La paroisse de Notre-Dame-des-Victoires (1944)


À la fin du XVIIe siècle, la basse-ville de Québec compte deux fois plus d’habitants que la haute-ville (Hare, 1987, 91). Comme l’église cathédrale est difficile d’accès l’hiver, on adresse de nombreuses requêtes à l’évêque pour qu’il permette l’ouverture d’une chapelle devant « servir d’aide à la paroisse » (Noppen, 1994, 54). L’accord donné, on entreprend sa construction en 1687 sur une partie des vestiges de la deuxième Abitation de Champlain. L’église succursale de Notre-Dame prend le nom de Notre-Dame-de-la-Victoire, après la défaite de l’amiral Phipps en 1690. À la suite du naufrage de la flotte anglaise de l’amiral Walker, en 1711, elle devient Notre-Dame-des-Victoires.

Reconstruite après les bombardements de la guerre de Conquête, l’église continue au XIXe siècle à desservir la population catholique de la basse-ville. À partir de 1829 jusqu’à l’ouverture de l’église de St. Patrick en 1833, Notre-Dame-des-Victoires est mise à la disposition des nombreux Irlandais de la ville. La survie du temple est par la suite menacée par les commerçants qui veulent agrandir la place du marché. En 1855, sous la conduite de mère Mallet, 22 sœurs de la Charité entreprennent même un pèlerinage pour sauver l’église succursale de la démolition (Chamberland, 2003, 2).

À la fin du siècle, le quartier de Champlain décline et s’appauvrit. Entre 1861 et 1911, il connaît la plus forte baisse démographique de la ville et le nombre de maisons diminue de 70 % (Lebel, 1983, 40-41). L’église de Notre-Dame-des-Victoires est toutefois classée monument historique en 1929, un statut qui lui assure dorénavant une protection légale.

Après les années de crise, l’activité économique reprend pendant la Deuxième Guerre mondiale avec l’industrie de guerre qui favorise à son tour l’activité portuaire. Près des quais et de l’Arsenal, le nombre de résidants du quartier de Champlain s’accroît « notablement » (APNDQ, Livre des prônes, 741). Au même moment, l’Église développe une nouvelle stratégie d’encadrement des fidèles en multipliant les paroisses et en abaissant le nombre de fidèles dans chacune d’elles (Courville, 2001, 47). C’est dans ce contexte qu’on érige canoniquement, le 23 décembre 1944, la nouvelle paroisse de Notre-Dame-des-Victoires, un territoire qui s’étend depuis la ruelle Rioux jusqu’aux limites de la paroisse de Notre-Dame-de-la-Garde. On y compte à peine 2 300 habitants (APNDQ, 739), mais l’église est déjà construite...

À la fin du XXe siècle, la baisse de la pratique religieuse, la diminution des effectifs du clergé et la difficulté à recruter des bénévoles pour occuper diverses fonctions administratives, telles celle de marguillier, incitent plusieurs paroisses à se regrouper ou à mettre à commun certains services. En 1993, les paroisses de Notre-Dame-des-Victoires, Notre-Dame-de-Québec, Notre-Dame-de-la-Garde et Saint-Cœur-de-Marie s’unissent. Chacune des fabriques reste indépendante, mais on partage les coûts administratifs et les services pastoraux (Chamberland, op. cit., 2). Onze ans plus tard, la paroisse de Notre-Dame-des-Victoires est finalement supprimée et son territoire est rattaché à celui de la paroisse mère de Notre-Dame.

Louise Côté

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