Église Notre-Dame-de-Pitié

Arrondissement de La Cité
990, rue Saint-Vallier Ouest



Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la Ville de Québec participe au programme instauré par le gouvernement fédéral pour construire des logements destinés aux ouvriers. C'est ainsi qu'en 1921 se développe un quartier ouvrier au sud de la rue Saint-Vallier, près du pont Scott. Puis en 1941, le gouvernement fédéral fait bâtir par la Wartime Housing Limited deux groupes de cent maisons ; le premier sur un territoire situé entre la rue Verdun et le pont Scott, le second plus à l'ouest, encadré des rues de l'Armée, de la Marine et de l'Aviation. Ces habitations, en grande partie préfabriquées, sont réservées aux familles des militaires et aux ouvriers de l'arsenal. Après la guerre, plutôt que de démolir ces maisons, le gouvernement accepte de les vendre à leurs occupants. La création d'une nouvelle paroisse devient alors nécessaire pour desservir ce lotissement qui acquiert un statut permanent.

Le 8 juin 1945, le cardinal Villeneuve érige cette nouvelle paroisse dont le territoire, immense, est détaché de celui de Saint-Malo. Le premier lieu de culte est la chapelle du cimetière (démolie depuis), placée sous le vocable de Notre-Dame-du-Purgatoire. Le curé loge à l'époque dans un immeuble d'habitation.

En juillet 1945, la fabrique engage l'architecte Étienne Bégin, un associé de l'agence Rousseau et Bégin, pour dresser les plans de l'église et du presbytère. On convient au départ de ne construire que le presbytère et le soubassement de l'église, où les célébrations liturgiques débutent en novembre 1946. Les finances de la paroisse semblent en bon état puisqu'on décide de poursuivre immédiatement la construction de l'église haute. Elle est bénite et ouverte au culte le 8 juin 1947.

L'église présente un plan en croix latine, la sacristie s'inscrivant dans le volume du chevet plat. En façade, les architectes ont dressé une seule tour du côté gauche ; sur la droite, une chapelle baptismale fait saillie sur l'extérieur. L'église est revêtue de pierres des champs taillées (grès), ce qui lui confère ce caractère rustique tant recherché par les adeptes d'une architecture régionaliste, de plus en plus nombreux à l'époque. À l'intérieur, les murs sont en blocs de béton et la voûte habillée de carton-fibre.

Dans l'ensemble, Notre-Dame-de-Pitié s'apparente aux églises qu'a réalisées l'architecte Émile-Georges Rousseau avant la guerre, notamment Saint-Esprit et Notre-Dame-du-Chemin. On y retrouve l'idée du clocher simple repoussé d'un côté et pourvu d'un abat-son et d'une flèche stylisée, ainsi que la saillie d'une chapelle baptismale. Ces solutions empruntent elles-mêmes à l'église Notre-Dame-de-Grâce, manifeste rationaliste de Gérard Morisset et Jean-Thomas Nadeau, dont les architectes Talbot et Rousseau ont poussé plus avant les recherches à l'église Notre-Dame-du-Chemin. En revanche, l'influence de l'architecture de Dom Bellot, propagée à Québec par Adrien Dufresne, se fait sentir dans le fenêtrage et le profil des ouvertures qui adoptent l'arc polygonal, caractéristique de cette version moderne de l'architecture gothique.

L'église Notre-Dame-de-Pitié a cependant subi des changements notables, surtout à l'intérieur où les arcs polygonaux qui rythmaient la nef et encadraient les baies, dans un espace bien typique de la manière d'Étienne Bégin, ont fait place à une grande voûte parabolique (en polyglaze) percée de niches de même profil. Tous ces travaux ont été réalisés en 1965-1967 selon les plans de l'architecte Charles Michaud.

De 1962 à 1978, le sculpteur Clément Paré, de Sainte-Anne-de-Beaupré, a réalisé plusieurs pièces de mobilier et de sculpture : l'autel, les statues du chœur, l'ambon, le baptistère, le maître-autel et les statues des croisillons. L'église possède en outre six tableaux d'Irénée Lemieux. Le presbytère a été érigé en même temps que l'église, d'après les plans des architectes Rousseau et Bégin.



Luc Noppen et Lucie Morisset

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