Église Saint-Esprit

Arrondissement de Limoilou
280, 8e Rue



La création de la paroisse Saint-Esprit remonte au 28 février 1930. Dès le 9 avril suivant, les marguilliers confient à l'architecte Émile-Georges Rousseau le mandat de concevoir l'église paroissiale. Il soumet les plans d'un vaste bâtiment mesurant quelque 60 mètres de longueur sur 24 de largeur et doté d'une façade encadrée de deux tours. Les travaux débutent en juin et sont suffisamment avancés pour qu'on puisse célébrer la messe de Noël dans le soubassement. L'église haute est ouverte au culte le 10 novembre 1931 et bénite en mai de l'année suivante. Plus de 2 000 personnes peuvent y trouver place.

L'église est constituée d'une structure métallique revêtue de granit blanc bosselé de Saint-Sébastien, avec des insertions de pierre de Deschambault autour des portes et des fenêtres. On la décrit à l'époque comme étant de style " roman ", en raison surtout de ses ouvertures cintrées, de son décor de bandes lombardes sur les tours, de ses clochers trapus " couronnés de coupoles et qui ne manquent pas de cachet avec leur allure romane du sud-ouest de la France ". Par souci d'économie, la fabrique a reporté à plus tard la construction de la partie supérieure des tours en façade, des pignons du transept et, bien sûr, l'intérieur est achevé sommairement.

Le bâtiment fait piètre figure et présente très tôt de sérieux défauts de construction. Dès que la paroisse en a les moyens, elle retient les services de l'architecte Adrien Dufresne pour consolider l'église et en terminer l'extérieur. En 1941, celui-ci redessine donc l'extérieur du bâtiment, conformément à l'esthétique Dom Bellot dont il est un fervent adepte. Au lieu des deux clochers, Dufresne n'en érige qu'un, remodelant l'autre, particulièrement défectueux, en le transformant en chapelle. Le clocher à arêtes vives est complété par un abat-son, et plusieurs ouvertures, dans la tour-chapelle, la nef, les bras du transept et le chœur, sont redessinées de manière qu'elles épousent les formes caractéristiques de l'architecture Dom Bellot.

Ce chantier se termine en 1942 par la construction, sous la sacristie, de la chapelle des mariages, petit bijou d'architecture malheureusement méconnu. Dans son ouvrage sur l'architecture de Dom Bellot, Nicole Tardif a publié une description qui rend justice à cette œuvre d'Adrien Dufresne :

La chapelle des mariages de l'église du Saint-Esprit, située sous la sacristie dans le sous-sol de l'église, est une petite construction de forme oblongue dont les deux extrémités se terminent en angles de quarante-cinq degrés. Cette disposition originale a été conçue par l'architecte " pour imiter une abside ". À l'intérieur, seule la brique est utilisée, avec toutes ses ressources propres qui permettent de souligner les formes architecturales par la couleur, celle-ci demeurant quand même, comme il convient, au second plan. La chapelle évoque, par sa forme, ses dimensions réduites et sa série d'arcs paraboliques reliant les murs, les cloîtres de Vanves [près de Paris] et de Saint-Benoît-du-Lac. Dufresne fait commencer l'oblique des arcs très bas en utilisant l'appareil en tas de charge, comme Dom Bellot l'avait fait à Vanves. Cette disposition lui permet d'appréciables économies de briques et absorbe la poussée des arcs. Pour égayer ces mêmes arcs, Dufresne les encadre, depuis le moment où ils se dégagent de la verticale, d'une double rangée de briques brunes et rouges avec des joints blancs et décore l'intrados par une alternance de briques beiges et brunes. Une frise horizontale, toujours faite de briques colorées, vient rompre la monotonie des murs trop uniformes et en souligne le sommet. Le dallage, avec ses fins dessins géométriques, reprend le thème décoratif de l'intrados de l'arc lorsqu'il est placé sous celui-ci, et il devient uni avec un seul motif central lorsqu'il recouvre la partie correspondant au plafond. L'œuvre est simple mais elle est charmante. L'impression d'harmonie qui s'en dégage tient sans doute à la courbe si heureusement calculée de la parabole.

L'intérieur de l'église est parachevé en 1951-1952. On confie cette tâche à l'architecte Dufresne, mais les plans sont de la main de Paul Béland, qui à l'époque travaille à l'agence de Dufresne, d'où ce choix d'un vocabulaire roman. Les autels latéraux et le maître-autel en marbre, conçus aussi dans le goût roman, apparaissent en 1955. Ce dernier est rehaussé d'un ciborium, ornement qui fait clairement référence aux premières œuvres de l'art chrétien d'Occident.

Inauguré le 24 septembre 1931, le presbytère a été érigé d'après les plans de l'architecte Émile-Georges Rousseau, en collaboration avec l'architecte Henri Talbot. On y a ajouté un étage en 1938, toujours selon les plans de Rousseau.



Luc Noppen et Lucie Morisset

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