La paroisse de Notre-Dame-du-Chemin (1909)


Par un édit royal daté du 3 mars 1722, la banlieue de Québec est érigée en paroisse civile sous le vocable de Notre-Dame-de-Québec-banlieue (Magnan, 1915, p. 13). Le territoire, qui s’étend entre la cité de Québec et les paroisses de Sillery et de Sainte-Foy, est desservi religieusement par Notre-Dame-de-Québec, puis par la succursale de Saint-Jean-Baptiste, autorisée à tenir ses propres registres en 1860. Elle sera érigée canoniquement 26 ans plus tard.

Dans le dernier tiers du XIXe siècle, le lotissement des terres de la banlieue s’amorce et les grands domaines champêtres du chemin Sainte-Foy sont morcelés (Blanchet, 1988, 17). À Mount Pleasant – un secteur qui s’étend entre les avenues des Érables et De Salaberry, puis entre le chemin Sainte-Foy et la rue Crémazie –, un modeste village d’une quarantaine d’habitations se développe derrière les cottages suburbains (Bergeron, 2000, 58 et 71).

En 1891, le jésuite Joseph-Édouard Désy achète la propriété de la succession de Léger Brousseau (anciennement Teviot House) pour en faire une maison de retraite, la villa Manrèse. Les habitants du secteur « qui commencent à envahir les environs » demandent aussitôt la permission d’assister à « quelques exercices pieux » (Anonyme, 1948, 25 et 27). Mais la chapelle aménagée dans une pièce de la résidence s’avère trop petite. Dès mars 1892, 84 chefs de famille « et un certain nombre de domestiques travaillant chez des protestants » déposent donc une requête auprès du cardinal Taschereau pour que soit construite une chapelle extérieure publique. C’est d’ailleurs ce que souhaite le père Désy qui veut également la formation d’une paroisse (Noppen, 1994, 64). Les Jésuites entrevoient déjà les possibilités du secteur où, croient-ils, l’université pourrait s’étendre (Ibid., 1994, 278).

Comme la chapelle est autorisée, on entreprend aussitôt sa construction. Ouverte dès juillet 1897 (Anonyme, 1984, 15), elle est placée sous le vocable de Notre-Dame-du-Chemin en mémoire « de la Madonna della strada » vénérée par saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus (Anonyme, 1948, 28).

En 1906, les Jésuites demandent la création d’une paroisse, mais le cardinal Taschereau hésite à établir une division religieuse qui ne relèverait pas du diocèse (Noppen, op. cit., 278). Il faudra deux requêtes de citoyens, déposées en septembre et en avril 1909, pour que Mgr Bégin autorise finalement la nouvelle paroisse. Détachée de Saint-Jean-Baptiste, Notre-Dame-du-Chemin est érigée canoniquement le 28 mai 1909, à peine quelques mois après la création de la municipalité de Ville-Montcalm dont elle épouse les limites.

Dans les années qui suivent, alléguant une possible perte de revenus, les Jésuites s’opposent à ce que les communautés françaises qui s’installent sur le plateau, les Eudistes, les pères du Très-Saint-Sacrement ou les Dominicains, construisent des chapelles extérieures. Ils refusent également l’agrandissement de l’église de Notre-Dame-du-Chemin, pourtant devenue trop petite, puisqu’on ne leur accorde pas la permission d’ouvrir un collège sur le territoire paroissial (Noppen, op. cit., 279).

Malgré l’opposition des Jésuites, l’archevêque autorise la création des paroisses du Très-Saint-Sacrement en 1921, de Saint-Dominique en 1925, puis des Saints-Martyrs-Canadiens en 1928, toutes trois détachées de Notre-Dame-du-Chemin. Dépités, les pères abandonnent leur paroisse au clergé diocésain en 1928 et vendent leur propriété aux Sœurs de L’Espérance sept ans plus tard. En 1930-1931, une nouvelle église paroissiale est construite avenue des Érables, à côté d’une ancienne villa de Mount Pleasant, convertie en presbytère.

Dans les dernières décennies du XXe siècle, la paroisse n’apparaît plus comme « le centre et le foyer de la vie quotidienne » (Courville, 2001, 53). Devant la baisse généralisée de la pratique religieuse et la diminution des effectifs du clergé, on doit remodeler l’espace religieux. La paroisse de Notre-Dame-du-Chemin est supprimée par décret le 17 novembre 1999 et son territoire est rattaché à la paroisse mère de Saint-Jean-Baptiste. L’église paroissiale est démolie quelques années plus tard, comme la première chapelle qui avait été rasée en 1986.

Louise Côté

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