Église Saint-Sauveur

Arrondissement de La Cité
215, avenue des Oblats



Le quartier Saint-Sauveur apparaît à la suite d’une expansion du quartier Saint-Roch, après l’incendie de 1845, sur les terres de l’Hôpital général et celles de Pierre Boisseau, d’où le nom de “ Boisseauville ” qu’on lui attribue dès l’origine. On l’appelle aussi familièrement le “ faubourg des tuyaux ”, à cause des nombreuses cheminées faites de tuyaux de poêle qui en surmontent les constructions sommaires. Quant au nom de Saint-Sauveur, il provient de la concession d’une terre faite en ces lieux en 1634 à Jean Le Sueur, curé de la paroisse Saint-Sauveur à Thury-Hartcourt (Normandie), qui se faisait appeler “ monsieur de Saint-Sauveur ”.

En 1846, Pierre Boisseau cède à la fabrique de Saint-Roch un terrain situé entre les rues De Mazenod et Bayard, à condition qu’on y élève une église avant dix ans. En juillet 1850, vu l’explosion démographique que connaissent Saint-Roch et Saint-Sauveur, l’évêque accorde l’autorisation de construire une église succursale dans le quartier.

En juin de la même année, les marguilliers de la paroisse Saint-Roch décident de construire une église mesurant 45 mètres sur 21. L’architecte Michel Patry doit en préparer les plans et en surveiller les travaux. Ceux-ci progressent lentement, la fabrique préférant payer des ouvriers à la journée plutôt que de confier le chantier à un entrepreneur. Le contrat de la charpente est accordé en 1854. L’aménagement intérieur s’effectue entre 1858 et 1866, d’après les plans de l’architecte François-Xavier Berlinguet.

L’église est confiée aux soins des oblats dès 1853 et le père Flavien Durocher en devient le premier supérieur. Au lendemain de l’incendie qui ravage le quartier, le 14 octobre 1866, l’évêque accepte de céder la paroisse aux oblats. Le 28 février 1867 naît donc la paroisse Saint-Sauveur, dont l’église est à reconstruire. Elle sera placée sous le vocable de la Transfiguration de Notre Sauveur Jésus-Christ.

Les oblats retiennent les services de l’architecte Joseph-Ferdinand Peachy et s’engagent dans la reconstruction de leur église. Peachy réutilise les murs existants mais en agrandissant l’église : une nouvelle façade est érigée devant une nef allongée, qui compte désormais neuf travées au lieu de huit. À l’arrière de l’église, l’architecte édifie un chœur en hémicycle et un imposant bâtiment qui loge la sacristie et le presbytère. L’édifice reconstruit peut accueillir 4 000 fidèles.

La façade que Peachy dessine est nouvelle à Québec. Elle s’articule autour d’une tour saillante et reçoit une ornementation héritée de la néo-Renaissance italienne : moulures encadrant les cintres des ouvertures, division de la surface en panneaux, etc. Le clocher qui surmonte la tour maçonnée ne sera érigé qu’en 1892, toujours d’après les plans de Peachy. Il adopte comme modèle le clocher de l’église de la Trinité de Paris, caractérisé par ses deux tambours à coupoles superposés.

L’intérieur de l’église est parachevé entre 1886 et 1892. Pour l’ordonnance d’ensemble, l’architecte Peachy s’inspire de l’intérieur de l’église St. Patrick de Thomas Baillairgé, où le rez-de-chaussée des bas-côtés avait été traité en soubassement et l’étage des galeries en bel étage. Puis il emprunte aux modèles du Second Empire français des ornements qui renouvellent le vocabulaire formel, comme ces piliers composés d’un faisceau de colonnettes et qui se terminent par un chapiteau formant un bandeau enveloppant.

À un décor architectural, les oblats ont préféré des fresques et des tableaux peints. L’église est peinte en bleu clair et vert pomme et des grisailles ornent les murs dans les galeries. Elles ont été réalisées par la firme montréalaise Rochon et Beaulieu. Pour décorer la voûte, le peintre Charles Huot est chargé d’exécuter de grandes compositions marouflées au plafond et sur les murs du sanctuaire. Il les conçoit à partir de 1886, pendant un séjour en Allemagne, pour les terminer sur place en 1890-1891. Charles Huot livre aussi cinq autres peintures murales et 18 fresques en grisaille. L’ensemble est achevé en 1892.

C’est le père Grenier, curé de la paroisse, qui a fixé le programme iconographique et l’emplacement des œuvres commandées à Charles Huot :

Ils [les cinq tableaux de la voûte] devront représenter la Fin du monde, le Jugement dernier, le Paradis et l’Enfer. Celui de la Transfiguration, sujet de notre fête patronale, séparera le Jugement dernier et la Gloire des saints dans le paradis, et se trouvera vers le milieu de l’église, au-dessus de la chaire. En arrière du maître-autel, et au-dessus du sanctuaire, nous aurons Notre Seigneur appelant à lui tous les malheureux, les déshérités de la fortune et les pauvres pêcheurs [...]. Un peu au-dessous, du côté de l’Évangile, un grand tableau représentant le Sauveur donnant les clefs à saint Pierre et envoyant les apôtres à la conquête de l’univers. Du côté de l’Épître, pour faire pendant, on le verra distribuant des couronnes aux Apôtres, aux Missionnaires et aux fidèles venus de toutes les tribus et de toutes les nations de la terre. Dans le transept, du côté de l’Évangile, un immense tableau représentera la naissance de Jésus, ainsi que l’Adoration des bergers et des Mages. Du côté de l’Épître, dans l’autre partie du transept, un tableau de même dimension représentera Notre Seigneur sortant victorieux du tombeau, à la grande stupéfaction des soldats romains préposés à sa garde par ses ennemis.

Le maître-autel actuel, qui date de 1920, provient de l’atelier Joseph Villeneuve et Fils, de Saint-Romuald. La chaire qu’on avait installée en 1874 a été réutilisée en 1971 pour confectionner les ambons du sanctuaire. L’orgue a pris place dans l’église en 1873 et a été reconstruit en 1904 par la maison Casavant et Frères.

L’église est l’objet d’un vaste programme de restauration en 1943, en prévision de sa consécration. À cette occasion, les fresques en grisaille des galeries sont repeintes sous forme de tableaux.

En 1895, Peachy prépare les plans de l’agrandissement de la sacristie et du presbytère. Le presbytère sera agrandi de nouveau en 1904, cette fois par Georges-Émile Tanguay.



Luc Noppen et Lucie Morisset

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