Ancienne église wesleyenne (Institut canadien)

40-42, rue Saint-Stanislas

recyclée

Les méthodistes wesleyens, qui fréquentent une chapelle de la rue Sainte-Anne (au no 120), entreprennent en 1848 de construire une église rue Saint-Stanislas. La pierre angulaire du bâtiment, dessiné par Edward Staveley, est posée le 31 mai 1848. L’édifice, qui peut accueillir 1 200 fidèles, est ouvert au culte le 7 octobre 1849 ; sa construction aura coûté 56 000 dollars.


Edward Staveley en est à ses premières armes lorsqu’il construit cette église d’inspiration néogothique, une nouveauté dans le paysage architectural de Québec. En fait, Staveley prend modèle sur la First Unitarian Church de New York, conçue en 1844 par l’architecte Minard Lafever, dans le style perpendiculaire du XVe siècle anglais. Ce bâtiment s’inscrivait dans la lignée des Commissionner’s Churches d’Angleterre, édifiées avec des budgets limités au début du XIXe siècle pour favoriser la création de nouvelles paroisses sur les territoires urbains en expansion. Staveley a recours au modèle de la gable church, caractérisée par des pignons ornés et surmontés de pinacles qui exemptent la construction d’une tour et d’un clocher.
L’église wesleyenne fait l’objet d’importants travaux en 1905. Les architectes montréalais Hutchison et Wood préparent des plans et devis qui seront mis en œuvre au coût de 13 000 dollars. Ils mettent l’orgue en évidence, ainsi que le chœur, et dégagent les côtés de la nef en coupant les galeries latérales qui obstruaient les fenêtres. Ces modifications sont du même ordre que celles qu’on effectue à l’époque à l’église Chalmers.


En 1925, la communauté méthodiste wesleyenne se joint à l’Église unie, tout comme la communauté de l’église Chalmers. En 1931, les deux groupes, réunis sous le nom de « Chalmers Wesley », optent pour la fermeture et la vente de l’église de la rue Saint-Stanislas. Dix ans plus tard, la Ville achète l’édifice où elle compte loger l’Institut canadien. Cet organisme, fondé en 1848 pour promouvoir l’éducation populaire laïque, avait été exproprié lors de l’élargissement de la rue Saint-Jean en 1898. En compensation, la Ville avait offert d’héberger l’Institut, d’abord à l’hôtel de ville, puis au palais Montcalm.


Les architectes Charles A. Jean et Sylvio Brassard dressent les plans de réaménagement de l’église en 1942. L’église elle-même devient une salle destinée aux conférences, présentations publiques, pièces de théâtre et concerts. Le sous-sol est excavé pour permettre d’y loger la bibliothèque (magasins et salle de lecture). Les travaux sont terminés en 1946.


En 1954, l’architecte René Blanchet vient parfaire la reconversion en salle de spectacles : il aménage une scène plus profonde en réduisant d’une travée la longueur de la salle. Mais ce n’est qu’en 1968 que l’arrière-scène est dégagée de ses murs et de son plafond ancien, créant un véritable espace technique. Avec l’ouverture de la bibliothèque Gabrielle-Roy en 1983, l’ancienne l’église wesleyenne, jusque-là siège social de l’Institut canadien et bibliothèque centrale, est devenue la succursale qui dessert le Vieux-Québec.
L’ancienne église wesleyenne est intéressante sous plus d’un aspect. Mais elle s’impose avant tout comme la première église néogothique de Québec et, à l’autre extrémité de son histoire, comme la première église à avoir fait l’objet d’un programme de reconversion respectueux de ses qualités architecturales.

Luc Noppen et Lucie Morisset

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