Église Saint-Albert-le-Grand

Arrondissement de Limoilou
3055, 2e Avenue



La paroisse Saint-Albert-le-Grand est fondée en juin 1946. Les premières célébrations liturgiques ont lieu à l'école Saint-Albert, utilisée comme église temporaire et presbytère. En juillet suivant, après avoir obtenu de la Ville de Québec un vaste terrain compris entre les rues des Saules et des Peupliers, la fabrique convie l'architecte Joseph-Siméon Bergeron à préparer les plans de l'église paroissiale. Mais comme le terrain choisi est parcouru par un ruisseau qu'il faut d'abord canaliser, la décision de construire est reportée. La fabrique investit plutôt dans une salle paroissiale qui sert temporairement de lieu de culte. Cet édifice, ouvert en 1946, sera démoli en 1968.

C'est finalement en janvier 1950 qu'on décide de bâtir l'église. L'architecte Bergeron produit de nouveaux plans en suivant les instructions fournies par le curé : 22,2 mètres de largeur, 12 mètres de hauteur à l'intérieur, sans colonnes, pouvant contenir mille personnes dans une grande nef, les murs n'excédant pas six mètres de hauteur.

Le 16 avril 1951, l'architecte livre les plans d'un édifice aux fondations en béton armé, doté d'une charpente en bois lamellé-collé, de murs extérieurs en pierre de Saint-Marc-des-Carrières et d'un plancher de terrazzo. Après plusieurs semaines de discussions, la fabrique doit opter, en raison de la nature particulière du sol, pour une construction sur pilotis. On accepte cependant la charpente en bois lamellé-collé, qui constitue une première en architecture religieuse au Québec.

Inventée en 1900 par le Suisse Otto Hetzer, la technique du bois lamellé-collé est déjà répandue aux États-Unis, surtout depuis le milieu des années 1930. Plus léger que le béton, plus décoratif que l'acier et offrant une certaine résistance au feu grâce à sa densité, le bois lamellé-collé permet de franchir de grandes portées, comme celles que requiert la nef d'une église. Mais surtout, ce type de charpente permet de conserver la silhouette traditionnelle de l'église à l'extérieur, tout en dégageant au maximum l'espace intérieur, libéré de cintres et de fausses-voûtes. Enfin, la charpente de bois qui demeure apparente est appréciée par les tenants du renouveau en architecture religieuse, inspirés par le mouvement rationaliste selon lequel structure et matériaux doivent être " vrais ", et exprimés comme tels. La pierre de Saint-Marc - apparente à l'intérieur comme à l'extérieur - et la charpente en bois lamellé-collé sont tout à fait conformes à cet esprit.

À l'extérieur toutefois, rien ne dénote de semblables préoccupations. L'architecte de l'église Saint-Albert-le-Grand a adopté un style " gothique moderne ", très influencé par l'œuvre d'Adrien Dufresne. La construction de l'église débute le 12 août 1952. Mais par mesure d'économie, la fabrique ne la fait pas bâtir au complet : une cloison temporaire vient fermer la nef, là où plus tard le chœur sera érigé. L'architecte Joseph Marchand mène le projet à son terme en 1961-1962, et l'église est agrandie, comme prévu, par le chevet. Les portes et la marquise d'aluminium, dessinées par Paul Gagnon, sont installées en 1964.



Luc Noppen et Lucie Morisset

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