Église Saint-Dominique

Arrondissement de La Cité
175, Grande Allée Ouest



Les dominicains, arrivés à Saint-Hyacinthe en 1873, obtiennent l'autorisation de s'établir à Québec en 1900, après de longues démarches auprès des autorités diocésaines. Ils s'installent d'abord dans une petite maison louée, rue Taché. Dans un bâtiment annexe, ils aménagent une chapelle, qui servira au culte de 1906 à 1908, puis acquièrent la maison Charlebois, autrefois Battlefield Cottage, en 1908. Ils emménagent dans cette ancienne villa (qui occupait l'emplacement de la cour intérieure du monastère actuel) et transforment une remise à voitures en chapelle. Les jésuites et le curé de Saint-Jean-Baptiste évoqueront avec mépris cette " étable des pères " que les dominicains, grâce à leur talent de prédicateurs, réussissent malgré tout à remplir de fidèles.

En 1917, en prévision de la fin de la guerre, les dominicains songent à construire une chapelle et un monastère. Le père Charland prépare l'avant-projet confié à l'architecte montréalais Albert LaRue. Fils du notaire LaRue, l'homme de confiance des dominicains à Québec, Albert LaRue s'est très tôt bâti une réputation comme architecte des dominicains en Amérique du Nord. Le premier plan qu'il soumet est assez élaboré ; il sera cependant considérablement réduit et mis en œuvre par étapes. Les dominicains prévoient entourer trois côtés d'un cloître par des corps de bâtiment, tandis que le quatrième côté sera fermé par une église paroissiale. Ils ne construisent d'abord que l'aile nord-sud du monastère, dans laquelle s'inscrit la chapelle ayant façade sur la Grande Allée. Cette aile est encadrée par deux pavillons plus larges et plus hauts. La chapelle est consacrée le 7 décembre 1919, et le monastère qui l'enveloppe, au sous-sol et à l'étage, est bénit en février 1920.

La chapelle devient église paroissiale en 1924. L'aile qui forme la façade du monastère sur la Grande Allée est construite en 1929 pour servir de presbytère. En même temps, on érige à l'arrière une aile qui lui est parallèle et qu'on destine aux jeunes recrues. Lorsqu'un incendie détruit les toitures de ces bâtiments en 1939, l'architecte ajoute un étage partout, en optant cette fois pour un toit plat, d'ailleurs toujours en place.

La question de la construction d'une église paroissiale est abordée la première fois en 1927. Deux ans plus tard, en avril 1929, les journaux publient les croquis de l'architecte LaRue, alors professeur d'architecture à l'École des Beaux-Arts de Montréal. Aux dires de l'architecte, l'église sera de style gothique anglais, mesurera 70,5 mètres sur 18,6 et sera haute de 43,8 mètres. Contrairement au monastère où l'on a, par souci d'économie, substitué la brique à la pierre, l'église sera parée de granit blanc de Saint-Sébastien. La construction débute en 1929 et le bâtiment est ouvert au culte pour Noël 1930.

Le plan de l'église, très longue et basse, est typique de l'architecture médiévale anglaise. La nef est flanquée de collatéraux qui, utilisés comme des allées, peuvent se prêter au rituel des processions. L'église comporte aussi un chœur des religieux à l'arrière du maître-autel. En élévation, le bâtiment est très sobre et surtout marqué par un clocher-porche, dont la vaste tour compose la façade.

L'adoption d'une architecture néogothique anglaise permet aux dominicains de retrouver une véritable église abbatiale. Ce style relève aussi d'un courant moderne, le Canadian Gothic, qui caractérise les campus des universités ontariennes, par exemple. Mais LaRue est surtout influencé par l'œuvre et les écrits de l'architecte étasunien Ralph Adams Cram, figure dominante du Gothic Revival au XXe siècle. Cet architecte new-yorkais avait d'ailleurs conçu pour Québec le projet d'un Wolfe Memorial, chapelle commémorative qui devait s'élever sur les Plaines, quelques années avant la construction de l'église Saint-Dominique.

Le décor intérieur de la nouvelle église est entrepris après la Seconde Guerre mondiale, mais les travaux ne se termineront qu'en 1953. Le principal chantier, en 1946, consiste à parachever l'intérieur avec de la pierre artificielle et des enduits. La (fausse) charpente apparente domine la nef formée de murs lisses de couleur claire. Au bas se découpent les boiseries riches et sombres. L'architecte LaRue a produit les plans détaillés de toute cette ornementation sculptée, exécutée par Lauréat Vallières, de Saint-Romuald. Les stalles du chœur sont livrées en 1951. Pour l'élaboration du programme iconographique, l'architecte s'est entouré des pères dominicains O. M. Labonté et D. M. Laurin. L'ensemble a d'ailleurs été primé à l'exposition mondiale d'art religieux de Rome, en 1950.

Les vitraux proviennent de la maison Chigot de Limoges (France). L'église Saint-Dominique possède aussi un carillon de cloches depuis 1931.



Luc Noppen et Lucie Morisset

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