Église Saint-Jean-Baptiste

Arrondissement de La Cité
490, rue Saint-Jean



L'histoire de l'église Saint-Jean-Baptiste, la deuxième du lieu, commence au lendemain d'un drame : le 7 juin 1881, une conflagration ravage le faubourg Saint-Jean, détruisant 622 maisons et jetant sur le pavé 1 500 familles. L'église édifiée par Charles Baillairgé après un désastre semblable, en 1845, ne présente plus que des murs calcinés.

Sans perdre de temps, les autorités religieuses de la paroisse Notre-Dame de Québec, dont l'église Saint-Jean-Baptiste était une desserte, décident de la reconstruire. On retient pour ce faire les services de l'architecte Joseph-Ferdinand Peachy. Comme l'église projetée doit être plus spacieuse, on prévoit l'adjonction d'un chœur en hémicycle qui vient coiffer le chevet plat antérieur et, du côté de la façade, l'ajout d'un portique devant l'ancien mur-pignon.

Selon les contrats de construction, accordés en octobre 1881, les travaux du gros-œuvre doivent se terminer en novembre 1883. L'église est bénite et ouverte au culte le 27 juillet 1884, bien qu'il reste encore des travaux à effectuer. Le clocher ne s'élève qu'en 1885, le décor architectural intérieur doit attendre 1890-1891 et le sous-sol n'est aménagé qu'en 1894. Mais déjà en 1886, les habitants du faubourg ont obtenu l'érection canonique et civile de leur paroisse.

Dans le paysage construit de Québec, l'église Saint-Jean-Baptiste occupe une place de premier choix, tant par son emplacement que par son expression architecturale qui domine l'environnement. L'exiguïté du site a cependant posé un défi de taille à l'architecte : la monumentale façade occidentale étant peu visible, les murs latéraux sont traités comme de véritables façades, l'une vers la rue Saint-Jean, l'autre vers le nord.

Joseph-Ferdinand Peachy propose une synthèse intéressante entre l'héritage architectural du Québec et un édifice français qu'il adopte comme modèle : l'église de la Trinité de Paris (1868), de l'architecte Théodore Ballu, que Peachy a visitée en 1879.

Par son plan, sa structure et son étagement, l'église Saint-Jean-Baptiste appartient d'abord à la tradition québécoise. Un volume simple contient nef principale et collatéraux séparés par des rangées de piliers sur lesquels reposent des galeries latérales. Dans le même esprit, la construction est en maçonnerie revêtue de pierre de taille, tandis que la structure intérieure (piliers et charpente du toit) est en bois.

En façade cependant, l'influence de l'église de la Trinité est explicite. Le rez-de-chaussée formé d'arcades ouvertes et l'étage où deux fenêtres encadrent une rose centrale sont en effet une transposition assez littérale du modèle parisien, une " imitation " au sens de la théorie classique. Quant au clocher du faubourg, il évoque par son élancement les clochers anglais de Christopher Wren et James Gibbs, qui ont marqué de leur empreinte l'architecture religieuse du Québec au XIXe siècle. En revanche, la forme conique du clocher emprunte franchement au style des châteaux français qui s'implante alors à Québec.

Mais c'est l'architecture intérieure de l'église Saint-Jean-Baptiste qui révèle le talent de Peachy comme maître de la composition architecturale. Si chaque élément du décor peut être retracé parmi les planches gravées de Ballu et celles de la Revue Générale de l'Architecture et des Travaux publics que publie à l'époque César Daly, l'agencement des formes, leur traitement dans l'espace et l'effet obtenu sont bien caractéristiques de la manière de Peachy, de son " style ", qui à cette époque devient très personnel. Pour Peachy, l'ornement est sculpture - donc volume - plus que dessin ; entre ses mains les moulures, doubleaux, meneaux, culots, chapiteaux et autres ornements deviennent des moyens d'articuler un espace, alors que ses prédécesseurs et contemporains les utilisent pour détailler des surfaces. À ce goût d'opulence convient évidemment la polychromie. Elle naît des coloris riches et variés, non pas des marbres et autres matériaux nobles, mais ceux des rehauts en trompe-l'œil qui, utilisés comme substituts, amplifient les qualités du bois, du plâtre et de la tôle. Bien sûr, personne n'est dupe de cette substitution qui, au contraire, est acceptée comme un des indices de la modernité de cet éclectisme classique.

Avec l'église Saint-Jean-Baptiste, Joseph-Ferdinand Peachy s'affirme comme un adepte de l'éclectisme classique français (ou style Second Empire). En fait, cette église est à l'architecture religieuse ce qu'est l'Hôtel du Parlement aux édifices publics : un modèle qui tente d'imposer une image française au paysage construit de la capitale provinciale. Dans l'histoire de la ville, ce monument a joué un rôle considérable durant la seconde moitié du XIXe siècle. La Société Saint-Jean-Baptiste de Québec en a fait d'ailleurs son lieu de ralliement. À ce titre, on y célèbre encore la messe de la fête nationale et, pendant des années, les grands défilés qui ont exalté le nationalisme canadien-français débutaient ou s'achevaient sur son parvis.

Le décor intérieur de l'église remonte au début de notre siècle. Le chemin de croix apparaît en 1900 et, en 1912, le sculpteur François-Pierre Gauvin installe un baldaquin qui cherche à rivaliser avec celui de la cathédrale. Le maître-autel est acquis en 1920 de la maison Daprato, de Chicago, qui livre les autels latéraux deux ans plus tard, puis la chaire en 1927. L'orgue de Napoléon Déry (1886) est reconstruit par la maison Casavant en 1921 et restauré en 1967. Une élégante statue de sainte Cécile, sculptée par Louis Jobin, domine cet orgue placé sur la tribune arrière. Posés en 1928, les trois grands tableaux qui ornent le chœur, le Couronnement de la Vierge, l'Ascension et l'Assomption, sont les œuvres de religieuses du Bon-Pasteur : sœur Saint-Aubin a peint les deux premiers, sœur Saint-Jean-Berchmans, le troisième. Quant aux vitraux, c'est la maison Bernard Leonard, de Québec, qui les installe entre 1887 et 1912 ; plusieurs d'entre eux sont dus aux dessins de Wallace J. Fisher, artiste de la maison Leonard. L'église contient quelques autres œuvres dignes de mention, dont les quatre médaillons et le tableau peints par Antoine Plamondon en 1873 : Repos lors de la fuite en Égypte, Saint Joseph et l'Enfant Jésus, la Vierge aux flambeaux, l'Ecce Homo, la Vierge des douleurs. Rescapés de l'église précédente, ils ornent les retables des autels latéraux et le haut des portes menant à la sacristie.

L'église Saint-Jean-Baptiste a été classée monument historique en 1990, en vertu de la Loi sur les biens culturels.



Luc Noppen et Lucie Morisset

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