Église Saint-Charles

Arrondissement de Limoilou
500,  8e Avenue



En 1896, un groupe de paroissiens de Saint-Roch adresse une requête à l'évêque de Québec pour obtenir la création d'une nouvelle paroisse. Ces paroissiens, qui habitent le secteur Hedleyville, New Waterford et La Canardière de la municipalité de Limoilou, se plaignent de la distance qui les sépare de leur église paroissiale ; et cela d'autant plus que leurs voisins de l'ouest, à Stadacona, disposent depuis 1890 d'une nouvelle chapelle. En guise de réponse, ils obtiennent la création d'une mission, nommée " Saint-Charles ", placée sous la tutelle de l'archevêché. Leur premier lieu de culte consiste en une salle aménagée à l'étage de l'ancienne corderie Brown du village de Limoilou.

On décide sans tarder de construire une église sur un terrain de cinq arpents offert par les sœurs de l'Hôtel-Dieu de Québec, qui possédaient là une ferme et des pâturages. L'édifice projeté mesurera 45 mètres sur 21, mais dans une première étape, seule la nef est édifiée. Le concepteur, l'architecte David Ouellet, demande des soumissions le 31 juillet 1896 et la fabrique accorde les contrats le mois suivant. L'église, en granit de Rivière-à-Pierre, est ouverte au culte le 14 novembre 1897. En 1897, David Ouellet livre aussi les plans du presbytère, qu'on érigera l'année suivante.

Le plan et les élévations de l'église se révèlent assez traditionnels. Par souci d'économie, le chœur prend place dans la nef, fermée par une paroi temporaire. En façade, David Ouellet imagine un imposant avant-corps contenant trois entrées et autant de baies sur deux étages, à l'exemple de Saint-Pascal de Kamouraska qu'il a réalisée précédemment. Au-dessus de cet avant-corps, qui loge le vestibule et les escaliers menant aux tribunes, se dresse un clocher assez trapu, surmonté d'une petite coupole. Cette église n'aura qu'une existence éphémère, puisque le 3 décembre 1899, deux ans à peine après sa construction, elle est rasée par le feu.

Le 6 avril 1900, David Ouellet procède à des appels d'offres pour la reconstruction de l'église incendiée, sur les mêmes murs et d'après les mêmes plans. La deuxième église Saint-Charles est ouverte au culte en décembre 1901. Cette fois, Ouellet propose un clocher à double tambour ajouré et couronné d'une haute flèche de forme conique, semblable à celle que Joseph-Ferdinand Peachy a dessinée pour l'église Saint-Jean-Baptiste au lendemain de l'incendie de 1881.

La mission Saint-Charles de Limoilou, qui n'a toujours pas été érigée en paroisse, se retrouve fort endettée à la suite de tous ces travaux. C'est donc dans des circonstances difficiles que le 25 mai 1902 les pères capucins prennent charge de la paroisse que l'évêque consent alors à ériger. L'architecte Joseph-Pierre Ouellet livre l'année suivante les plans du monastère des capucins, édifice érigé dans le prolongement du presbytère de 1897. Il semble que l'architecte conserve la confiance des religieux puisqu'en 1909, année de la fusion de Limoilou à Québec, ceux-ci l'invitent à concevoir le chœur de l'église. De plan polygonal et profond, du fait de la présence d'une congrégation de religieux, le chœur s'appuie au chevet plat de l'église de David Ouellet, jusque-là fermé par une cloison temporaire.

Sans relâche les pères capucins continuent leur campagne de travaux : en 1910 apparaissent les galeries latérales et en 1913-1914 Joseph-Pierre Ouellet surveille la construction de la sacristie, du chœur des religieux, des chapelles en forme d'absidioles, tout en voyant au parachèvement intérieur de l'église. Mais le 24 novembre 1916, deux ans après son inauguration, l'édifice est de nouveau la proie des flammes.

La troisième église Saint-Charles de Limoilou est mise en chantier en 1918, selon les plans dressés l'année précédente par Joseph-Pierre Ouellet et Pierre Lévesque, fils adoptif de David Ouellet. La nouvelle église, ouverte au culte le 26 avril 1920, revêt essentiellement les mêmes caractéristiques que la précédente, sauf en ce qui concerne la façade. Joseph-Pierre Ouellet propose en effet une façade cantonnée de deux hautes tours surmontées de flèches.

L'intérieur de l'église relève de la tradition architecturale établie à la fin du XIXe siècle. Les gros piliers ronds du rez-de-chaussée et les piliers en faisceau du bel étage évoquent l'exemple de Saint-Jean-Baptiste. En fait, le monument se ressent de ses états antérieurs, qu'il ne cesse de reproduire. Son originalité tient à la disposition du chœur : plus profond que celui de la plupart des églises de l'époque, il s'ouvre par des arcades sur un déambulatoire étroit, ce qui en accentue l'élévation.

L'architecture intérieure est rehaussée d'un décor peint réalisé selon les plans de Guido Nincheri. Le maître-autel, la chaire et la balustrade, en marbre et en scagliola, sont l'œuvre de la maison Daprato de Chicago, tandis que les autels latéraux proviennent des ateliers Monna et Cie de Toulouse. Les vitraux ont été commandés chez Fisher et Leonard. Enfin, la maison Carli et Petrucci a livré la statue de Notre-Dame-des-Anges en 1929.

En 1945, l'église a fait l'objet de travaux de rénovation majeurs. De cette époque date le baptistère, dessiné par l'architecte A.-Henri Tremblay, résident de Limoilou et l'un des précurseurs de l'architecture moderne au Québec. Les fonts baptismaux ont été sculptés par René Thibault qui, tout comme l'architecte Tremblay, a étudié à l'École des Beaux-Arts de Québec. Les plans du baptistère ont d'ailleurs été présentés lors d'une exposition internationale sur l'art religieux, tenue à Rome en 1950, et exposés peu après dans les locaux de l'Unesco à Paris. Il s'agit de l'une des œuvres significatives de l'architecture religieuse moderne du Québec. L'église Saint-Charles, qui domine le Vieux-Limoilou, a été prise en charge par une fabrique paroissiale en 1982.



Luc Noppen et Lucie Morisset

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