent au-devant des galeries et soutiennent les grands arcs à plein cintre de la voûte. En arrière, et deux à deux, se dressent d'autres colonnes en marbre rose de Namibie qui supportent les balcons. Celles qui se prolongent au-dessus et qui supportent les archivoltes sont en marbre rouge royal. D'autres, plus petites en vert de Gênes forment l'encadrement des fenêtres. Quatre pendentifs forment la voûte sphérique du dôme ; et les grands arcs qui le soutiennent sont appuyés sur quatre groupes de grandes colonnes flanquées de pilastres. Autour de la coupole intérieure seize autres colonnes, admirables de coloris et de transparence, imitant l'albâtre oriental sont appuyées sur des anges en guise de consoles et portent la lanterne supérieure qui paraît ouverte sur le ciel bleu, comme le Panthéon de Rome. Enfin, quatre autres grandes colonnes en marbre jaune de Sienne, qu'on dirait translucides, couronnées d'admirables chapiteaux, sont rangées en demi-cercle autour de l'autel, en avant d'un nombre égal de piliers-pilastres de marbre rouge impérial, et forment au Roi des rois une admirable garde d'honneur. Elles supporteront plus tard le couronnement du trône ou le dais... "

C'est l'artiste d'origine italienne Michele Rigali qui, en 1899, doit produire les ornements en imitation de marbre marezzo et scagliola. On lui impose de faire des modèles en terre glaise, puis en bois, pour couler son plâtre selon le procédé marezzo (poudre de marbre), avant d'en réaliser le fini d'imitation selon la couleur désirée, au moyen de la technique du scagliola.

Robert Reid, marbrier de Montréal, conçoit l'autel principal en 1901. Puis, en 1906, arrive de France un baldaquin, à poser sur les colonnes en attente ; l'ornement provient des ateliers de l'Union internationale artistique de Vaucluse. L'année suivante, les architectes font fabriquer la chaire, ce qui complète le programme ornemental de la chapelle.

Un temps mis de côté, le projet d'agrandir le monastère refait surface en 1920. Un vaste bâtiment en brique s'étirant du sud vers le nord est alors accolé au croisillon ouest. Dix ans après, la congrégation, qui connaît un certain succès avec l'hébergement de dames âgées, fait ériger un autre pavillon. Cette fois, la construction affecte la forme d'un L et marque le coin Grande Allée et Turnbull. Les deux édifices sont l'œuvre de l'architecte Joseph-Siméon Bergeron. Les sœurs franciscaines ont mis leur monastère en vente en 1986. La Ville de Québec a acquis le complexe avec le terrain subsistant pour y établir les Habitations Grande Allée en 1987. Les bâtiments ont été reconvertis en logements pour personnes âgées et une aile neuve est venue s'ajouter à l'ensemble.



Luc Noppen et Lucie Morisset

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