Basilique-cathédrale Notre-Dame

Arrondissement de La Cité
16, rue Buade (Vieux-Québec)



La basilique-cathédrale Notre-Dame est dévastée par un incendie le 22 décembre 1922. Le lendemain, devant les ruines encore fumantes, les autorités religieuses font part de leur décision de reconstruire l'édifice " d'après les anciens plans, sur les mêmes bases et sur les mêmes murs ".

Même si, en principe, le monument que l'on observe aujourd'hui est relativement récent, il conserve une forme architecturale qui résulte de plusieurs campagnes de construction. Tel un palimpseste, Notre-Dame de Québec est une figure plusieurs fois réécrite. Il faut donc en retracer les états successifs pour en comprendre toutes les significations.

En 1647 s'ouvre le chantier de la première église édifiée sur cet emplacement : Notre-Dame-de-la-Paix, nommée en l'honneur d'une paix (éphémère) conclue avec les Amérindiens. Ce petit bâtiment, dont les murs sont encore inscrits dans le plan du monument agrandi à plusieurs reprises depuis, devient l'église paroissiale de Québec en 1664, année où le territoire de la ville est érigé en paroisse par Mgr de Laval. Désormais connue sous le vocable de Notre-Dame-de-l'Immaculée-Conception, l'église est élevée au rang de cathédrale lorsque Mgr de Laval devient le premier évêque du diocèse de Québec, en 1674. Aussitôt le prélat entreprend des démarches en vue de reconstruire son église pour qu'elle soit digne de sa nouvelle fonction épiscopale. Il obtient des fonds du roi Louis XIV en 1683 et retient les services de l'architecte Claude Baillif pour établir un projet grandiose. Faute de moyens, l'évêque doit cependant se contenter d'un bâtiment beaucoup plus modeste. En effet, dès sa mise en chantier, en 1684, l'ampleur du projet est considérablement réduite. Puis, dans un débat qui l'oppose aux habitants de Québec, l'évêque décide de consacrer ses ressources à la seule façade de la nouvelle église, partie du bâtiment qui consacre " l'effet cathédrale ". C'est finalement aux frais des paroissiens, et seulement en 1697, que la nef sera construite, prolongeant jusqu'à cette façade la structure de 1647.

En 1742, l'intendant Hocquart ordonne une inspection de l'église-cathédrale où des réparations substantielles s'imposent. Deux ans plus tard, Gaspard Chaussegros de Léry, ingénieur du roi, présente deux plans pour la reconstruction. Le premier, très simple, concerne le gros-œuvre du bâtiment, le deuxième - le plan " riche " - comporte une ornementation " à faire lorsque la fabrique en aura les moyens ". Commencés en 1744, les travaux se terminent, pour la phase du gros-œuvre, en 1748. L'église de 1647, modifiée en 1684-1697, est allongée par le chœur, dotée de deux bas-côtés et la nef exhaussée pour permettre un éclairage direct par une claire-voie. Dès lors, de Léry affirme que la cathédrale " est faite comme le sont celles de France, avec nef, bas-côtés et tribunes. Elle est fort claire... ". La deuxième phase de construction prévue par de Léry ne sera jamais entreprise. Les dernières années du Régime français sont marquées par l'incertitude, et lorsque les Britanniques arrivent en rade de Québec, la dont seul le gros-œuvre est achevé s'offre comme cible à leurs canons. C'est donc meurtrie par les boulets et incendiée comme la plupart des édifices de la partie est de la haute-ville, que Richard Short présente la cathédrale Notre-Dame sur deux des gravures qu'il fait de la ville conquise.

Au lendemain de la Conquête, la reconstruction de la cathédrale devient un problème d'ordre politique. Son sort est lié en effet à la reconnaissance par le gouvernement britannique de Mgr Jean-Olivier Briand comme chef de l'Église catholique. Las des atermoiements qui obligent les paroissiens à fréquenter les chapelles et les églises des communautés religieuses, les marguilliers prennent les choses en mains. En 1766, ils soumettent un plan de rétablissement dessiné par Jean Baillairgé, menuisier-charpentier. Mais les habitants de la ville refusent ce projet qu'ils jugent indigne de leur église et optent pour la restitution de l'édifice selon les plans de Chaussegros de Léry. Le chantier de reconstruction s'ouvre en 1766 et, au terme des travaux en 1771, la cathédrale a l'aspect qu'on lui connaissait avant la Conquête. Entre les mains de Jean Baillairgé, le clocher subit cependant une réduction par rapport à ce qu'il était.

