La paroisse de La Nativité-de-Notre-Dame (1684)



La seigneurie de Beauport est concédée à Robert Giffard en 1634. À peine 30 ans plus tard, toutes les terres du premier rang, entre les rivières Beauport et Montmorency, sont occupées. Malgré les efforts du seigneur colonisateur, la population reste toutefois faible : au recensement de 1666, on dénombre à peine 200 personnes sur l’ensemble du territoire (Côté, 1994, 5). 

Les services religieux sont d’abord assurés par des missionnaires qui célèbrent généralement les messes, les baptêmes et les mariages dans la chapelle du manoir de Beauport. Selon les registres de l’état civil, on utilise aussi la maison de Juchereau de la Ferté ou celles de simples habitants (Trudel, 1983, 354). 

Un peu à l’est de la rivière Beauport et du domaine seigneurial, Robert Giffard établit vers 1650 les bases d’un bourg qui porte le nom de Fargy (inversion des syllabes de Giffard). Il y réserve une place pour le marché public et pour l’église. D’après l’historien Marcel Trudel, une chapelle est effectivement construite dans le bourg en 1662, mais nous ne connaissons pas son emplacement exact (Trudel, 1973, 97-98). Un contrat de vente daté de 1670 mentionne qu’elle est située près d’un chemin « qui conduit de l’Église et cimetière au Château de Beauport » (Giroux, 1934, 61-62). Les registres de la paroisse ouvrent en 1673, 11 ans avant l’érection canonique du 3 novembre 1684. 

On construit la première église en 1676, sur le site de l’église actuelle. Son terrain de « six arpents » est détaché de la commune et cédé par les habitants du bourg et par Robert Giffard à la fabrique de l’église « Nostre-Dame de Beauport » (Acte de donation du 14 juin 1676, cité dans Giroux, 1934, 57-58). L’acte de donation mentionne « l’Église encommencée » que l’on veut construire « avec le cimetière [...] un presbytère & autres choses soit jardin, court et ce que l’on voudra faire pour l’enceinte de la dite Église » (Ibid.). Les archives de la paroisse précisent qu’elle est terminée en décembre et que les bancs sont encore à faire(Langevin, 1860, 22). Faite de pierre « avec deux ailes reliées à la nef », elle mesure 18 mètres de longueur sur 7 de largeur et est couverte de bardeaux de cèdre (Côté, 1996, 14). 

Pour répondre aux besoins croissants d’une paroisse en plein essor, la première église est remplacée à deux reprises, dans les années 1720 et au milieu du XIXe siècle. Cette dernière est rasée par un incendie en 1890, mais reconstruite aussitôt d’après les plans de F.-X.Berlinguet. Le feu frappe à nouveau en 1916. À même les murs épargnés, on bâtit alors l’église actuelle. 

Mais quel est le nom officiel de la paroisse ? Dans l’acte de donation de 1676 cité plus haut, on attribue celui de Nostre-Dame de Beauport à l’église « encommencée ».Dans le décret signé par Mgr de Laval en 1684, c’est celui de « La Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie » qui est utilisé. L’édit du 3 mars 1722, qui délimite le territoire de la paroisse, mentionne pour sa part le nom de « Notre-Dame de Miséricorde ». Toutes ces appellations semblent avoir été utilisées jusqu’au milieu du XIXe siècle. À partir de là, selon Marcel Lortie, celui de Notre-Dame de la Nativité prévaut (Lortie, 1983, 24).On aurait adopté le nom de La Nativité-de-Notre-Dame dans les années 1950. Mais dans le langage courant, on utilise encore celui de la première église, Notre-Dame-de-Beauport. 

Le territoire de la paroisse est fixé par les édits et ordonnances du 3 mars 1722 et du 15 septembre 1727.Ses limites s’étendent alors « depuis le Sault de Montmorency » jusqu’à la rivière Beauport, incluant l’ensemble « des profondeurs renfermées dans ces bornes » ; elle comprend aussi environ une demi-lieue de front dans la seigneurie voisine de Notre-Dame-des-Anges « jusqu’au grand chemin de Bourg Royal » (futursecteur de Giffard). En 1727, on annexe une partie du Petit-Village, rattachée jusque-là à Saint-Charles-Borromée. 

Compte tenu de l’étendue de la paroisse initiale, des secteurs s’en détachent dès le milieu du XIXe siècle parce que leurs résidents sont trop éloignés de l’église. C’est le cas de Saint-Dunstan-du-Lac-Beauport en 1853, puis de Sainte-Brigitte-de-Laval en 1873. Au tournant du XXe siècle, l’urbanisation du territoire s’amorce et entraîne de nouveaux détachements : Saint-Grégoire-de-Montmorency en 1890, Saint-Louis-de-Courville en1910, Saint-Ignace-de-Loyola en 1914 et Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus en 1925. Complètement à l’ouest du territoire, Saint-Michel-Archange se forme en1896 pour le bénéfice des Sœurs de la Charité. Les paroisses de Saint-Thomas-de-Villeneuve et de Sainte-Gertrude, fondées en 1948 et en 1968 respectivement, sont les dernières sections à se séparer de La Nativité-de-Notre-Dame. 

À la fin du XXe siècle, la baisse de la pratique religieuse et la diminution des effectifs du clergé incitent certaines paroisses à se regrouper. D’anciennes « filles » de La Nativité-de-Notre-Dame s’unissent en 2001 pour former la nouvelle paroisse de la Bienheureuse-Marie-Catherine-de-Saint-Augustin. D’autres fusions sont possibles dans un avenir rapproché.



Louise Côté

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