Église Notre-Dame-du-Chemin

Arrondissement de La Cité
939, avenue des Érables

Démolie en 1999



Érigée le 18 mai 1909, la paroisse Notre-Dame-du-Chemin est confiée aux jésuites, qui l'abandonnent au clergé diocésain en 1928. Comme les jésuites conservent la propriété de leurs bâtiments (ils les céderont aux sœurs de Notre-Dame-de-l'Espérance en 1935), la fabrique décide de mettre en œuvre le projet qu'ils mûrissent depuis longtemps : la construction d'une nouvelle église, assez vaste pour la paroisse. Les architectes Émile-Georges Rousseau et Henri Talbot en préparent les plans en 1929 et les travaux débutent aussitôt après. L'église est ouverte au culte à Noël 1931 et bénite le 10 avril 1932.

À cette époque, l'architecte Rousseau mène plusieurs chantiers, dont celui de l'église Saint-Esprit, où il œuvre seul. En collaboration avec Henri Talbot, il livre aussi les plans de l'église de Giffard et ceux de l'église Christ-Roi à Lévis. Si on compare l'église Notre-Dame-du-Chemin à celle de Saint-Esprit, on est tenté de conclure que c'est l'architecte Talbot qui doit être crédité du caractère innovateur du monument de l'avenue des Érables. Il s'agit en effet d'un édifice qui, tout en s'inscrivant dans la lignée des églises néomédiévales introduites depuis 1914 dans le diocèse, " modernise " le vocabulaire, sans emprunter la voie dom-bellotiste. On peut penser que Rousseau et Talbot ont eu connaissance de certaines œuvres de l'architecte hollandais H. P. Berlage, qui avait, à sa façon, réactualisé le répertoire médiéval au début du siècle, dans une architecture en brique toutefois.

Les qualités architecturales de Notre-Dame-du-Chemin ont été décrites par l'abbé Jean-Thomas Nadeau, dans un article de L'Action catholique . Au point de vue des lignes, cette église peut s'inscrire sous le signe du genre transition du roman au gothique. Simple, logique dans ses divisions et sa construction, sobre dans son ornementation, des lignes qui ne relèvent pas du banal, elle se distingue dès le premier coup d'œil par une façade qui compte parmi les plus originales, les plus caractéristiques et les mieux raisonnées de la région. Si elle ne sacrifie pas aux faux principes de la symétrie absolue, ce qui est un mérite de plus pour elle, il n'en est pas moins vrai que cette façade se recommande par ses qualités de rythme et de sérieux. C'est la sobriété dans l'harmonie. Une fois dépassées les grandes et élégantes portes de bronze on a dès l'entrée l'impression de l'espace, de la lumière, du confort. La tribune à l'arrière, ne s'allongeant pas outre mesure au-dessus de nos têtes, on embrasse d'un coup d'œil, les voûtes amples et claires d'un dessin aussi sobre qu'harmonieux. Et on avance sur un solide pavé de terrazzo, dans un large vaisseau, bien proportionné, lumineux, bordé de piles qu'on a su ne pas multiplier inutilement ni faire trop grosses. Deux nefs latérales, étroites, servent surtout aux circulations et aux processions. Tout cet intérieur qui se continue par un vaste chœur et que termine une intéressante abside, respire le confort et donne l'impression d'espace. Cet édifice fait honneur à ses architectes ainsi qu'à ceux qui ont intérêt à la réalisation de leur plan et leur ont laissé la liberté de travailler et de sortir de l'ornière des chemins de la routine. Ils ont réalisé quelque chose de nouveau pour chez nous.

L'intérieur de l'église est moins original que l'extérieur, quoi qu'en pense Jean-Thomas Nadeau. On retrouve ici une organisation spatiale déjà familière chez Louis-N. Audet (Saint-Roch) et reprise par quelques autres architectes de l'époque, notamment Oscar Beaulé et Héliodore Laberge, pour des églises à l'extérieur de Québec. Le presbytère de Notre-Dame-du-Chemin occupe une ancienne villa de Mount Pleasant. Il a été agrandi en 1954 d'après les plans de l'architecte Sylvio Brassard.



Luc Noppen et Lucie Morisset

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