Au mois d'avril 1786, l'assemblée des marguilliers de la paroisse décide de faire réaliser l'ornementation intérieure de la cathédrale. Le curé demande aussitôt aux menuisiers et entrepreneurs de la ville de soumettre plans et devis. À ce moment, seuls Jean Baillairgé et son fils François paraissent intéressés à se lancer dans un projet aussi ambitieux. L'année suivante, l'assemblée accepte les plans des Baillairgé pour l'ornementation du chœur ; le travail doit s'effectuer en cinq ans au coût de 25 000 livres, somme considérable pour l'époque.

Le décor proposé comprend d'abord le retable du chœur, formé de boiseries, dont le plan est établi par Jean Baillairgé. Devant le retable, François Baillairgé dispose des socles pour recevoir des statues, parmi lesquelles un Saint Louis, elles-mêmes surmontées d'un baldaquin dont les branches s'appuient sur des cariatides ailées dressées en forme de consoles. François Baillairgé signe le dessin de cet ouvrage, consacré au Rédempteur, et le devis descriptif qui accompagne les deux plans. Achevé en 1793, cet intérieur éclipse tous ceux qu'on a réalisés jusqu'alors au Québec, tant par son ampleur que par sa qualité d'exécution.

Encouragée par le succès de l'entreprise, la fabrique confie d'autres commandes à François Baillairgé. En 1797, il livre le maître-autel de la cathédrale, pièce innovatrice qui prend modèle sur la façade de Saint-Pierre de Rome. Dans le même esprit, avec un décor sculpté soumis au cadre architectural, François Baillairgé réalise en 1799 un banc d'œuvre (banc des marguilliers).

Admis comme architecte de la cathédrale à la suite de son père, Thomas Baillairgé dépose en 1829 un ambitieux projet de reconstruction de la façade, inspiré du Panthéon de Paris. Remis à plus tard, le projet refait surface en 1843. L'architecte propose alors une façade avec avant-corps, deux bas-côtés et deux imposantes tours surmontées de clochers. Mais comme le soubassement de la tour nord ne peut supporter le poids d'une nouvelle structure, les ouvriers doivent interrompre le chantier, dans un contexte économique par ailleurs très difficile. Les travaux ne seront pas repris et Thomas Baillairgé meurt en 1859, laissant son grand'œuvre inachevé.

La façade de Thomas Baillairgé constitue néanmoins le frontispice néoclassique le plus élaboré qu'ait connu le Québec. L'architecte s'est soucié de créer une structure monumentale, parfaitement géométrisée, qui reflète les dispositions, en plan et en étagement, des espaces intérieurs.

En 1857, Charles Baillairgé, petit-cousin de Thomas, est invité à produire les plans de la clôture destinée à refermer le parvis de la cathédrale. L'ouvrage, en fonte bronzée, sera l'un des tout premiers éléments de mobilier urbain à Québec.

Consacrée basilique en 1874, à l'occasion du bicentenaire du diocèse de Québec, la cathédrale fait l'objet de maints travaux par la suite. En 1888, une chapelle de brique jaune et coiffée d'un toit mansardé, dédiée au Sacré-Cœur, est érigée sur son flanc nord-ouest. Eugène-Étienne Taché en produit les esquisses mais elle est construite d'après les plans de François-Xavier Berlinguet. Deux ans plus tard, l'architecte Georges-Émile Tanguay fait poser un revêtement de pierre de taille sur le mur sud de la basilique. En 1897, au moment où les sacristies nord et sud sont en cours de restauration, on décide d'ajouter une chapelle des mariages au bout de la sacristie nord : la chapelle Saint-Louis, aménagée et décorée en 1916.

