Église et patronage Saint-Vincent-de-Paul

Arrondissement de La Cité
800-814, côte d'Abraham

Désaffectée



L'oeuvre du patronage Saint-Vincent-de-Paul de Québec est fondée le 7 mars 1861 sous le nom de " Patronage des écoliers et apprentis à Québec ", par la Société Saint-Vincent-de-Paul. À la suggestion de George Muir, l'un des bienfaiteurs de l'institution naissante, elle a pris modèle sur le Patronage d'écoliers et d'apprentis de Paris. La nouvelle fondation a pour mission d'accueillir les jeunes démunis de Québec, de leur porter assistance et de leur permettre d'aller à l'école.

Le patronage s'établit dans une petite maison de la rue D'Youville et utilise régulièrement la chapelle des sœurs de la Charité, située non loin. En 1870, les instigateurs de l'Œuvre achètent un terrain, au 812 de la côte d'Abraham (à l'époque rue Saint-Georges). Un bâtiment y est aussitôt construit par Louis Larose, maître maçon. En 1879, l'incendie d'une maison voisine cause des dégâts à l'école du patronage. On profitera des travaux de réfection pour remplacer le toit plat par un toit mansardé, sur la première section d'un ensemble qui ne cessera de croître.

En 1881, l'Œuvre du patronage achète des propriétés des sœurs de la Charité, du côté est de leur premier bâtiment d'école. L'année suivante, la congrégation française des frères de Saint-Vincent-de-Paul est invitée à prendre charge du patronage : les premiers religieux arrivent de Paris en 1884. Dès lors s'amorce la construction d'un vaste complexe, d'après les plans de l'architecte François-Xavier Berlinguet. Le projet inclut une spacieuse chapelle, l'agrandissement de l'ancienne école du côté ouest pour mieux loger l'Œuvre du patronage (le no 814), ainsi qu'une nouvelle école à l'est (plus tard le juvénat, aujourd'hui détruit). Les travaux débutent en 1895 et se poursuivent jusqu'en 1902. L'intérieur de la chapelle est parachevé en 1898 et la nouvelle école est terminée quatre ans plus tard.

Au centre de cet ensemble monumental, la chapelle forme un bâtiment complexe et polyvalent, avec une grande salle au sous-sol et une église haute pourvue de galeries latérales. La façade, assez caractéristique de la manière de Berlinguet, déploie deux tours rondes surmontées de coupoles et un clocher comportant un tambour circulaire. Un autre bâtiment est érigé en 1939-1940 au coin de la rue Saint-Augustin, ce qui étend vers l'est le complexe des pères de Saint-Vincent-de-Paul. L'architecte Pierre Lévesque signe les plans du nouvel édifice. Il ajoute également un étage à la première école du patronage, établissant de la sorte l'uniformité qui caractérise l'ensemble actuel.

C'est aussi en 1940 que la chapelle devient une desserte des paroisses Saint-Jean-Baptiste et Notre-Dame de Québec. Lorsqu'un incendie la détruit le 15 mai 1949, l'évêque de Québec accepte d'ériger une nouvelle paroisse, pour permettre aux fidèles de contribuer à sa reconstruction par le mode de financement habituel des fabriques paroissiales.

L'église Saint-Vincent-de-Paul est reconstruite en 1950-1951, et les travaux de l'aménagement intérieur s'achèvent deux ans après. Les architectes Lévesque et Venne ont considérablement modifié l'aspect du bâtiment, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. En façade, ce sont les clochers, bien typiques de Berlinguet, qui ont subi une réduction : les élégantes coupoles qui surmontaient les tours rondes ont fait place à des toitures plus plates qui paraissent à peine du côté de la rue. Adeptes du style Beaux-Arts, les architectes ont aussi voulu compléter la façade de Berlinguet, en couronnant les pilastres d'un large fronton ouvert. Derrière la façade ainsi remodelée, une semblable volonté de " moderniser " le bâtiment a abouti à une reconstruction totale, à l'épreuve du feu. Le réaménagement de la colline parlementaire et du secteur de la place D'Youville a nécessité la démolition des bâtiments situés à l'est de la chapelle. Qui plus est, ce vaste projet de rénovation urbaine a détruit la paroisse. Aussi l'archevêque de Québec en a-t-il levé la consécration en 1988. L'année précédente, les religieux avaient d'ailleurs mis en vente leur église, non sans en avoir au préalable retiré le mobilier liturgique et les objets sacrés.



Luc Noppen et Lucie Morisset

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