Église Saint-Malo

Arrondissement de La Cité
265, rue Marie-de-l’Incarnation



Les habitants de Saint-Malo et de Saint-Sauveur Ouest soumettent en 1898 une pétition pour obtenir la création d’une paroisse dans ce secteur. Ils se réunissent déjà dans une chapelle connue sous le nom de “ mission Sainte-Angèle ”. La requête est agréée par le cardinal Bégin, et la nouvelle paroisse est érigée canoniquement le 1er juillet 1898. Sur un terrain offert par les ursulines, la fabrique entreprend aussitôt de construire une église, conçue par l’architecte Georges-Émile Tanguay. Elle est inaugurée le 5 février 1899 en présence de son plus illustre paroissien, Simon-Napoléon Parent, maire de Québec. La veille, Le Soleil en a donné une bonne description et même publié un portrait de l’architecte Tanguay :

Le nouveau temple dont l’extérieur seul est fini, n’est pas remarquable par la grandeur des dimensions mais par la beauté de ses proportions : les gens du métier disent que c’est une nef admirablement taillée pour qu’il n’y ait pas un pouce d’espace perdu, et pour que toutes les places soient également bonnes. On remarque plusieurs innovations qui dénotent un louable effort pour rompre avec la traditionnelle uniformité. La tour du clocher est sur le côté, la brique d’Écosse a été employée pour les parements et la sacristie est à même le corps de l’église.

Cette disposition du clocher permet une bien meilleure distribution de la lumière, qui, n’étant pas masquée par une tour centrale, abonde de toutes parts sous les voûtes. L’effet de la brique d’Écosse, essayé pour la première fois pour une église est très heureux. La sacristie est en hémicycle, en arrière de l’abside du chœur et à l’étage au-dessous, tout le rond point du chœur est supporté par des longerines de fer reposant sur des piliers de maçonnerie, ce qui donne une spacieuse sacristie basse de toute la grandeur du chœur et de la sacristie haute, soit 60 pieds par 45. Au point de vue de l’économie, cette disposition n’était pas à dédaigner, attendu qu’ainsi le chauffage est commun pour l’église et la sacristie. Cette grande salle basse servira de vestiaire aux choristes et d’école de catéchisme.

La construction du clocher est entreprise en 1904, mais au cours des travaux un coup de vent le renverse, entraînant la mort d’une paroissienne. Dès lors Tanguay se trouve en froid avec la paroisse et c’est l’architecte René-P. LeMay qui est chargé, en 1909, de préparer les plans de l’aménagement intérieur. La manière baroque, bien connue de LeMay, transparaît dans la lourdeur des motifs ornementaux, comme dans cette fausse coupole qu’il fait réaliser à grand frais à la croisée et ces fausses coupoles plus petites qui viennent orner chacune des travées. Le clocher-bulbe que l’architecte fait poser en 1910 apparaît moins réussi et nécessitera d’ailleurs de fréquents travaux.

L’église, dotée d’un nouvel orgue Casavant, est inaugurée en 1910. En 1920, la paroisse confie la fabrication des autels et du mobilier du chœur à la maison Joseph Villeneuve et Fils, de Saint-Romuald. L’année suivante, les artistes Nincheri et Monty, de Montréal, sont invités à réaliser un décor peint. Il n’en subsiste que quelques éléments depuis une rénovation récente.

Le premier presbytère de Saint-Malo date de 1902. Exhaussé d’un étage en 1912, il est agrandi en 1919 d’après les plans de Joseph-Siméon Bergeron. Enfin, l’architecte Paul-Émile Mathieu a conçu le nouveau presbytère érigé en 1950, l’un des plus beaux exemples de l’architecture moderniste à Québec.



Luc Noppen et Lucie Morisset

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