Des travaux importants sont amorcés à la cathédrale en 1922 afin de compléter et d'enrichir le décor intérieur des Baillairgé. Les architectes Tanguay et Chênevert soumettent un plan d'ensemble qui est aussitôt mis en œuvre. Il s'agit alors d'amplifier l'ornementation classique imaginée par de Léry, dont François Baillairgé avait entrepris la mise en place. Ces travaux sont à peine terminés que, le 22 décembre 1922, la cathédrale est ravagée par un incendie.

L'agence Tanguay et Chênevert obtient le mandat de reconstruction. Mais après le décès de Georges-Émile Tanguay en 1923, Raoul Chênevert retient les services de l'architecte parisien Maxime Roisin, connu à Québec pour avoir collaboré à l'édification du monument du cardinal Taschereau et déjà engagé dans la reconstruction de la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré, également rasée par le feu en 1922. L'équipe Chênevert-Roisin restitue le monument disparu à l'aide de photographies et de plans originaux livrés par les chantiers antérieurs. Reconstruit en entier, le clocher sud de la cathédrale garde ainsi l'aspect que lui avait donné Jean Baillairgé vers 1770 ; c'est d'ailleurs son plan, conservé dans les archives de la paroisse, qui a guidé les architectes de la reconstruction. Les architectes en profitent aussi pour mettre à l'abri du feu le nouvel édifice, en utilisant partout des matériaux incombustibles. Ainsi, une ossature métallique donne forme au clocher de Jean Baillairgé, autrefois charpenté en bois, et le béton compose les fondations, les planchers et la voûte.

Si, dans l'ensemble, le visiteur d'aujourd'hui note très peu d'écart entre les photographies anciennes et le décor intérieur restitué entre 1923 et 1930, il n'en demeure pas moins que les architectes ont cru bon de parachever l'édifice, l'état antérieur ayant été jugé incomplet. Ainsi la voûte de la nef subit un nouveau traitement : Maxime Roisin y conçoit de larges panneaux peints, véritables " ciels " encadrés par de larges moulures, qui attendent toujours qu'un artiste y représente les figures de l'au-delà. Ailleurs, les retables latéraux, les diverses chapelles et les sacristies reçoivent un traitement typique de l'architecture Beaux-Arts.

Le XXe siècle verra quelques autres chantiers se dérouler dans les murs de la cathédrale. En 1951, le cardinal Maurice Roy veut y réunir les tombeaux de tous les évêques de Québec. Une crypte, dessinée par l'architecte André Gilbert, est inaugurée en 1960. Les tombes des évêques Pontbriand et Mariauchau D'Esgly sont ramenées de Montréal et de Saint-Pierre de l'île d'Orléans. En 1991-1992, l'architecte Émile Gilbert dresse les plans d'une nouvelle chapelle funéraire, où repose depuis Mgr de Laval. Le seul absent de ce panthéon demeure Mgr de Saint-Vallier, dont les restes sont jalousement gardés par les religieuses de l'Hôpital général. On retrouve en outre dans la crypte les épitaphes des gouverneurs Frontenac, de Callière, Vaudreuil et de La Jonquière, ainsi que les sépultures de plusieurs autres personnages historiques.

Bien que l'incendie de 1922 ait détruit des œuvres d'une valeur inestimable, la cathédrale recèle encore de véritables trésors. Nombre de pièces qui ont échappé aux flammes sont conservées dans les voûtes. Une importante collection de tableaux a malheureusement été dérobée en 1990, laissant orphelines quelques œuvres dont le célèbre Saint Jérôme, tableau peint par Jacques-Louis David en 1780 et offert à la paroisse par la famille Cramail au lendemain de l'incendie de 1922. Ce chef-d'œuvre de l'art français du XVIIIe siècle est aujourd'hui conservé au Musée de l'Amérique française. Les vitraux du chœur et des bas-côtés, œuvre des ateliers munichois de F. Mayer, représentent des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Quant aux vitraux des fenêtres hautes, dédiés à des saints de l'Église, ils proviennent de la maison Champigneulles (France). La basilique-cathédrale a été classée monument historique en 1966.



Luc Noppen et Lucie Morisset

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