Église Saint-Fidèle

Arrondissement de Limoilou
1260, 4e Avenue



La division du territoire des paroisses Saint-Charles de Limoilou et Saint-François-d'Assise a donné naissance à la paroisse Saint-Fidèle, érigée le 22 octobre 1927. Elle acquiert les terrains compris entre la 4e et la 8e Avenue, la 12e et la 13e Rue, pour y construire un ensemble paroissial.

En novembre 1927, on fait appel à l'architecte Joseph-Siméon Bergeron pour dresser les plans d'un presbytère et d'une église temporaire qui, plus tard, deviendra salle paroissiale, lorsqu'un temple plus imposant aura été érigé. Il semble néanmoins que la paroisse envisage de l'utiliser plusieurs années puisqu'elle y fait installer un orgue et un mobilier de qualité, fabriqués sur mesure. Cette église temporaire, construite en 1928 avec une structure d'acier, subsiste encore à l'arrière de l'église Saint-Fidèle. Réaménagée, elle est occupée par des logements depuis 1975. Quant au presbytère, il a été construit d'après les plans des architectes Bergeron et Lemay, puis agrandi par une annexe en 1952.

En juin 1951, Adrien Dufresne et Antonio Bédard Taillon, architectes associés, sont chargés de concevoir une nouvelle église. L'édifice, qui peut contenir 1 250 personnes dans la nef et 1 200 dans la crypte, est bénit le 16 mai 1954. Dans son ouvrage Les églises du Québec, 1940-1985, Claude Bergeron a bien démontré l'intérêt de l'église Saint-Fidèle, la plus originale des œuvres de Dufresne sur le territoire de la ville de Québec. À l'extérieur, le bâtiment n'annonce rien de nouveau, au départ. Les projets antérieurs pour Notre-Dame-de-la-Paix et l'église Saint-Pascal-Baylon, plus ancienne, ont déjà proposé, juxtaposée à une haute tour bien dégagée, cette silhouette à haut pignon dont le tracé et les ouvertures soulignent une composition tracée à l'équerre.

La nef de Saint-Fidèle, en revanche, est remarquable. Dufresne, qui utilise le béton depuis la fin de la guerre, opte ici pour les arcs polygonaux. Mais plutôt que de s'en servir pour simplement rythmer les travées, il les croise comme pour composer des voûtes d'ogives. Puis, au sommet de la voûte, l'architecte établit une résille faîtière qui rappelle les réseaux de liernes et de tiercerons des ouvrages lapidaires du XVe siècle. Ici, la résille construit l'unité de l'espace puisqu'elle rassemble les éléments structuraux : elle forme l'épine dorsale de cette structure organique géométrisée.

Pour correspondre aux goûts de l'époque, la nef doit être dégagée de colonnes. Et comme d'autres l'ont fait avant lui, Adrien Dufresne comprime l'espace des bas-côtés, laissant à peine place à des allées latérales. En fait, il profite de la force du béton armé pour ménager ces allées en perçant les contreforts des arcades entrecroisées de la voûte ; on retrouve ainsi, au sol, ces passages qu'on pratiquait dans les murs des étages hauts (triforium ou claire-voie) des cathédrales gothiques.

Lorsqu'on compare la nef de Saint-Fidèle à celle, plus ancienne mais tout aussi novatrice en son temps, de Saint-Cœur-de-Marie (1918), on ne peut que constater le changement d'époque. Non seulement l'œuvre de Dufresne exploite plus avant le potentiel des nouvelles technologies de construction, mais elle consacre aussi les qualités expressives de cette modernité, refusant la référence servile aux œuvres sanctionnées par l'histoire. Le style du moine Paul Bellot, révisionniste mystique du Moyen Âge, se double ici d'une préoccupation de modernité évidente. À Saint-Fidèle, Dufresne explore un expressionisme géométrique alimenté par des référents étasuniens et européens, notamment germaniques. On n'insistera jamais assez, à ce sujet, sur l'influence qu'a exercée l'œuvre de Frank Lloyd Wright sur la production de l'architecte de Beauport. Difficile aussi de ne pas évoquer l'architecture cubiste tchèque, à laquelle Dufresne semble avoir emprunté cette polychromie, typiquement est-européenne, et qui étonne tous les connaisseurs des architectures de béton, dont le goût " brut " a plutôt été modelé par le rationalisme classique des modernes français, à la suite d'Auguste Perret.

Sous des dehors rassurants, l'église Saint-Fidèle révèle donc un intérieur tourmenté, aux préoccupations avant-gardistes, un peu d'ailleurs à l'image de l'après-guerre qui voit naître le Québec moderne.



Luc Noppen et Lucie Morisset

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